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Gregor Puppinck : « Aujourd’hui en France, des personnes qui quittent l’islam pour le christianisme sont persécutées »

Le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) rendra public ce mardi 30 mars un rapport et un reportage sur les persécutions subies en France par les personnes issues d’un milieu musulman et converties au christianisme. Grégor Puppinck, directeur de l'ECLJ, répond à nos questions avant la sortie du reportage. Entretien.

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© Unsplash

Vous évoquez des violences à l’égard des convertis. Quelles sont très concrètement ces persécutions, et à l’égard de quelles personnes ?

Ce sont des persécutions qui ont différents degrés et qui correspondent à cette définition : il s’agit du fait de porter atteinte aux droits et aux libertés d’une personne en raison d’un de ses caractères, en l’occurrence ici le changement de religion. Cela correspond bien à la définition légale de la persécution. Ce n’est pas un terme excessif, même si cela peut paraître étonnant d’employer ce terme, de parler de persécution religieuse aujourd’hui lorsqu’il s’agit de la France. C’est très étonnant mais l’on voit bien qu’il est malheureusement nécessaire de regarder de plus près la situation des convertis : aujourd’hui en France, des personnes qui quittent l’islam pour le christianisme sont persécutées. On entend assez régulièrement parler de la situation des apostats qui quittent la religion musulmane pour l’athéisme et qui revendiquent cet athéisme. Nous savons bien que ces personnes-là sont souvent menacées, mais nous, nous avons voulu voir la situation des personnes qui quittent l’Islam pour le christianisme, le lien entre les conversions et ensuite leur situation.

Quel constat dressez-vous donc ?

Des personnes qui vivent en France dans un milieu musulman ne sont pas libres de quitter leur milieu. Il n’y a pas la liberté religieuse, la liberté de quitter son milieu dans les communautés musulmanes en France et il y a une pression importante, familiale et communautaire qui est exercée. Les personnes qui veulent quitter ce milieu, en particulier pour se convertir sont soumises à des pressions très fortes allant souvent jusqu’aux violences physiques et exigeant généralement au moins un déménagement.

Parmi toutes celles que nous avons rencontré, aucune femme n’a accepté de témoigner à visage découvert avec son nom ou même sa voix, alors que certaines d’entre elles sont converties depuis plus de vingt ans

Quelles sont les cibles « privilégiées » de ces persécutions ?

Ce sont principalement des jeunes filles qui sont concernées par la violence physique. Elles sont moins bien traitées que les jeunes hommes dans cette culture et ces communautés, et donc sont beaucoup plus soumises aux violences, au harcèlement, à l’enfermement, aux menaces de mariages forcés, ou encore au renvoi au pays pour être mariée avec un musulman strict. Ce sont elles qui subissent le plus de violence. Parmi toutes celles que nous avons rencontrées, aucune femme n’a accepté de témoigner à visage découvert avec son nom ou même sa voix, alors que certaines d’entre elles sont converties depuis plus de vingt ans. Vingt ans après la conversion, elles ont toujours peur. Cela est vraiment significatif : la peur est beaucoup plus grande chez les femmes en raison de leur statut au sein de la communauté. Autre fait significatif, il y a plus de conversions chez les femmes que chez les hommes.

Dans quel cadre ces persécutions s’opèrent-elles ?

D’abord il y a la famille. Ce sont souvent les frères qui vont être violents à l’égard de leurs sœurs, ou les parents à l’égard des enfants. C’est donc la violence physique et cela peut aller jusqu’à la séquestration lorsque la personne persiste dans sa foi chrétienne. Mais avant de dire cela, il faut quand même dire que la première violence est bien souvent pour le converti, l’obligation de cacher sa conversion, de ne pas la révéler, de mener une double vie et finalement de l’empêcher de pratiquer la religion chrétienne. C’est la première forme de persécution qui est subie par l’immense majorité des personnes qui, au sein de la communauté musulmane se convertissent. C’est l’impossibilité de vivre sa Foi au grand jour. C’est vraiment la clandestinité, la peur d’être découvert, d’être vu.

La première violence est bien souvent pour le converti, l’obligation de cacher sa conversion, de ne pas la révéler, de mener une double vie et finalement aussi l’empêchement de pratiquer la religion chrétienne

Ensuite pour ceux qui sont découverts, ce sont la pression familiale, la violence et l’intimidation. Mais il y a aussi la perte de l’héritage. C’est un élément plus matériel mais il faut savoir que lorsque ces familles possèdent encore des biens, alors l’héritage est interdit par la loi aux personnes qui ont quitté la religion musulmane, comme au Maroc ou en Algérie par exemple. Autrement, la pression est également présente dans le quartier. Il y a des cas de surveillance de la pratique religieuse au moment du ramadan, donc pas mal de convertis font semblant de respecter les usages musulmans pour ne pas se faire embêter.

Est-ce un phénomène nouveau et concomitant à l’islamisation grandissante de certains territoires français ?

C’est un phénomène qui est très peu étudié. Mais il est certainement nouveau dans le sens ou l’islamisme augmente dans les quartiers. Donc le contrôle social augmente aussi dans ces familles, et en cela, il y a un renforcement de la violence. Certains témoins disent d’ailleurs même que c’est pire en France qu’en Algérie. Le radicalisme islamique serait plus fort dans les banlieues françaises qu’en Algérie. Ce serait encore plus dur ici que là-bas.

Pourquoi les pouvoirs publics n’agissent-t-ils pas sur ces violences nombreuses, avérées, et spectaculaires ?

Souvent ce sont des affaires intra-familiales, donc ce n’est pas facile d’être au courant et d’intervenir. C’est de plus difficile de porter plainte contre sa propre famille. Ensuite, il y a aussi un phénomène de honte. Nous avons eu par exemple des témoignages racontant l’histoire d’une jeune fille assassinée par des islamistes : la famille n’a pas porté plainte parce qu’elle avait honte de la conversion de leur enfant.

Lire aussi : Pakistan et Turquie : Les réseaux de l’islamisme en France

Ces phénomènes-là sont un exemple de la violence qui existe dans les banlieues et qui est peu accessible par la police. Ensuite il n’y a pas d’études publiques sur le phénomène des convertis, ni de statistiques. Il faudrait qu’il y ait une attention qui soit portée sur ces personnes, en particulier pour leur offrir des solutions de déménagement d’urgence et d’assistance.

La mort sociale promise aux convertis procède-t-elle du même réflexe totalitaire que celui de la “cancel culture” ?

Oui. L’apostasie est punie de mort physique dans la religion musulmane. Ici, ils ne peuvent pas forcément, heureusement, appliquer cette peine. Donc, c’est à minima la mort sociale, après la violence. Si la personne veut persévérer dans la Foi, il faut qu’elle quitte sa communauté d’origine, sa famille. Elle est exclue et donc elle perd tous ses liens d’origines. En cela, c’est vraiment une exclusion et une mort sociale. Pour les communautés musulmanes, c’est effectivement comme la cancel culture. C’est-à-dire que par analogie, le but pour eux est de chasser ceux qui remettent en cause l’intégrité de la religion musulmane.

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