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Tirer la reine

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Publié le

4 avril 2019

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Monde-elizabeth natal linco

Tandis que remainers et brexiters s’opposent avec toujours plus de férocité sur les modalités de la sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne, chaque camp cherche à tirer la famille d’Angleterre à soi. Sans succès jusqu’ici.

 

Au matin du 24 juin 2016, l’Union européenne s’est réveillée sans le Royaume-Uni. De manière inattendue, Londres avait décidé, par référendum, de couper ses liens avec Bruxelles. Depuis les négociations piétinent, et brexiters et remainers s’écharpent avec toujours autant de rage sur les bancs de la Chambre des Communes. Une situation telle que la Reine Elizabeth II est intervenue par un discours en début d’année, réclamant aux députés des différents partis de « trouver un terrain d’entente » rapidement. Appelée par plusieurs parlementaires d’entrer dans le débat, « The Queen » ne s’est jamais publiquement prononcée pour ou contre cette sortie du Royaume-Uni de l’Europe. Enfermée dans un rôle d’arbitre impartial depuis 1952, date à laquelle elle est montée sur le trône, sait-on réellement ce que pense la reine de ce Brexit ? Elizabeth II est-elle eurosceptique ou européiste ?

 

Lire aussi: Matthew Goodwin : Brexit, dernière manche?

 

Cette question alimente quotidiennement les tabloïds du pays de Sa Majesté : rumeurs, spéculations, témoignages – les paroles comme les costumes de la souveraine sont décortiqués dans les moindres détails. Chacun tire la Reine à son avantage parce que sa popularité est telle qu’elle peut faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. A la veille du référendum, le journal The Sun avait jeté un pavé dans la mare : se basant sur des conversations de 2011 entre la souveraine et des députés avec lesquels elle déjeunait, il déduisait que la Reine aurait déclaré que l’Europe prenait « une mauvaise direction » et demandais à ses interlocuteurs qu’ils lui donnent « au moins trois raisons d’y rester ». C’était assez pour que la rédaction du journal pro-Brexit affirme à l’encre noire que la fille de Georges VI soutenait la sortie de son royaume hors des institutions européennes. Le démenti formel de Buckingham Palace ne fut guère convaincant. Pour les brexiters les plus durs, « Lilibeth »  avait levé le drapeau du souverainisme face à la technocratie de Bruxelles, et donné la victoire au leave.

 

Ambiguïté

 

Mais pour les remainers, « la vérité est ailleurs ». Il y a deux ans, lors du discours d’ouverture du parlement, Elizabeth II apparaissait toute de bleu vêtue, portant un chapeau orné de cinq fleurs à boutons jaunes disposées en étoile. Les partisans du maintien du « Royaume-Uni » dans l ’ Union européenne exultèrent.

 

Sortir ou rester, telle est la question et le mystère de la pensée royale reste entier. Pour le journaliste Marc Roche, la Reine est une « remainer silencieuse ». Tout est dans la nuance… Mais en 1972, n’avait-elle pas sous-entendu que l’entrée du royaume dans la Communauté économique européenne n’était pas souhaitable ? Et que dire des héritiers de la couronne, son fils, l’immuable dauphin Charles de Galles, et le prince William, duc de Cambridge ? Le Foreign office se charge de résumer la parole princière ainsi : « Nous quittons l’Union européenne mais pas l’Europe ! » déclare le ministère en mars 2017. En guise d’opération de charme sur un terrain miné, et pour préserver la Reine, on envoie sur le continent les deux premiers héritiers du Trône avec pour mission d’atténuer la portée de la sortie des « roastbeefs ». « Il est important que nous gardions notre capacité à nous unir à d’autres nations pour agir ensemble (…) La coopération entre différents pays est le socle de notre sécurité et de notre prospérité », déclare à Paris le petit-fils de la reine.

 

Lire aussi: Brexit : Theresa May entre la défaite et la victoire

 

Chez les remainers, on vide des pintes de bière en signe de victoire. Mais c’était trop s’avancer. Recevant le couple royal des Pays-Bas, fin octobre, Elizabeth II a souhaité lors de son « speech » que le Royaume-Uni apprenne désormais à « envisager un nouveau partenariat » avec l’Europe, ajoutant en guise de conclusion « qu’elle restait confiante dans ce que l’avenir réserv(ait) » aux Anglais. Pour la Reine d’Angleterre et d’Ecosse, l’unité du royaume prime sur l’idée européenne et les chicayas du Brexit.

 

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