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Dissolution du G5 Sahel : nouvel échec pour la politique africaine d’Emmanuel Macron

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Publié le

14 décembre 2023

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L’annonce de la dissolution du G5 Sahel est un désaveu supplémentaire de la politique africaine menée par Emmanuel Macron, qui n’a su trouver les appuis ni de l’ONU, ni des États-Unis, ni des Européens.
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Le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) a été créé en 2014, sous le parrainage de la France, pour faire face au djihadisme et aux autres défis de la sous-région. Le 5 décembre 2023, la Mauritanie et le Tchad ont pris acte et respectent la décision souveraine de retrait du Burkina Faso et du Niger du G5 Sahel, après l’annonce antérieure de celui du Mali. Ces trois pays ont subi des coups d’Etat militaire en 2022 et 2023, qui les ont mis en retrait des organisations africaines. Cela ouvre la voie à une dissolution de cette alliance. De leur côté, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé la signature de la Charte Liptako-Gourma instituant l’Alliance des États du Sahel (AES), nouvelle confédération qui assurera la défense collective aux populations des États signataires. La création de la force militaire conjointe de ce G5 Sahel a été soutenue personnellement par Emmanuel Macron qui s’était déplacé à Bamako pour son lancement en juillet 2017. L’annonce de sa disparition est un désaveu supplémentaire de sa politique africaine.

Une impasse militaire, diplomatique et financière

Lors du lancement de cette force, notre président s’était engagé à mobiliser la communauté internationale afin de la soutenir. L’objectif était double pour la France : durcir la lutte anti-terroriste dans la zone et permettre à terme de réduire les effectifs déployés par l’opération Barkhane. Après six ans de gestation, cette force n’a jamais été vraiment opérationnelle et la France s’est enlisée dans une syrianisation du conflit que l’on sentait poindre et qui se confirme aujourd’hui, au point de retirer ses troupes de la zone. La France s’est même fait reprocher de n’avoir pas réussi à éradiquer les groupes armés.

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L’impasse était aussi diplomatique, les États-Unis et la France ayant annoncé dès 2017 que des enquêtes allaient être diligentées dans le cadre de l’ONU pour « identifier les Maliens qui font obstacle à l’accord de paix » avec d’éventuelles sanctions à la clef. Ces accords dit « accords d’Alger » signés en 2015 entre le gouvernement malien et les groupes armés rebelles ne convenaient en réalité à personne et sont aujourd’hui caducs. Par ailleurs, le soutien français à la création de ce G5 Sahel a coupé l’herbe sous les pieds d’une autre initiative africaine de 2012, le « processus de Nouakchott » qui avait sensiblement les mêmes objectifs. L’absence de l’Algérie dans ce dispositif du G5, pays incontournable dans la région, participera à l’échec de la mise en œuvre de cette force militaire commune à laquelle elle était opposée.

Malgré la pression exercée par la France au niveau international afin de financer le démarrage de cette force, son financement théorique sous forme de promesses a été assuré in extremis lors d’une dernière réunion à Bruxelles le 23 février 2018, l’Arabie saoudite se taillant la part du lion avec des arrières pensées que l’on imagine. L’avenir montrera que les promesses de financement n’ont pas toutes été tenues, compte tenu de l’illusion de l’efficacité de cette force. Les raisons sont à la fois africaines et onusiennes et s’inscrivent également dans l’échec de la Stratégie globale de l’Union européenne de 2016 (SGUE).

Les déficiences du G5 Sahel

La création du G5 Sahel n’a pas marqué une réelle volonté des pays du Sahel de s’unir sur les questions de développement et de sécurité. Cet engagement correspondait davantage à un besoin de continuer à bénéficier des aides financières de l’ONU et des bailleurs qui se focalisent principalement sur les projets multilatéraux. Les chefs d’États africains, eux, ont toujours préféré le renforcement des armées nationales plutôt que les actions multilatérales. La Mauritanie, qui contrôle ses frontières et dont la politique de lutte contre le terrorisme est une réussite, n’avait aucune raison de s’impliquer militairement dans la sécurité au Mali alors qu’elle considère que ce pays n’avait pas fait les efforts suffisants par lui-même. Le Tchad, dont l’armée est une référence en Afrique, servait déjà au sein de la mission de l’ONU au Mali ainsi que dans une force régionale contre Boko Haram, composée du Nigéria, du Niger, du Cameroun et du Bénin. Ce pays n’avait pas non plus intérêt à s’investir plus en profondeur dans la zone sahélienne.

Cet engagement correspondait davantage à un besoin de continuer à bénéficier des aides financières de l’ONU et des bailleurs qui se focalisent principalement sur les projets multilatéraux.

Ces deux pays les plus aguerris militairement se sont donc engagés à minima et c’est une autre défaillance de cette force. Autrement dit, la Mauritanie et le Tchad n’ont fait que renforcer la sécurité à leur propre frontière, tandis que le Burkina Faso, le Niger et le Mali, les trois armées les plus faibles, assuraient le plus difficile dans la zone des reois frontières, la plus sensible. Cette situation déséquilibrée a d’ailleurs amené l’armée sénégalaise, qui n’appartient pas au G5 sahel, à intervenir en janvier 2018 dans la région de Mopti, au centre du Mali, afin de pallier une déficience de l’armée malienne après une attaque terroriste.

Les réticences de l’ONU et des États-Unis

Par la résolution 2359 du 21 juin 2017, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est félicité du déploiement de la force conjointe du G5 Sahel sans toutefois accepter de participer directement à son financement malgré l’insistance de la France, les États-Unis et la Grande Bretagne y étant opposés. La Minusma (force de l’ONU déployée au Mali), enlisée,consacrait par ailleurs de plus en plus de moyens à s’auto-protéger. Du côté du G5, on se hâtait lentement à déployer un dispositif. On comprend dès lors les réticences onusiennes. Finalement, ce n’est qu’en décembre 2017 qu’un simple appui opérationnel et logistique de la Minusmasera décidé, prévoyant notamment les évacuations sanitaires, uniquement sur le territoire malien et à la condition que cela n’entrave pas les actions de celle-ci. C’étaitl’option la plus basse proposée par le Secrétaire général de l’ONU.

L’échec d’une stratégie commune de l’UE

Dans ces conditions, l’Union européenne aurait pu considérer que la défection américaine et onusienne sur ce projet constituait une opportunité de montrer sa cohésion et son entente sur une stratégie de sécurité pour le Sahel, il n’en a rien été.Pourtant, la Stratégie globale de l’Union européenne (SGUE) adoptée en 2016 aurait dû l’y inciter. Un des objectifs de cette stratégie est « le maintien de la paix et de la sécurité des citoyens de l’Union sur son territoire. Cela passe notamment par assurer le maintien de la paix et de la sécurité en dehors de l’Union européenne ».

Par la résolution 2359 du 21 juin 2017, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est félicité du déploiement de la force conjointe du G5 Sahel sans toutefois accepter de participer directement à son financement malgré l’insistance de la France, les États-Unis et la Grande Bretagne y étant opposés.

Le poids du passé a peut-être aussi joué. Les Européens ont été échaudés dans les années 2000 par la proposition française d’européaniser sont concept de Renforcement des capacités africaines du maintien de la paix (RECAMP) qui n’avait pas fait ses preuves, en le remplaçant par un EURO RECAMP. Ce-dernier a servi comme outil au service de l’Union africaine pour l’aider à valider le concept de force africaine en attente (FAA) qui date de 2004, et dont l’effectivité se fait toujours attendre en 2023. Elle aurait été tellement utile en janvier 2013 lors de l’opération française Serval au Mali. Il y avait donc de quoi réfléchir et refroidir les ardeurs. L’UE considère aussi qu’elle était déjà partie prenante dans son engagement sahélien. Il existait en effet depuis 2013 une Mission d’entraînement et de formation européenne de l’armée malienne, l’EUTM, ainsi que la mission EUCAP-Sahel-Mali, qui formait les cadres de la police et de la gendarmerie.

Le couple franco-allemand a lui aussi raté l’occasion de s’affirmer en matière de défense commune contre le terrorisme islamiste. L’Allemagne, avec un financement de seulement 8 millions d’euros pour la force conjointe, n’a pas été à la hauteur de l’enjeu, préférant s’en remettre à la mobilisation des ressources de la Facilité Africaine de Paix adossée elle-même sur les financements du Fonds Européen de Développement. Sa participation s’est concentrée principalement dans un appui logistique et en modules de formation, ainsi qu’au sein de l’alliance pour le Sahel, initiative lancée le 13 juillet 2017 par Macron et la chancelière Merkel, destinée à financer la partie appui au développement du G5 Sahel.

Les Européens dans leur ensemble, ont donc douté clairement de la capacité de réaction de la force conjointe face à un ennemi bien armé, mobile et déterminé, de véritables combattants issus du milieu. Ayons en mémoire la débâcle de l’armée malienne à Kidal en mai 2014. Les Européens ont aussi été échaudés dans le passé par les exactions commises contre la population touareg, ainsi que la corruption et les trafics en tout genre dont souffre la réputation de cette armée malienne. Emmanuel Macron avait imploré à Bamako les chefs d’État du G5 de prouver l’efficacité des troupes afin de convaincre les partenaires de l’utilité de cette force, en vain.

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que les chefs d’État du Mali, du Burkina et du Niger n’ont pas été reconnaissants du travail et des résultats obtenus par nos soldats, ainsi que de leur sacrifice. C’est injuste, mais le vent a tourné et le sentiment anti français s’est développé dans la zone, savamment entretenu par la Russie, nous éjectant du jeu géopolitique pour le moment, alors que l’État islamique et Al-Qaïda s’y étendent progressivement. Quelle dégringolade entre 2013 et l’accueil chaleureux de François Hollande à Bamako après l’opération Serval qui a sauvé le Mali et 2023.

Pour autant Emmanuel Macron porte une part de responsabilité personnelle écrasante dans cette situation par manque d’intelligence culturelle africaine ayant entraîné des erreurs de comportement fatales. Il nous faut maintenant rebâtir une politique africaine de la France sur d’autres bases. Nous en avons les moyens à condition de faire fructifier les leçons de cet échec, car je suis persuadé que le sentiment anti-français ne prédomine pas au sein des populations africaines.

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