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Une marée humaine de plus contre le projet de loi bioéthique

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© L'Incorrect

Ce dimanche 19 janvier était organisée par le collectif Marchons enfants, qui rassemble 22 associations comme La Manif Pour Tous ou Alliance Vita, une grande mobilisation contre le projet de loi bioéthique. Ce dernier est discuté en séance publique au Sénat à partir de ce mardi. Malgré sa majorité de droite, la chambre haute a déjà adopté le texte en commission. Ceci rendait la manifestation de ce dimanche encore plus déterminante.

L’Incorrect a bravé le froid pour la suivre.

 

Français, si vous saviez ce que le monde attend de vous. Les mots de Bernanos sont, comme toujours, les plus justes. La tâche paraît en effet aussi cruciale qu’immense alors que la place de la Résistance se remplit lentement dans le froid vigoureux de ce mois de janvier. Il est à peine midi, et on peut lire un peu d’inquiétude sur les visages transis des premiers arrivants. La place paraît en effet bien clairsemée alors que le départ est prévu dans moins d’une heure. C’est tout de même la joie qui l’emporte dans ce rassemblement jeune et drapé des couleurs vives de toutes les provinces historiques de France : Bretagne, Occitanie, Anjou, Normandie ou encore Dauphiné, tous ont répondu à l’appel.

 

Lire aussi : Ludovine de la Rochère : « Notre responsabilité vis à vis des générations futures est historique ! »

 

Ce n’est plus une manifestation contre la PMA, ce sont les troupes communales de toute la France qui vont chercher l’oriflamme de Saint-Denis derrière Philippe Auguste avant Bouvines. La motivation de ce peuple de la France des « territoires » comme notre vilaine novlangue voudrait qu’on l’appelle, de cette France périphérique et rurale qui est la France éternelle force l’admiration. C’est que cette France a de la robustesse à revendre. À l’image de Robert, ce père de famille franc-comtois levé à 5 heures du matin dans le village d’Ornans pour prendre le bus à 6 heures à Besançon. Cette France-là a aussi du bon sens.

Agnès Thill, député, expulsée de LREM pour ses convictions à l’encontre du « progressisme » sociétal. © L’Incorrect

Pour Robert, les choses sont simples. « On est d’abord des chrétiens, on est là pour défendre la famille » déclare-t-il sobrement. La conférence de presse enchaîne les propos de Ludovine de la Rochère, Caroline Roux (Alliance Vita), Patrice Obert (un homme de gauche) et Jean-Pier Delaume-Myard (un homme qui assume son homosexualité). Les propos y sont simples et le ton déterminé. Il s’agit de défendre la famille, la paternité et finalement notre humanité contre la marchandisation du monde et le progrès technologique débridé.

 

 

À l’heure de se mettre en route vers la place de l’Opéra, vers 13h45, soit trois quarts d’heure après l’heure prévue, le cortège est devenu massif. Le cabinet Occurence a estimé le nombre de manifestants à 26 000 et la préfecture de police à 41 000. Quiconque était présent ce jour-là et vu l’avenue de l’Opéra noire de monde sur toute sa longueur à l’arrivée du même cortège sait que ces chiffres n’ont aucun rapport avec la réalité. Malheureusement les organisateurs n’ont pas annoncé de chiffre précis et Albéric Dumont, vice-président de La Manif Pour Tous a simplement parlé de « centaines de milliers » de personnes lors de son discours final sur la tribune de la place de l’Opéra.

 

 

Cette manifestation ressemble beaucoup à la France de 2020. Une France un peu déboussolée voire carrément égarée face au culte du progrès d’Emmanuel Macron. Une France habituée à lutter, avec les Gilets jaunes et l’opposition à la réforme des retraites. Une France surtout déterminée à ne pas disparaître dans le traitement de libéralisme total qu’on lui administre déjà et dont on lui prépare la prochaine dose. Des gilets jaunes étaient d’ailleurs présents au sein du cortège, pour combattre « le même libéralisme qui a lancé [leur] mouvement » dont « la marchandisation de la procréation est évidemment un aspect ».

 

 

Pour eux, il n’y a pas de doute, les aspects social et sociétal du libéralisme ne font qu’un, comme peut le dire Jean-Claude Michéa. Le syndicaliste Joseph Thouvenel a la même conviction. Ce dernier explique sa présence par son engagement syndical de tous les jours « contre la marchandisation de l’humain ». Cette marchandisation commencera avec cette loi « dès le plus jeune âge ». L’ensemble de ces propos ainsi que la présence au sein de Marchons Enfants de Patrice Obert, qui dirige un parti de chrétiens de gauche, rappellent que la droite n’est pas la seule à pouvoir et à devoir s’opposer à ce projet. Tous ceux qui tiennent à la défense de l’humanité la plus élémentaire, à la common decency, comme l’exprime George Orwell avaient leur place dans cette manifestation.

 

 

Cette manifestation a d’ailleurs vu son cortège défiler sur les bords de Seine dans la bonne humeur et sans heurts. Beaucoup de familles avec leurs enfants, même les plus jeunes, et beaucoup d’étudiants. Ce ne sont pas les manifestations d’extrême-gauche qui cassent les banques et les Macdo. Cette France-là exerce simplement son droit de légitime défense face à ceux qui tentent de la détruire en sapant sa fondation la plus profonde, la famille. Dans une ambiance bon enfant, au milieu des pancartes satiriques et des tubes des années 1980, les slogans fusent, simples et efficaces : « La paternité n’est pas une option, la maternité n’est pas une prestation », « PMA, GPA, on n’en veut pas ». Cette foule est à la hauteur des attentes qu’on pouvait avoir d’elle

 

 

Les élus ont par contre brillé par leur absence, comme depuis le début de la mobilisation contre la PMA à l’automne dernier. Comment expliquer cette absence, alors que les écharpes tricolores s’étaient affichées fièrement en tête de cortège lors des manifestations précédentes durant le quinquennat de François Hollande. Sébastien Meurant, sénateur LR du Val d’Oise apporte un élément de réponse : « J’ai l’impression que beaucoup sont résignés. Il est compliqué de se battre contre tous les médias et les faiseurs d’opinion, il est compliqué de se battre quand le politiquement correct fait des ravages ».

La banderole de tête. © L’Incorrect

Parmi les manifestants, certains n’hésitent d’ailleurs pas à évoquer des « appels du pied » volontaires d’élus LR envers la majorité présidentielle. Ils est vrai que Tocqueville nous apprenait déjà au XIXe siècle qu’ « on ne va pas dans le sens de ses intérêts » contre l’opinion de la majorité dans une société démocratique. Que le silence relatif de la droite sénatoriale s’explique par la peur de subir les foudres du politiquement correct ou les calculs opportunistes, il est dans tous les cas inquiétant par la soumission idéologique qu’il révèle. La solution de continuité entre l’électorat de droite, bien présent dans la rue ce dimanche, et ses élus semble être une de ces nombreuses fractures entre les élites et le peuple de notre pays que le mouvement des Gilets jaunes a contribué à mettre en lumière. Le phénomène n’est certes pas nouveau, et Charles Maurras parlait déjà au début du siècle dernier de l’opposition entre le pays légal corrompu par la République et le pays réel resté sain.

 

 

Les élus présents ont cependant affiché une unité assez rare. De la députée ex-LREM Agnès Thill au parlementaire européen RN Nicolas Bay en passant par le sénateur LR Sébastien Meurant et la députée de l’Hérault Emmanuelle Ménard, les écharpes ont fait front commun derrière la banderole.

Les sentiments dominants parmi les manifestants sont finalement ceux de la gravité de ce combat et de la certitude qu’il n’est qu’un des premiers qui devra être mené pour protéger la vie humaine des dérives techniciennes les plus dangereuses. Comme le dit la députée ex-LREM Agnès Thill : « Il ne s’agit pas de la TVA ou du CICE. Il s’agit de l’avenir de l’humanité. On inscrit dans la loi la conception d’un enfant sans père ». La GPA est évidemment en ligne de mire, cette GPA que « la simple jurisprudence » permettra, toujours selon Agnès Thill, de rendre légale si la loi de bioéthique est adoptée.

Le dessin d’un artiste engagé talentueux. © L’Incorrect

En effet, comment autoriser un couple de femmes homosexuelles à avoir un enfant via la PMA et refuser la même chose à un couple d’hommes homosexuels à travers la GPA ? « On va forcément arriver à la GPA » résume simplement Nicolas Bay. Se profile aussi à l’horizon la bataille, peut-être plus fondamentale encore, contre les modifications génétiques des embryons humains, auquel cette loi ouvre la porte. « Est-ce qu’on a le droit de manipuler les gènes humains pour en faire on ne sait trop quoi ? C’est un danger majeur pour l’humanité ! » s’inquiète Joseph Thouvenel.

 

 

Que retenir alors de cette mobilisation ? Certes, elle ne changera vraisemblablement pas le destin du projet de loi qui sera presque sans aucun doute adopté au Sénat. Elle est comme un défi au monde moderne, pour lui rappeler que ses chimères ne deviennent pas innocemment réalité. Elle pose surtout les fondations des victoires futures dans les heures sombres et froides. Espérons que le printemps ne se fasse pas trop désirer. En attendant, la mobilisation continue devant le Sénat ces mardi et mercredi 21 et 22 janvier.

 

Ange Appino

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