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Chers amis,
Avec les municipales de l’an prochain, le temps est venu de réaliser l’union des droites. Puisqu’on ne peut pas l’imposer par en haut, on va la réaliser par en bas. La base – le peuple, dites-vous – la réclame, elle va pouvoir l’imposer. Et à nous la conquête des pouvoirs locaux, préfiguration de la conquête du pouvoir central !
Je schématise mais tel est, en substance, ce que je lis depuis des mois sous la plume de politologues et stratèges avisés (forcément avisés) dont je suis politiquement proche et qui ont pour point commun de résider tous à Paris ou dans ses environs, à quelques exceptions près.
Je regrette d’avoir à vous le dire aussi crûment mais je ne trouve pas de formulation plus amène : vous ne connaissez rien – ou disons, pour vous être aimable, pas grand-chose – des élections municipales.
Dans la réalité, en dessous de 5 000 habitants, on vit dans de gros villages. Où tout le monde se connaît, ou, du moins, se côtoie. L’inconnu, celui qui est fraîchement arrivé, celui qui sort peu, qu’on ne croise pas au marché ou au match, ni au bistrot, ne le reste pas longtemps. Je vais y revenir.
Vos plans sur la comète sont brillants, aussi convaincants en apparence que l’étaient vos analyses sur le mouvement des Gilets jaunes alors que celles-ci, déjà, étaient surtout fondées sur la projection de vos fantasmes et de votre vision idéalisée du peuple, mais il se trouve que j’habite en province, dans cette France que vous désignez comme périphérique sans même vous rendre compte de ce que cette expression peut avoir de condescendant, et j’ai quelques mots à vous dire, qui atténueront peut-être la gueule de bois que vous vous préparez à prendre de plein fouet au soir des municipales.
Allons-y, franco de port et d’emballage. De façon outrancière peut-être, mais cela vous permettra de mieux comprendre. Le rôle de bouffon de cour n’est pas pour me déplaire.
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L’union des droites à l’épreuve de la réalité
Pour paraphraser le général de Gaulle lors de sa conférence de presse de l’entre-deux tours de la présidentielle de 1965 : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant “Union des droites !”, “Union des droites !”, “Union des droites !”, mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien ».
Quoi ? Le rédac chef des pages politiques de L’Incorrect renie donc tout à coup ce pour quoi le journal se bat depuis sa création ? Et cela peu après la Convention de la droite, dont il a été – le mensuel, pas moi – le co-organisateur ? Évidemment pas.
L’union des différentes familles de la droite française – ou, présenté autrement, l’union de ceux qui ont enfin décidé de ne plus se plier aux diktats de la gauche avec ceux qui n’y ont jamais cédé – me paraît la seule voie pertinente pour parvenir à redresser la France dans tous les domaines, mais dans le cadre des élections municipales, c’est un peu plus compliqué qu’il n’y paraît.
Fermement déterminé à faire aboutir l’union des droites j’étais, solidement attelé à cette tâche je demeure, et cela quels que soient les obstacles posés par différentes fractions de la droite – par toutes, à vrai dire. L’union des différentes familles de la droite française – ou, présenté autrement, l’union de ceux qui ont enfin décidé de ne plus se plier aux diktats de la gauche avec ceux qui n’y ont jamais cédé – me paraît la seule voie pertinente pour parvenir à redresser la France dans tous les domaines, mais dans le cadre des élections municipales, c’est un peu plus compliqué qu’il n’y paraît.
Pour citer encore le général de Gaulle interviewé par Michel Droit, expliquant pourquoi les cabrioles ne menaient à rien, « il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités ». Je m’en tiendrai à quelques-unes.
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Le premier déterminant du vote, c’est le bilan
La première des réalités, c’est que sur les 35 000 communes françaises et même un peu moins – oui, leur nombre ne cesse de baisser en raison des regroupements de communes, et les plus de 36 000 de nos livres scolaires qui avaient persisté jusqu’à 2015 ont entamé leur décrue à marche forcée –, plus de la moitié ont moins de 500 habitants, près des trois quarts ont moins de 1 000 habitants, et, dans la totalité de celles-ci, l’électeur choisit le conseiller municipal au cas par cas, puisqu’on y pratique encore le panachage.
Au total, ce sont plus de 90 % des communes qui ont moins de 5 000 habitants ! Selon la définition de l’Insee, au-dessus de 2 000 habitants, on parle de villes. Dans la réalité, en dessous de 5 000 habitants, on vit dans de gros villages. Où tout le monde se connaît, ou, du moins, se côtoie. L’inconnu, celui qui est fraîchement arrivé, celui qui sort peu, qu’on ne croise pas au marché ou au match, ni au bistrot, ne le reste pas longtemps. Je vais y revenir.
La deuxième des réalités, c’est que dans ces communes-là, dans plus de 90 % d’entre elles donc – l’an dernier, c’était 93,8 % ! –, la fameuse « prime au sortant » est infiniment plus marquée qu’ailleurs, où, déjà, elle est très forte. Dans chaque élection, il y a ce qu’on appelle le « déterminant du vote » : ce qui fait que l’électeur vote pour un candidat plutôt que pour un autre. Il diffère selon le scrutin, selon le moment où celui-ci est organisé, selon même le mode de scrutin (proportionnelle ou majoritaire). Par exemple, il n’est pas le même à la présidentielle ou aux européennes (exemple pas totalement pris au hasard).
C’est seulement lorsque le maire sortant n’a pas donné satisfaction que l’on commence à regarder les autres offres (quand il y en a plusieurs, car souvent, il n’y a que deux listes, celle de la majorité sortante et celle de l’opposition) autrement que par simple curiosité. Pour trouver qui pourrait faire mieux.
Aux élections municipales, le premier déterminant du vote, c’est la satisfaction à l’égard de son maire – si celui-ci se représente, naturellement. Si on est satisfait du bilan de son maire, on le reconduit. Quelle que soit son étiquette politique. On aura beau présenter une liste d’union des droites dans une ville administrée par une équipe de gauche mais qui vote à droite pour les élections européennes, législatives ou présidentielle, si le bilan du maire sortant est jugé positif par la population, il sera reconduit. Avec les suffrages d’une large partie de l’électorat de droite, à l’exception de ceux, minoritaires, qui font systématiquement un vote politique. Même chose en sens inverse (maire de droite dans une ville qui vote à gauche).
C’est seulement lorsque le maire sortant n’a pas donné satisfaction que l’on commence à regarder les autres offres (quand il y en a plusieurs, car souvent, il n’y a que deux listes, celle de la majorité sortante et celle de l’opposition) autrement que par simple curiosité. Pour trouver qui pourrait faire mieux. Et là non plus, hormis pour les minorités politisées, le principal critère de choix ne va pas être politique.
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Voter pour ses idées, oui, mais quand on ne peut pas ?
Dans ma « ville » (4 000 habitants), en 2014, j’avais constitué une liste. D’« union des droites » ? Désolé mais non. Plutôt d’« union communale ». Avec des gens ayant apporté leur suffrage, à la présidentielle précédente, les uns à Nicolas Sarkozy, d’autres à François Bayrou, d’aucuns à Marine Le Pen ou à Jean-Luc Mélenchon. Enfin j’imagine car si certains m’ont dit pour qui ils avaient voté, je ne l’ai demandé à personne. Parce que je pensais et je pense toujours que dans un patelin de 4 000 habitants de la France profonde, on peut s’entendre, entre gens de bonne volonté, sur la gestion communale, quels que soient ses choix politiques par ailleurs.
Pour différentes raisons dont la moindre n’était pas ma personnalité, nous n’avons fait que 13 %. Un score néanmoins suffisant pour se maintenir au second tour. Il me suffisait de me rendre à la préfecture pour redéposer la liste et j’aurais vraisemblablement été élu conseiller municipal. J’en ai décidé autrement. J’ai fait voter les colistiers : maintien ou retrait ? Soit dit en passant, qui d’autre a fait pareil dans telle des 36 000 communes de l’époque ?
Ceci pour dire que l’union des droites, c’est bien joli, mais que, dans la vraie vie, ça se heurte à la dure réalité. Pour en finir avec mon patelin, je précise qu’aux européennes, la liste du RN, conduite par Jordan Bardella, a obtenu près de 24 % des voix. Première fois que le parti de Marine Le Pen sortait en tête : à la présidentielle, elle était arrivée troisième, derrière Macron et Mélenchon, Fillon étant quatrième et Dupont-Aignan dans les choux. Mais de liste de droite, monolithique ou d’union, il n’y aura pas.
À une très courte majorité, ils ont décidé du retrait. Leur motivation : faire battre, par la liste menée par celui qui était alors secrétaire départemental de l’UMP, le maire sortant PS. Non pas parce qu’il était socialiste, mais parce qu’après deux mandatures (et plus de trente ans de municipalité socialiste), la sclérose et le sectarisme régnaient, ainsi que la gabegie, et n’étaient plus supportables.
Six ans plus tard et bien que le contexte soit encore plus favorable à une candidature, je ne repars pas. Trois listes seront en lice, qui devraient comprendre chacune des candidats ayant figuré sur celle que je conduisais en 2014. Celle du maire sortant (un juppéiste ayant quitté LR devenu trop à droite à son goût), dont le bilan n’est pas critiquable, puisqu’il n’en a pas. Celle conduite par l’ancien secrétaire de la section socialiste du coin, qui est un copain. Celle menée par un haut fonctionnaire qui vient juste de prendre sa retraite, est revenu au pays de sa femme, est assurément le plus compétent, aura des colistiers marqués à droite et qui sont des amis, mais est réputé macroniste. Je fais quoi ? Je le sais mais comme, quel que soit mon choix, je vais me faire lyncher, je le garderai pour moi.
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Et ils sont où les militants de droite ?
Ceci pour dire que l’union des droites, c’est bien joli, mais que, dans la vraie vie, ça se heurte à la dure réalité. Pour en finir avec mon patelin, je précise qu’aux européennes, la liste du RN, conduite par Jordan Bardella, a obtenu près de 24 % des voix. Première fois que le parti de Marine Le Pen sortait en tête : à la présidentielle, elle était arrivée troisième, derrière Macron et Mélenchon, Fillon étant quatrième et Dupont-Aignan dans les choux. Mais de liste de droite, monolithique ou d’union, il n’y aura pas.
Lorsque celle-ci se cantonne aux discours, soit, tout a été dit, mais nous avons plus que jamais besoin de « métapolitique appliquée », car contrairement à ce qui a été dit et redit, nous, la droite, n’avons pas gagné le combat culturel, et il sera extrêmement difficile de vaincre politiquement sans l’avoir emporté culturellement.
Si j’ai pris cet exemple, outre que je le connais un peu, c’est parce qu’il est représentatif. Pour qu’il y ait union des droites, encore faut-il qu’il y ait des droites. Avec des représentants dûment identifiés, présents, actifs et insérés dans le tissu associatif et social, et compétents – et pas seulement pour ouvrir leur grande gueule au bistrot. Or chez moi comme dans beaucoup, mais alors vraiment beaucoup de communes, il n’y en a pas. Des militants du RN, du PCD, du CNIP ou que sais-je, y’a pas. Ou s’il y a, ils ne doivent sortir que la nuit, de peur… De peur de quoi ?
La dernière fois que j’ai vu – enfin, aperçu – des militants politiques de droite, c’était un trio du FN, pas encore rebaptisé RN. Venu d’ailleurs bien sûr, posant à la va-vite des tracts sur les pare-brise des voitures et marchant tête baissée. Je n’ai même pas pu en attraper un pour faire causette. À un moment, un type un peu cinglé leur a crié dessus, les a suivis, les a menacés, leur a lancé un caillou. Ils ont appelé la gendarmerie… Ils ont dû croire que mon patelin, c’est Vénissieux.
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Sans combat métapolitique, le rap règnera
Alors quand je vous vois, amis politologues et stratèges avisés, vous épuiser sur Twitter ou dans Le Figaro à expliquer la stratégie d’union des droites pour les municipales, et même si celle-ci peut aboutir à d’intéressants résultats dans de grandes villes (Perpignan bien sûr, mais aussi Carpentras ou Menton), je suis partagé entre rire nerveux et désolation. Un conseil : cessez de vous fatiguer. Ici, on ne lit pas Le Figaro, on lit Sud-Ouest. Et on est scotché sur Facebook, pas sur Twitter. On ne sait même pas ce que c’est. En septembre, le candidat réputé macroniste que j’ai évoqué, venu de la capitale, a créé un compte Twitter pour les municipales. Je me suis abonné. Deux mois plus tard, je suis toujours le seul « follower ».
Robert Ménard a eu parfaitement raison de lancer, à la Convention de la droite, au public chauffé à blanc par l’intervention d’Éric Zemmour et par avance enivré de discours qui allaient, c’est certain, déboucher sur des batailles victorieuses et même avoir un effet démultiplicateur sur les conquêtes du printemps 2020 : « J’en ai marre de ces gens qui ont des excuses pour ne pas se présenter ! Combien de personnes ici se présentent à des élections ? Combien ? Trois ? » Jamais autant de regards ne s’étaient tournés en un même instant vers les paires de pompes…
Ici, avant de voter, si on veut changer d’équipe municipale, on regarde qui mène la liste. Puis qui y figure, c’est-à-dire qui a bonne réputation et qui est bien connu pour être un filou ou un incompétent notoire, qui est sympathique et qui ne l’est pas, qui serait adjoint aux sports, aux finances, ou à la vie associative, aux affaires sociales. Enfin les programmes, sans illusion sur le fait qu’ils ne seront pas tenus mais parfois, ils donnent envie.
Robert Ménard a eu parfaitement raison de lancer, à la Convention de la droite, au public chauffé à blanc par l’intervention d’Éric Zemmour et par avance enivré de discours qui allaient, c’est certain, déboucher sur des batailles victorieuses et même avoir un effet démultiplicateur sur les conquêtes du printemps 2020 : « J’en ai marre de ces gens qui ont des excuses pour ne pas se présenter ! Combien de personnes ici se présentent à des élections ? Combien ? Trois ? » Jamais autant de regards ne s’étaient tournés en un même instant vers les paires de pompes… Histoire de rigoler encore plus, il aurait pu demander aussi combien se sont investis dans la vie associative locale, et pas celle de l’entre-soi où l’on se retrouve pour se congratuler entre gens du même milieu social et des mêmes convictions.
Là où je ne suis pas le maire de Béziers, c’est dans sa diatribe : « Je n’en ai rien à faire de la métapolitique ! » Lorsque celle-ci se cantonne aux discours, soit, tout a été dit, mais nous avons plus que jamais besoin de « métapolitique appliquée », car contrairement à ce qui a été dit et redit, nous, la droite, n’avons pas gagné le combat culturel, et il sera extrêmement difficile de vaincre politiquement sans l’avoir emporté culturellement. À l’heure où j’écris ces lignes se tient, à la salle polyvalente pompeusement baptisée Espace culturel André-Malraux alors que son principal intérêt est d’y permettre la tenue des lotos, une « Boum des familles » organisée par la municipalité. Avec cette spécificité pour attirer l’autochtone : « Possibilité de manger sur place (plat unique africain, à base de riz, légumes et poulet) ». Je suis sûr que c’est complet (la salle, pas le riz).
Sur les onze chansons qui doivent être interprétées (je passe sur les danses et sketchs), vous préférez laquelle ? Celle de M. Pokora, de Gims, d’Amir ? Plutôt celle de Louane ? Sinon il y aura du Lady Gaga et des extraits de la musique du Roi Lion. L’an dernier, il leur avait fait apprendre Ma philosophie, d’Amel Bent. « Mais toujours le poing levé »… J’ai dit ce que j’en pensais, on m’a regardé avec de grands yeux et fait comprendre qu’il valait mieux que je me taise.
Au collège de mon fils, établissement relevant de l’enseignement catholique, se prépare, sous la direction du professeur de musique, le spectacle de fin d’année. J’ai le programme sous les yeux. Sur les onze chansons qui doivent être interprétées (je passe sur les danses et sketchs), vous préférez laquelle ? Celle de M. Pokora, de Gims, d’Amir ? Plutôt celle de Louane ? Sinon il y aura du Lady Gaga et des extraits de la musique du Roi Lion. L’an dernier, il leur avait fait apprendre Ma philosophie, d’Amel Bent. « Mais toujours le poing levé »… J’ai dit ce que j’en pensais, on m’a regardé avec de grands yeux et fait comprendre qu’il valait mieux que je me taise. Et l’Apel ne trouve rien à y redire, elle tient la buvette. Je me suis éloigné du sujet des municipales ? Je ne crois pas.
Bruno Larebière
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