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Yann Vallerie : « La sécession est la dernière chance avant le chaos »

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Publié le

15 février 2022

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Yann Vallerie, rédacteur en chef du site Breizh Info, publie un essai vivifiant, Sécession. Dans cet opuscule, le Breton appelle à la sécession spatiale, éducative, médiatique et politique de la « République française totalitaire » et entend proposer des pistes de réflexion pour organiser cette sécession plutôt que la subir. Selon lui « tous les ingrédients sont d’ailleurs réunis pour que cette sécession prenne vie prochainement ». Glacant.
Vallerie

Votre premier chapitre fait écho à cette tendance lourde issue du confinement : la fuite hors des villes. N’avez-vous pas l’impression que nous sommes au début d’un changement de civilisation prenant le contre-pied de l’exode rural ?

Yann Vallerie : Une partie de la population a pris conscience, notamment avec le premier confinement, que les villes étaient des endroits de moins en moins sûrs, en matière sécuritaire bien entendu mais également en matière alimentaire ou communautaire. Car ce sont des endroits où l’individu se retrouve seul. On a vu des familles séparées, on a vu des personnes perdues dans les villes. Partant, un mouvement de retour à la campagne ou vers de plus petites villes, s’est mis en route. Effectivement, c’est un mouvement qui est amené à se poursuivre : reste à savoir sous quelle forme. Car certains vont rapidement déchanter à la campagne ou dans les petites villes tout simplement parce qu’ils ne sont tout pas préparés à ce changement de vie radical.

Sachant qu’avec le développement d’internet, aujourd’hui en Centre-Bretagne on a autant accès à la culture ou à la mode que dans une grande ville.

Je vais peut-être vous surprendre mais je vais souligner le travail de la gauche depuis des années sur le maillage territorial en matière d’offre culturelle (médiathèques, bibliothèques, centres culturels). Avec l’avènement d’internet, accentué par la généralisation de la fibre optique, on peut en effet avoir la même vie culturelle ou les mêmes équipements vestimentaires ou de bricolage ou que sais-je encore que dans les villes. Les inconvénients suscités en moins !

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Mais certains de ces candidats au départ sont des « urbains natifs » ou des « urbains profonds » désormais, c’est à dire que de mémoire d’homme, il n’y a plus le souvenir d’un ancêtre venant de la campagne. Ils n’ont pas non plus connu cet imaginaire de la mémé de la Creuse ou des Côtes-d’Armor chez qui on passait l’été. Comment ces gens vont-ils pouvoir se radiner en campagne alors même que beaucoup de secteurs ruraux sont confrontés à une hausse de l’immobilier et un sentiment de dépossession face à ces « néo-ruraux malgré eux » ?

C’est un gros problème qui implique forcément des changements législatifs. En Bretagne, nous y sommes confrontés avec la question du « statut de résident » dont tout le monde parle. Certains font sécession des grandes villes car ils ne supportent plus cette colonisation par le bas, mais il ne faut pas non plus que ce Grand Remplacement se fasse d’une autre manière dans les campagnes, c’est-à-dire par le haut, le pouvoir d’achat et la hausse des prix. La Bretagne est l’exemple même de ce danger. On se retrouve avec des gens qui peuvent racheter toutes les maisons et faire construire sur les côtes. Ils biaisent l’aspect communautaire de nos territoires et, surtout, empêchent les jeunes de rêver un jour à l’accession à la propriété.

D’où la nécessité d’un statut de résident.

Oui, un statut de résident qui discrimine de facto, qui implique qu’on puisse choisir son voisinage, qu’on puisse empêcher à des gens venus d’ailleurs d’accéder à la propriété chez nous, qu’on puisse définir en Bretagne qui est Breton et qui ne l’est pas, etc. Tant que nous n’aurons pas fait sauter ce verrou des lois qui empêchent de discriminer, c’est-à-dire choisir qui on veut faire travailler, qui on veut loger, avec qui on veut vivre, nous ne pourrons rien faire. D’où l’urgence d’en finir avec la Ve République d’ailleurs !

La droite aurait tenu toute une partie de la population dans l’inculture pour maintenir une forme de reproduction sociale

On l’a vu avec l’affaire de Tarnac ou avec ces communautés qui existent un peu partout : une certaine gauche a déjà effectué sa « sécession » avec ce que l’on appelle « la communauté nationale ». La droite ou ce qui est nommé l’extrême droite semble, quant à elle, être complètement passée à côté du phénomène.

C’est bien le gros gros problème de la droite, même si je ne me définis pas ainsi ! Car cette droite est bercée d’un certain conservatisme et des illusions qui vont avec. Beaucoup de radicaux à droite veulent une révolution mais une révolution conservatrice. Or, à mon sens, le conservatisme c’est justement ce qui empêche de faire bouger les choses. Je reviens sur mon exemple précédent des bibliothèques : si la gauche n’avait pas rendu gratuite ou quasi-gratuite une partie de l’accès au savoir, jamais la droite ne l’aurait fait. La droite aurait tenu toute une partie de la population dans l’inculture pour maintenir une forme de reproduction sociale.

Mais revenons à la question essentielle des communautés : sur le sujet, la gauche a une avance considérable car les gens se situant plutôt à droite n’ont, en vérité, jamais pensé la sortie du système. Je dirais que les seuls qui ont commencé à le faire sont les mouvements de type catholiques traditionnels qui depuis 20 ou 30 ans se sont développés en marge ou de façon communautaire. La droite a globalement dix trains de retard sur la question de la sécession car elle croit encore à la République, elle croit donc dans les institutions telles qu’elles sont actuellement, et à mon avis elle se met le doigt dans l’œil car ce sont justement ces institutions qui sont totalement vérolées et qu’il faut changer.

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Votre livre a été préfacé par Piero San Giorgio qui est, en quelque sorte, le pape du survivalisme en Europe et vous avez été l’un des fondateurs de Ti Breizh [la maison des Identitaires bretons, une base autonome implantée à Guerlesquin en Centre-Bretagne entre 2008 et 2013, Ndlr]. Or Ti Breizh n’existe plus : est-ce qu’il y a une leçon à tirer de cela ? Est-ce que Ti Breizh n’a pas été lancé trop tôt ?

Exactement ! Ti Breizh a eu dix ans d’avance. Le climat sociétal n’était pas tant dégradé que ce qu’il est aujourd’hui. Tellement que cela entraîne un véritable repli communautaire. À l’époque, nous nous sommes rendu compte que les acteurs de cette mouvance de droite/extrême-droite étaient loin, très loin de partager cet idéal de retour à la ruralité, de vie communautaire, de travail physique en commun. Quand on est passé de la théorie à la pratique, il y avait peu de monde qui voulait réellement « crocher dedans ». Je pense cependant que si l’expérience était renouvelée aujourd’hui il y aurait quand même plus de monde et une vraie demande.

Vous parlez de « sécession éducative » : dans nos campagnes, il existe encore un corps enseignant à peu près sain, non ?

C’est ce que je dis dans le livre. Je ne suis pas un opposant total à l’école publique et je mets tout de même un bémol : pour moi il y a des écoles hors-contrat vraiment intéressantes, que ce soit les écoles Diwan, les écoles Montessori ou les écoles catholiques parce qu’il y a un certain niveau d’enseignement qui y est diffusé. Le problème majeur dans le public ou le privé sous contrat est que, malheureusement, les enseignants reçoivent des directives de l’Éducation nationale qui leur impose non pas l’instruction mais une espèce de rééducation. Ma fille a encore eu un cours sur la « tolérance », comme si c’était à des professeurs d’apprendre aux enfants ce que c’est qu’être tolérant avec son prochain !

C’est le modèle urbanistique français qui est totalement à revoir. En Irlande, il n’y a pas de de villes vampires qui s’étendent inexorablement. Il n’y a que des villes moyennes

Est-ce que ce désir de sécession chez beaucoup n’est pas, avant tout, consécutif à une énorme crise de l’urbanité, de la métropolisation de la France ?

C’est effectivement aussi une crise de l’urbanité mais de l’urbanité telle qu’elle a été pensée en France. Avant, il y avait le problème Paris contre la France périphérique, mais Paris a donné naissance à des rejetons un peu partout : Rennes, Nantes, Bordeaux, Lyon. C’est le modèle urbanistique français qui est totalement à revoir. En Irlande, il n’y a pas de de villes vampires qui s’étendent inexorablement. Il n’y a que des villes moyennes.

Les villes sont devenues le symbole d’un vivre-ensemble imposé et le déversoir de toutes les vagues d’immigration. Les migrants fraîchement débarqués du Bénin ou du Pakistan ne veulent absolument pas se retrouver au fin fond de la Creuse mais dans une ville, même entassés dans des logements sociaux, dans un ensemble urbain où ils pourront aller travailler à McDo, avoir un smartphone et accès à la société de consommation. Par conséquent, la sécession est le rejet d’une partie des autochtones européens, de la société de consommation dans son ensemble et cette société est effectivement symbolisée aujourd’hui par la métropole.

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Vous parlez aussi de sécession politique avec l’établissement d’autonomie locale. À droite, ce thème n’est toujours pas à l’ordre du jour malgré l’évidence alors que la gauche a fait son chemin sur le sujet.

On en revient au conservatisme. La droite française n’a plus rien à proposer de nouveau et se réfugie dans un modèle idéalisé d’antan, la IIIe République. Ce qui manque à la droite, c’est une vision « culturaliste » des choses. Comment construire un monde nouveau tout en étant enraciné dans une culture, dans une civilisation, c’est un peu ce que Guillaume Faye avait théorisé avec l’Archéofuturisme. Beaucoup de projets peuvent être futuristes tout en étant ancrés dans notre identité européenne. Il y a également la question de la temporalité.

Quand je parle de sécession politique, c’est une sécession temporaire. Une sécession dans une société où les Européens ont de moins en moins leur place du fait de leur déclassement. Mais dans une société où les peuples européens auront repris leur destin en main, les villes recommenceront sans doute à retrouver leur légitimité, à partir du moment où elles ne se métropolisent pas, en vampirisant tout ce qu’il y a autour ; certains groupes économiques retrouveront également leur légitimité. La sécession c’est reculer un petit peu pour mieux avancer demain !

La sécession permet, de fait, aux gens de se réapproprier leur identité et de savoir qui ils sont

N’existe-t-il pas une sécession radicale que nous connaissons bien en Bretagne et qui, elle, délimite clairement les communautés, la sécession linguistique ?

Effectivement, nos langues charnelles, nos langues originelles, permettent de facto de discriminer, de distinguer car ce sont des langues qui, de toute façon, ne seront jamais parlées massivement par des gens venant du Pakistan ou du Togo. Apprendre une langue dite régionale et la parler quotidiennement permet de se distinguer de l’autre et surtout de l’Autre. Plus on généralisera l’enseignement de nos langues régionales et leur application dans la vie quotidienne, plus on fera barrage à des masses venues d’ailleurs qui, par définition, n’apprendront jamais nos langues et ne maîtriseront jamais complètement nos référents culturels profonds, ceux qui viennent de nos petites patries charnelles. La sécession permet, de fait, aux gens de se réapproprier leur identité et de savoir qui ils sont.

Pensez-vous que la sécession est le dernier espoir avant la guerre ethnique ?

Oui ! Il faut accepter la défaite dans les grandes villes, accepter le fait que la sécession est un repli, que la sécession est une forme de projet parallèle à ce que proposent nos institutions actuellement, que c’est la dernière voie pacifiste avant la guerre civile. Je n’appelle surtout pas à cette guerre civile, d’ailleurs, sinon je parlerais de sédition, je pense qu’il est urgent de protéger nos enfants, de leur offrir un autre quotidien, une autre éducation, y compris en se séparant des institutions. La sécession c’est notre dernière chance avant le chaos total.


Sécession de Yann Vallerie
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