Paisible. Telle devrait être la vie de chacun. Naître dans une famille sans problème, étudier sereinement, trouver aisément un travail, avoir un mariage heureux, devenir cadre, engendrer des enfants conformes à ses vœux, prendre une retraite aisée et mourir tranquillement, sans douleur.
Voilà le modèle promu par notre société. Voilà l’idéal de tous, dans ce monde capitaliste dont l’âme est dans l’argent, moteur de nos échanges marchands. C’est à la sueur de notre front que nous le gagnons, peinant pour pouvoir se reposer, travaillant pour notre retraite, vendant notre vitalité pour profiter de notre invalidité.
C’est le confort que nous idéalisons. Rêve de toute une vie, jouissance jamais achevée, motif sans fin de plaintes criardes, le confort est cet horizon que seuls les plus favorisés atteindront. Formidable renversement nihiliste ! Profitant des morts de Dieu et de la noblesse d’âme, les bourgeois se sont emparés de nos biens, mais plus important, de notre imaginaire. Qui aujourd’hui ose encore un peu rêver d’autre chose que de richesse, de pouvoir et a fortiori, de confort ? Qui aujourd’hui, ose encore garder ses rêves d’enfants, s’exposer sans fin à combattre pour quelque chose qui en vaille la peine ? Qui aujourd’hui, ose encore vouloir ce combat sans répit, recherchant l’insatisfaction salvatrice ?
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Amen je vous le dis, bienheureux sont ceux qui refusent la paix, l’histoire est à eux.
L’histoire est faite de ces grands hommes, « météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle » comme le décrivait l’un d’eux. Ces hommes qui ne gardaient pas leur énergie, consumant leur vie pour renaître plus grands après leur mort. Quels sont ceux qui restent dans notre mémoire, s’éteignant paisiblement, après avoir mené une vie tranquille ?
Le confort, c’est le royaume des oubliés. De ceux qui, renonçant à toute ambition autre que personnelle, n’aspirent qu’à se disperser comme des cendres dans l’air du temps. Écran de fumée que de se dédier sans fin à gravir l’échelle sociale dont le sommet est infini. Car, très chers, qu’est-ce que le confort sinon le train de vie des plus riches ? Posséder toujours, pour combler l’inassouvissement de notre besoin de grandeur. Posséder quoi alors ? Le bourgeois d’hier, celui qui vivait avec une voiture, une télévision et une petite maison en banlieue parisienne, est le pauvre d’aujourd’hui : le bourgeois actuel a deux voitures, un écran plat 4K avec des enceintes en plus d’une tablette, de deux ordinateurs et d’une résidence secondaire en Normandie. En vérité, ce sont toujours les riches qui définissent les besoins des pauvres, les influenceurs nous le prouvent assez au quotidien.
Là où le confort est l’arme du bourgeois pour asseoir une fausse supériorité sur la société, l’inconfort est l’arme des rêveurs opprimés pour s’enfuir de cette dichotomie marxiste.
S’autoriser à se fixer un objectif atteignable, c’est s’abaisser à s’interdire l’élévation réelle, celle qui a de la valeur car impossible. Tout ce qui est beau est impossible autant que rare pourrait-on dire, pour changer la formule de Spinoza. Ce qui fait de nous des créatures supérieures, c’est notre capacité à concevoir et à aspirer à un idéal.
Seule la perspective d’un combat éternel, d’une amélioration sans fin est juste. C’est le refus du confort qui nous rend meilleurs. Mais c’est justement cette renonciation, la plus difficile, la plus courageuse et la plus noble, de l’apaisement, qui a de la valeur.
Renoncer au confort, c’est s’interdire la satisfaction, le bonheur, la tranquillité qui vont, doucement, s’emparer d’un cœur ardent pour calmer la douleur infinie qui le consume en chaque instant. Éteignant ce feu qui éveille un destin, il en fait un immense nuage d’une fumée âcre qui obstrue le corps et l’âme, bouchant les voies qui guident les flammes vers l’expression d’une volonté de puissance nietzschéenne qui se répand dans le monde en sa plus noble forme : la grandeur.
Là où le confort est l’arme du bourgeois pour asseoir une fausse supériorité sur la société, l’inconfort est l’arme des rêveurs opprimés pour s’enfuir de cette dichotomie marxiste.
Refuser le combat sans relâche de la vie, c’est être ce poisson mort dans le sens du courant. S’accorder une trêve pour profiter de la satisfaction, c’est perdre du temps à continuer ce combat.
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Mais alors, comment trouver le bonheur dans notre vie ? me dira-t-on. La question est mauvaise : Faut-il trouver le bonheur dans notre vie ? Voilà ce que demandera l’homme qui souhaite encore vivre et non survivre.
Alors à cette question, je répondrai que le bonheur n’est pas la fin de notre existence, mais un fait accessoire, la brise qui vient agrémenter le chemin vers l’élévation. L’être humain balance sans cesse entre le désir qui est son moteur et la paix qui l’arrête. Pour ne pas arrêter ce moteur, il nous faut donc rouler sans fin vers l’horizon en observant quelquefois une joie, presque au hasard, beau paysage sur notre chemin.
Alors, lancez-vous dans cette formidable mêlée qu’est la vie au lieu de vous reposer au bord du champ de bataille. Refusez à tout pris le lénifiant confort qui vous ralentira avant de vous enfermer dans une boucle. Drogués à la paix, vous la rechercherez sans cesse. Drogués au combat de la vie, vous avancerez toujours entre les joies éphémères et les longues tristesses, mais toujours avec ce désir qui vous fera un jour atteindre la grandeur, sainteté trop humaine.
Faites de votre vie une épopée qui laissera une marque dans l’Histoire. Il n’est pas trop tard pour y laisser votre trace.





