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Thomas Keating, médecin des âmes

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Publié le

3 juin 2019

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« Une fois venu au monde tu ne meurs jamais » Thomas Keating
« Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » Matthieu 6:6

 

 

Dans un monde de plus en plus sursaturé de stimuli, d’injonction et de narcissisme 2.0, il est facile même pour les croyants de perdre l’essence du divin. Depuis les années soixante-dix le New Age et diverses vagues ésotériques ont tenté d’apporter du sens et de la sérénité aux âmes damnées de la post-modernité. D’autres ont été séduits par le fondamentalisme et la religion en tant que système politique. Le père Thomas Keating (1925-2018) fondateur du mouvement de la prière contemplative (« centering prayer ») nous a laissé les fruits d’un travail de toute une vie afin d’abandonner le faux-moi. Une notion que saint Paul désignait sous l’appellation de « vieil homme ».

 

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En chemin vers une élévation de l’esprit au-dessus des angoisses générées par l’ego. Celui qui allait devenir un moine trappiste dont les enseignements continuent à rayonner faillit mourir à l’âge de cinq ans. Miraculeusement rétabli lors de sa première communion, il promet à Dieu : « Si tu me laisses vivre jusqu’à l’âge de 21 ans, je deviendrai prêtre ». Issu d’une famille de la haute bourgeoisie de Manhattan possédant ses quartiers dans la communauté très sélect de Mill Neck à Long Island, Joseph Parker Kirlin Keating était programmé pour devenir avocat de droit maritime comme son père. Alors qu’il étudie à l’université de Yale où se forme l’élite du pays, Thomas Keating se détache de ses congénères qui courent les « parties » et trouve refuge dans la chapelle de l’institution.

Mais c’est à la lecture des quatre volumes des homélies des Pères de l’Église qu’il connaît son épiphanie. De là il s’intéresse aux écrits de Teilhard de Chardin qui lui prouvent que la science peut se conjuguer avec la foi chrétienne. Il se passionne également pour le destin béatifié de Thérèse de Lisieux dont la courte vie met en pratique l’idée que la sainteté ne se rencontre pas uniquement dans les actions héroïques mais se développe également dans les actes du quotidien, quand même ils paraissent insignifiants au premier abord.

 

 

Sans le savoir, Thomas Keating va révolutionner l’approche du recueillement spirituel, en étudiant les principes de la prière du silence de Jean de la Croix (1542-1591). Dans la même dynamique, il se penche sur les Pères du Désert, qui vécurent en Égypte aux IIIe et IVe siècles. Ce qui ne l’empêche pas de prendre en considération les recherches du XXe siècle en matière de psychanalyse : c’est ainsi que Keating présente la prière contemplative comme une thérapie divine, le silence permettant d’accéder à son inconscient au-delà de la pensée et du masque du faux moi social.

« Au cours de la prière, vous allez de plus en plus profond et la purification devient de plus en plus subtile. Vos intentions originelles s’en trouvant purifiées »

Au-delà de cette pseudo-identité construite par la programmation infantile de la survie, de la sécurité, de l’affection, de l’estime de soi, du pouvoir et du contrôle. Toutes identifications qui au niveau social provoquent les guerres et les violences institutionnelles. Mais si la prière contemplative peut être le moyen de soigner les traumas de l’enfance, elle n’est pas pour autant une méthode de relaxation. Pas plus que les ouvrages de Keating ne sont à ranger au rayon « développement personnel » ou dans les librairies ésotériques. Au contraire : si la centering prayer a des vertus curatives pour l’inconscient, elle est avant tout un moyen d’accéder à Dieu au-delà de la pensée, et par le silence. Une pratique qui, en apprenant l’humilité, révèle en pleine conscience la nature illusoire de nos désirs et de nos ambitions. En d’autres termes : nous ne sommes rien, mais par la grâce de Dieu nous pouvons devenir tout. Si tant est que le « prieur » réalise que l’enfer est d’avantage un état de conscience qu’un lieu.

Nous ne sommes pas ici dans le self-service spirituel à la mode où il s’agit de se sentir mieux

Concrètement, la prière contemplative semble assez simple d’accès. Elle est fondée sur le lâcher-prise des pensées qui polluent notre esprit, non pas en luttant pour les éteindre mais en les appréhendant comme des nuages qui ne font que passer, tout en s’aidant d’un mot sacré et de sa propre respiration. Des pratiques qui ressemblent à celle de la méditation Zen.

Cependant, la prière contemplative demande une régularité et une discipline quotidienne sans laquelle aucun changement intérieur ne peut se produire. Un retour au vrai soi qui peut s’avérer violente rupture avec l’individu égocentrique et jouisseur libéral promu par la société marchande. Father Keating aimait à citer les Béatitudes (Matthieu 5, 1-12), le fameux sermon sur la montagne où Jésus affirme qu’« heureux les cœurs purs : ils verront Dieu ! » Le Père Keating ajoute : « Au cours de la prière, vous allez de plus en plus profond et la purification devient de plus en plus subtile. Vos intentions originelles s’en trouvant purifiées ». En d’autres termes nous ne sommes pas ici dans le self-service spirituel à la mode où il s’agit de se sentir mieux. Au contraire, au centre d’une mise en relation directe vers le Christ au sein de la Trinité. Avec tout ce que cela peut comprendre de subversif.

 

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Le péché originel est le mot pour désigner les névroses liées à nos désirs de possessions, d’hédonisme et de pouvoir, toutes aliénations nous éloignant du divin, aliénations reliées à nos enfances et aux charges névrotiques passées de génération en génération. Pourtant si nous ne sommes pas Dieu, il est en nous. La prière contemplative est le moyen de le laisser rayonner : « Notre noyau de bonté est notre vrai être. Son centre de gravité est Dieu. L’acceptation de notre bonté originelle est un saut quantique pour ce voyage spirituel ». Si Father Keating qui a passé les dernières années de sa vie de 1981 à 2018 dans l’ordre cistercien de la Stricte Observance au monastère Saint Benoît de Snowmass dans les Montagnes Rocheuses du Colorado est devenu une personnalité mondialement reconnue, sa notoriété reste moindre en France. La raison de ce désintérêt découle peut-être de la tradition cartésienne de l’Hexagone où le mental prime sur la capacité à ressentir. La prière contemplative est une forme de repentance christique à prendre dans le sens d’un détachement vis-à-vis des ambitions terrestres. Un voyage spirituel qui ne se pratique pas sans douleurs. Le meilleur moyen de les évacuer étant de les accepter avec humilité.

 

Jean-Emmanuel Deluxe

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