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Grégor Puppinck : « La restriction de la liberté de religion en Algérie est le symptôme d’une situation de crise »

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Publié le

7 février 2022

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Alors que, suite à de nouvelles restrictions contre la liberté de conscience en Algérie, l’intellectuel Saïd Djabelkhir a été condamné pour des propos remettant en question certains fondements de l’islam. L’occasion pour L’Incorrect d’interroger le juriste Gregor Puppinck sur le sujet.

Pouvez-vous nous expliquer l’affaire Saïd Djabelkhir ?

C’est un journaliste et universitaire algérien qui a publié quelques propos sur la religion musulmane qui découlent de ses propres recherches qui sont connues chez les islamologues. Ce n’est pas un grand nom, mais il est assez reconnu dans le milieu.

Il disait notamment que le pèlerinage à La Mecque était antérieur à Mahomet et qu’il y a des pratiques musulmanes issues du paganisme.

Ce qu’il a écrit était déjà tout à fait su par les islamologues. Il disait notamment que le pèlerinage à La Mecque était antérieur à Mahomet et qu’il y a des pratiques musulmanes issues du paganisme. Il ajoutait que les textes de références ne sont pas à prendre à la lettre.

C’est une politique de distance tout à fait classique avec un regard historico-critique. C’était écrit sur sa page Facebook, sans agressivité.

Il a par la suite été poursuivi par un petit groupe, dont un avocat, qui ont porté plainte contre lui, pour « dénigrement du dogme » et « atteinte à l’unité nationale » car l’Algérie repose en partie sur l’islam. Celui qui attaque l’islam attaque aussi le pays. Il a donc été condamné.

Lire aussi : Gregor Puppinck : « Aujourd’hui en France, des personnes qui quittent l’islam pour le christianisme sont persécutées »

En 2020, il y a eu en Algérie une réforme de la Constitution avec notamment la suppression de la « liberté de conscience » et l’introduction d’un mécanisme de QPC (Question Prioritaire de Constitutionnalité) comme en France.

On a l’impression que la liberté de religion se restreint en Algérie, que le statut de dhimmi connaît une résurgence… Est-ce le symptôme d’une islamisation dure du pays ?

Oui, tout à fait ! La restriction de la liberté de religion en Algérie est le symptôme d’une situation de crise. Depuis quelques années, il y avait une forme de tolérance qui s’installait dans le pays à l’égard des convertis. En effet, l’Algérie se distingue par l’importance du nombre de convertis [Ndlr : de l’islam vers le christianisme] dans le sud du pays, chez les Berbères.

Illégalement, un certain nombre d’églises était construites, mais le gouvernement avait une certaine tolérance à ce sujet. Ces dernières années, nombre d’églises ont été fermées de force.

Illégalement, un certain nombre d’églises était construites, mais le gouvernement avait une certaine tolérance à ce sujet. Ces dernières années, nombre d’églises ont été fermées de force, ajoutez à cela la suppression de la liberté de conscience et on peut dire qu’il y a un durcissement de la législation et de la pratique du pouvoir algérien.

Seul reste le droit de pratiquer sa religion, mais pas d’en changer.

Vous parlez de législation. Le droit islamique s’est-il définitivement imposé ?

Je ne sais pas si c’est définitif. En tout cas, il y a une suppression de la liberté de conscience, élément essentiel de la loi islamique, et puis cette loi contre les offenses à l’islam. L’affaire a été renvoyée à la Cour Constitutionnelle d’Algérie qui doit statuer à ce propos. Il y a donc deux solutions : soit le juge constitutionnel censure la disposition sur le blasphème en disant que le droit international prime, que cette loi est inconstitutionnelle. Sinon, que la disposition pénale est supérieure. Dès lors, Saïd serait condamné et cela validerait avec force la mesure islamique devant la Constitution. Cela mettrait l’Algérie pour longtemps dans cette situation. Nous luttons contre cette mesure pour la liberté d’expression, mais aussi pour soutenir les chrétiens d’Algérie qui connaissent une persécution de plus en plus forte. Cette loi est faite contre eux et contre l’apostolat. Il faut faire sauter ce verrou.

Lire aussi : Algérie : la dérive d’un régime paranoïaque

Quel est le rôle de la CEDH à ce sujet ?

Deux rapporteurs des Nations Unies ont condamné la mesure, or on leur a apporté la réplique en invoquant la CEDH ! Évidemment, l’affaire ne peut être jugée par la Cour Européenne, mais la jurisprudence européenne est une référence morale dans le droit international. L’Algérie répond donc aux Droits de l’Homme de l’ONU en invoquant les Droits de l’Homme de Strasbourg !

Assiste-t-on simplement à un phénomène éphémère ou est-ce une tendance qui va se généraliser dans tout le Maghreb ?

Il y a un phénomène de conversion et d’effritement de la religion musulmane. Les pays du Maghreb sont exposés à la liberté d’expression et aux médias occidentaux donc il y a un raidissement des autorités.

Les pays du Maghreb sont exposés à la liberté d’expression et aux médias occidentaux donc il y a un raidissement des autorités.

Pour les habitants, c’est très différent.

C’est donc une réaction ?

Tout à fait. Cette mesure est faite pour éviter l’effondrement. Je suis presque convaincu que le bloc islamique va éclater dans les 50 années à venir.

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