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Wokes et conspis, mains dans la main

Les deux grandes maladies hypo-politiques de notre époque, quoiqu’elles diffèrent dans leurs causes et dans leur méthode, se rejoignent finalement dans leur rapport à la raison, qu’elles croient détenir et qui pour cela même leur échappe mécaniquement.

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© Illustration de Kévin Deneufchatel pour L'Incorrect

On admire depuis longtemps l’expertise de Pierre-André Taguieff en matière de tératologie, comment il scrute à longueur d’ouvrage l’abîme qui engloutit la raison humaine ; aussi on lui sait gré d’avoir signalé les liens qui unissent wokisme et complotisme, ces deux déraisons qui se partagent l’espace politique, certes de façon encore minoritaire, mais, les marges ayant vocation à définir l’ensemble du tableau qu’elles circonscrivent, qui infusent tranquillement et vicieusement une vision du monde moins étrécie que celles des fanatiques du complot ou de la théorie du genre. Ainsi, pour qui tend l’oreille, le wokisme ne se résume plus à une théorie pure mais commence, malgré une forte réprobation, à s’impatroniser dans nos vies tandis qu’à droite – mais pas seulement – il est de bon ton de flatter l’engeance conspirationniste sous prétexte de feindre une interrogation légitime – à quoi on reconnait le conspi qui s’exprime toujours de la sorte, actant et arguant parfois de la disqualification du terme pour le reprendre à son compte et développer des théories plus ou moins conspirationnistes: « Je ne suis pas complotiste, mais… ».

S’ils sont situés à des endroits différents et que leurs manifestations ne s’équivalent pas, le wokisme infectant les sphères intellectuelles d’abord tandis que le complotisme déferle sur des milieux populaires exposés à des informations dont la cohérence immédiate peut s’avérer insaisissable pour qui ne s’y consacre pas, le wokisme entendant transformer le peuple, tandis que les complotistes s’acharnent à agonir des élites qu’ils ont décrétées absolument étrangères à eux, lors qu’elles leur ressemblent étrangement quand on y regarde de plus près; tous deux feignent d’être des raisonnements, des remises en question fondées et légitimes. Ils ne s’envisagent pas comme instinctifs ou pulsionnels, mais au contraire scientifiques dans le cas du wokisme, et cartésiens chez les conspi. Les premiers avancent à grand renfort d’études sociologiques, de littérature emmagasinée, en ignorant le caractère auto-référentiel de celles-ci, les seconds prétendent remettre en cause les dogmes officiels et pour cela utiliser un doute iconoclaste, alors qu’ils sombrent en réalité dans le doute hyperbolique dénoncé justement par Descartes et qu’ils refusent obstinément toute méthode susceptible d’asseoir une connaissance qui ne soit pas seulement le masque de leurs émotions plus ou moins confuses et trompeuses, comme Descartes le savait. [...]

Tous feignent d'être des raisonnements, des remises en question fondées et légitimes

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