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Bordel au Sahel

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Publié le

14 janvier 2022

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Mi-décembre, Tombouctou, nord Mali. Un sergent descend symboliquement le drapeau tricolore de la base occupée durant huit ans par la France. L’émotion est forte. Après Kidal et Tessalit, la fermeture de la base de Tombouctou est symbolique à plus d’un titre. C’est ici, en 2013, aux côtés du président Dioncounda Traoré, que François Hollande a justifié l’intervention française. Huit années plus tard, non seulement la guerre contre le terrorisme n’est pas gagnée, mais le sentiment antifrançais n’aura jamais été si vif, exposant des soldats dont plus de cinquante ont perdu la vie au Sahel depuis le début de l’intervention.
bordel au sahel

Mi-novembre, à Kaya (centre-nord du Burkina Faso), un jeune garçon réussit à descendre un drone de l’armée française avec un lance-pierre artisanal. L’image fait le tour des réseaux sociaux et l’opposition au président Rock Marc Kaboré s’en empare immédiatement. Au Mali, ce sont des photographies d’armes soi-disant procurées par l’armée françaises à des groupes terroristes qui ont ému l’opinion en septembre. Une courte recherche d’image inversée révèle pourtant assez rapidement la supercherie.

Il s’agit en effet de photos d’une saisie d’armes par les douanes nigérianes. Journaliste et spécialiste des intox, Antony Saint-Léger pointe du doigt « une manipulation récurrente ». Des centaines d’images du genre se partagent sur les réseaux sociaux des pays du Sahel, alimentant ainsi la haine de la France. Le ministre français des Armées, Florence Parly, n’écarte pas des « pistes russes », alors qu’une discussion est en cours entre la milice Wagner, proche du Kremlin, et Bamako. Une guerre d’images que comprend Laurent Bigot pour qui « la France est perçue comme une armée d’occupation ».

Lire aussi : Seidik Abba : « Il est à craindre que le sentiment antifrançais ne s’amplifie au Sahel »

Pour l’ancien diplomate français qui dénonce une absence de vision stratégique, « aucun des objectifs fixés par la France au nord Mali ou en Centrafrique n’est atteint ». Un avis que ne partage pas Seidik Abba, spécialiste du Sahel, pour qui « le but de l’opération Serval qui était de stopper les djihadistes en progression vers le sud du Mali a été un succès ».

Cette divergence entre experts alimente une controverse portée par les rumeurs et les intox. Dans cette guerre asymétrique, des groupes terroristes mènent une guerre idéologique en plus d’une lutte armée, pour laquelle ils sont prêts à donner leur vie. « À armes égales, les terroristes font preuve de plus de combativité », observe l’essayiste. L’arrivée des mercenaires russes de la milice Wagner est une perspective jugée « inacceptable » par Emmanuel Macron, qui a fêté par anticipation Noël avec les soldats tricolores au Mali et croit en l’avenir d’une coopération militaire avec l’Afrique.

« Dans cette guerre asymétrique, des groupes terroristes mènent une guerre idéologique en plus d’une lutte armée, pour laquelle ils sont prêts à donner leur vie »

Mais Paris doit désormais s’accommoder de la présence de nombreux rivaux. Récemment, le Niger a acquis du matériel militaire auprès de la Turquie, la Chine est sur le terrain des armements en Afrique depuis quelques décennies et la Russie revient à la charge. « Paris doit donc compter avec un partenariat diversifié, prévient Seidik Abba selon qui la France devrait identifier des domaines où elle peut apporter une plus-value ».

En attendant, alors que Moscou peaufine sa stratégie militaire en Afrique et qu’Erdogan s’entourait en décembre d’une vingtaine de chefs d’État africains pour un sommet Turquie-Afrique, « Paris ne peut pas continuer sa politique paternaliste d’ingérence », prévient un ministre ouest-africain des Affaires étrangères. Une mise en garde qui traduit la défiance diplomatique envers la France dans la région, alors que l’Élysée semble empêtré dans une politique africaine qu’il ne parvient décidément pas à renouveler.

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