Où en est le don de 50 millions promis par la ville de Paris pour restaurer la cathédrale ?
Au moment de l’incendie, Anne Hidalgo et la ville de Paris ont annoncé un don de 50 millions d’euros pour la restauration de Notre Dame. Des collectivités territoriales de toute la France ont alors fait voter dans leur budget les dons promis. Concernant Paris, après cette annonce très médiatique, Anne Hidalgo s’est rétractée, expliquant que les 50 millions d’euros seraient finalement affectés aux travaux d’aménagement des abords de la cathédrale. Cette décision est inadmissible sachant que ces travaux étaient prévus avant même l’incendie : elle avait déjà fait travailler un cabinet d’architecte (Dominique Perrault), qui prévoyait d’ailleurs une galerie commerciale sous le parvis. Toujours est-il qu’il n’y a donc plus de dons, puisque ces dépenses vont passer sur le budget voirie. C’est un vrai recul et une forme de trahison car donner des dons pour la restauration ou réaménager les abords n’est pas du tout la même chose. C’est complètement dingue que la capitale ne mette même pas un centième d’euros sur la table pour la restauration !
En plus de ce premier recul, la ville compte désormais imposer l’établissement public. S’agit-il d’un acte de « droit commun » comme le dit la mairie ?
Effectivement, la ville de Paris réclame à l’établissement public qui est en charge du chantier une redevance d’occupation du domaine public à hauteur de 3,4 millions par an, soit au total plus de 20 millions ! C’est aberrant, parce que si l’établissement public paye, il payera avec l’argent des dons. La ville de Paris peut tout à fait ne pas lever cet impôt local, comme d’autres villes l’ont fait pour des chantiers de restauration, ou comme la ville l’a fait récemment pour les terrasses des restaurateurs lors de la crise Covid. En conférence de presse, le premier adjoint Emmanuel Grégoire a essayé d’évacuer la question en parlant de « droit commun ». C’est faux, car ils ont tout à fait le pouvoir d’exonérer l’établissement public. Non seulement la ville de Paris s’est rétractée sur le don initial, mais en plus elle réclame une partie de l’argent des dons !
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Dans ces deux cas, quels sont concrètement les processus de décision ?
En ce qui concerne le don, si Anne Hidalgo l’avait validé, ce serait passé en Conseil de Paris. De fait, et c’est normal, l’argent pour l’aménagement des abords n’est toujours voté puisque la mairie de Paris n’engagera ses travaux qu’après 2024, une fois que les travaux intérieurs de la restauration seront finis. En ce qui concerne la redevance, elle est réclamée par la mairie. J’ai auditionné pour la troisième fois le général Jean-Louis Georgelin, directeur de l’établissement public en charge, qui nous a redit avoir relancé la mairie à ce sujet. Nous sommes pour l’instant dans un statuquo. Peut-être qu’avec la pression médiatique, la mairie de Paris devra s’expliquer et ne pourra plus nous embobiner en expliquant qu’il s’agit de droit commun.
En tant qu’élue de l’opposition, que comptez-vous et pouvez-vous faire pour faire évoluer la situation ?
Je suis déjà montée plusieurs fois au créneau au Conseil de Paris. Je vais recommencer au prochain conseil en faisant un vœu pour demander officiellement l’exonération de cette redevance. Pour l’instant, nous sommes en quelque sorte menés en bateau. Rappelons qu’Anne Hidalgo ne s’est pas déplacée pour les auditions auxquelles elle était convoquée à l’Assemblée, ce qui est très rare. Elle ne semble pas prendre en compte l’ampleur du chantier. J’ai fait en sorte que la mission parlementaire soit transparente, ce qui a permis aux journalistes d’apprendre beaucoup d’éléments qu’ils n’auraient pas su autrement.
C’est une faute politique que de ne pas être au rendez-vous, surtout après l’avoir annoncé, et ce alors que l’argent vient du monde entier. C’est incompréhensible, ça dépasse l’entendement
Que nous dit cette affaire du rapport d’Anne Hidalgo au patrimoine parisien ? Beaucoup de Parisiens se plaignent avec le fameux #SaccageParis. Est-ce un élément de plus dans la longue litanie ?
Non, je n’associerai pas cette affaire à #SaccageParis. À vrai dire, je suis étonnée qu’Anne Hidalgo ne soit pas plus fine sur le sujet, qu’elle ne prenne pas conscience des enjeux. Elle a délégué la question au premier adjoint, ce qui est une vraie erreur. Plus largement, c’est une faute politique que de ne pas être au rendez-vous, surtout après l’avoir annoncé, et ce alors que l’argent vient du monde entier. C’est incompréhensible, ça dépasse l’entendement.
Il faudra aussi scruter l’aménagement du parvis. Un appel d’offres a été lancé et quatre cabinets d’architecture ont été sélectionnés, dont le fameux Dominique Perrault architecte, ce qui nous inquiète. Il ne faut pas que cela se transforme de nouveau dans une logique commerciale comme le projet originel sous le parvis, tel le projet de la Tour Eiffel.





