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François de Lacoste Lareymondie a publié en 2011 Je refuse ! L’objection de conscience, ultime résistance au mal (L’Emmanuel ) dans lequel, pour illustrer ses propos, il appelle à la barre le héros d’Une Vie cachée, Franz Jägerstätter.
Les raisons qui ont dicté le choix de Franz Jägerstätter dans le film de Terrence Malick correspondent-elles à la réalité historique ?
Terrence Malick a privilégié l’efficacité du drame à une stricte exactitude historique, mais reconnaissons à son film d’être très juste sur la démarche d’un objecteur de conscience. Le réalisateur articule le rejet de Franz Jägerstätter sur la question du serment à Hitler qu’il refusait de prononcer. Mais le fondement religieux de sa démarche est essentiel : la question pour lui est de savoir quelle est la meilleure voie pour parvenir au Salut. On ne peut pas servir deux maitres et Jägerstätter est très clair : le régime nazi est fondamentalement anti-chrétien.
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Si Malick met en scène un conflit intérieur, il n’esquive pas non plus le conflit extérieur et notamment l’opposition de Franz Jägerstätter avec son curé et son évêque…
Terrence Malick a un peu escamoté le contexte de l’Anschluss et l’évolution socio-politique de l’Autriche à la fin des années trente avec comme point de départ le démantèlement de l’Empire Austro-Hongrois. Un grand pays humilié. Ce ressentiment est resté profondément ancré. Mais la question de la montée du nazisme s’impose à l’Autriche dès le début, au point que les évêques autrichiens émettent des critiques très fortes, parmi lesquels Mgr Gföllner, dont le diocèse comprenait Sainte-Radegonde, le village de Franz Jägerstätter. Dès 1933, il rédige un mandement, qu’il lit en chaire, contre l’idéologie nazie qu’il qualifiait de « maladie spirituelle ». Rappelons également l’encyclique de Pie XI, Mit brennender Sorge condamnant le nazisme. C’est d’ailleurs ce qu’expliquait Franz Jägerstätter à son évêque : « Qui peut réussir à être à la fois un soldat du Christ et un soldat du national-socialisme ? » Pourtant, en mars 1938, l’épiscopat autrichien appelle à voter « oui » au référendum de ratification de l’Anschluss.
Pour quelles raisons ?
L’épiscopat a préféré suivre ses ouailles plutôt que de les guider avec cette crainte, hérité du joséphisme ( la volonté de Joseph II d’étatiser l’Eglise), de se mettre en porte-à-faux avec le pouvoir autrichien. La notion de séparation de l’église et de l’Etat était encore très éloignée à cette époque. Ils ont plus accompagné le mouvement dans l’idée de sauver ce qu’il peut être sauver. Ce en quoi ils se sont trompé puisque l’église catholique d’Autriche a été beaucoup moins bien traitée que l’église catholique allemande, pourtant bien plus dure avec le régime nazi. Enfin concernant les dialogues entre Franz et son évêque ou son curé, n’oublions pas qu’à ce moment, il devient réfractaire. Il n’y a aucun doute sur son sort, la mort, et il fait courir de vrais risques de représailles à sa famille qui sera mis au banc de la société. Leurs critiques ont une vraie portée et les questions qu’ils posent ont une légitimité. On touche là au dilemme de l’objecteur de conscience, qui se retrouve seul avec sa conscience et dont il ne pourra reporter la responsabilité de l’acte qu’il pose sur aucun autre que lui.
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Que nous dit le film sur l’objection de conscience ?
Quelles que soient les circonstances, les pressions et les violences que l’on subit, l’acte que l’on pose nous engage personnellement même si nous nous trouvons à un tout petit niveau, comme Franz Jägerstätter. L’objection de conscience est un acte individuel et personnel, qui n’advient que face à une obligation à laquelle on ne doit pas échapper. On doit alors accepter les conséquences de son refus. L’objecteur de conscience qui cherche à échapper à un mal, va veiller à ne pas ajouter du mal au mal, c’est pourquoi il ne se révolte pas. Il n’est pas un militant politique qui chercherait à donner son point de vue, il n’a pas de certitudes absolues, mais il hésite et fait attention à ne pas juger les autres comme nous le montre le film lorsque Franz Jägerstätter refuse de juger son bourreau : « Si je le faisais, je contredirais le commandement de l’amour du prochain ». C’est un homme moralement seul.
Propos recueillis par Arthur de Watrigant
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