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Un président de pacotille

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Publié le

7 avril 2022

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Macron rêvait d’un retour du tragique, il l’a eu. Si les Français le congédient, il ne pourra s’en prendre qu’à lui-même, tant il a tout fait pour en arriver là. Tout occupé qu’il était à jouer à la guéguerre et à faire de la France l’arbitre des élégances géopolitiques, il a délaissé les vrais problèmes du pays. Tout en prouvant qu’il avait les moyens de s’en saisir. Impardonnable.
Macron

Le 16 mars 2020, la France entre en guerre. Ce soir-là, Emmanuel Macron, président de la République, décrète la mobilisation générale de tous les Français, femmes, enfants et vieillards inclus, contre un ennemi « invisible, insaisissable et qui progresse ». Deux ans plus tard, nulle capitulation n’ayant été signée, ni aucun armistice conclu, il nous faut en déduire, au choix, soit que l’ordre de démobilisation ne nous a pas été délivré, égaré par la société chargée de nous le transmettre telle une vulgaire profession de foi électorale, soit que nous n’avons pas vaincu le virus et sommes donc toujours en guerre. Sans avoir, en deux ans, mis en place une économie de guerre.

Le 24 février 2022 s’ouvre un deuxième front. Contre « les fantômes du passé ». Dixit, dans son adresse télévisée aux Français, le chef de l’État qui répugne décidément à désigner l’ennemi. Nous n’entrons pas en guerre contre la Russie, mais, dans la mesure où nous sommes « aux côtés » de l’Ukraine, ça y ressemble quand même un peu. Voire beaucoup, avec tous les risques que cela comporte, puisque Emmanuel Macron, président de la République et chef des armées, nous fait part de sa « détermination à [nous] protéger, sans relâche » et nous assure qu’il saura « prendre les décisions qui s’imposeront » (« Sur le plan militaire et économique, autant que dans le domaine de l’énergie, nous serons sans faiblesse »).

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S’il en va de la politique comme du calcul des pensions dans lequel les années de guerre comptent double, Emmanuel Macron restera comme le premier président de la République à avoir accompli plus d’un septennat depuis l’instauration du quinquennat. Chapeau l’artiste, qui aura réussi à nous enrôler dans deux guerres présentant ces autres caractéristiques de n’avoir aucune chance de déboucher sur une victoire et d’avoir pour conséquences directes sur le peuple français que son affaiblissement – moral dans le premier cas, économique dans le second.

À quelque chose malheur est bon

Le premier mérite de ces deux années de pseudo-guerres restera d’avoir montré ce qu’il était loisible à l’État d’imposer au peuple dans notre belle démocratie libérale. Par exemple, il a pu assigner à résidence la totalité de la population. Par exemple, il a pu contraindre chacun à s’auto-administrer un laissez-passer pour aller faire pisser son clébard, stade suprême de la servitude. Par exemple encore, dans le cas de l’« agression russe », il a pu asseoir presque totalement son contrôle de l’information pour s’assurer que l’opinion ne serait pas exposée à des images et analyses divergents (l’affaire du « virus chinois » avait montré des failles) en une concrétisation de l’allégorie qu’avait été le musellement de la population durant de longs mois. Tout cela dans un quasi-unanimisme de la classe politique. Re-bravo l’artiste.

Chapeau l’artiste, qui aura réussi à nous enrôler dans deux guerres présentant ces autres caractéristiques de n’avoir aucune chance de déboucher sur une victoire

À quelque chose malheur étant bon, les Français ont fini par comprendre, avec ces deux crises et l’ampleur des moyens mobilisés pour y faire face, que tout ce qui était jugé jusque-là impossible était devenu réalisable, voire immédiatement réalité. Pour paraphraser Jean-Luc Mélenchon, que « ce qui était nécessaire était possible ». Fermer les frontières aériennes, maritimes et terrestres, ou du moins contrôler l’essentiel des personnes qui voulaient entrer en France ou en sortir, et refouler une partie d’entre elles, ce fut possible. Assigner à résidence tout un pays et contrôler les allées et venues de ceux qui circulaient, verbaliser les contrevenants, pareil. Les plus cyniques ont même remarqué que contrairement à une idée répandue, il était, d’un point de vue logistique, tout à fait possible de déplacer autour de 3 millions de personnes d’un pays à un autre en moins d’un mois.

Les Français auront également relevé que, contrairement à ce qu’avait affirmé François Fillon en 2007 (« Je suis à la tête d’un État qui est en situation de faillite »), les caisses du pays n’étaient pas vides, ou qu’on avait trouvé le moyen de faire autrement, puisqu’on leva pas moins de 240 milliards d’euros pour le fameux « quoi qu’il en coûte », puis des sommes qui restent à déterminer pour fournir à l’Ukraine un arme- ment qui manquera à l’armée française (détail amusant: les missiles antichar Milan, offerts par la France à l’armée ukrainienne, sont destinés à détruire des chars russes équipés de système de détection et de navigation vendus par la France ; que le meilleur gagne).

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Le meurtre de Colonna comme un révélateur

D’une guerre l’autre, les problèmes structurels du pays et les conséquences de plusieurs décennies de croyance en la « mondialisation heureuse », pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Alain Minc, sont apparus. Les conséquences des politiques d’abandon de l’ensemble de nos souverainetés ont été révélées et fixées: nous étions nus. En moins de temps qu’il n’avait fallu pour passer de l’argentique au numérique, nous nous étions retrouvés incapables de faire face au moindre pépin. Malgré 1 500 ans d’histoire, nous n’étions plus autonomes. La soumission aux dogmes de la globalisation, avec son allié inattendu, la bureaucratie française, étaient venus à bout de notre pays. Si le masque n’était « pas nécessaire si l’on n’est pas malade » (Sibeth Ndiaye), c’est que nous n’en avions pas. S’il fallait éviter les hospitalisations, c’est que la capacité hospitalière de la France ne permettait pas de les absorber. Au pays de Pasteur, nous n’étions même plus capables de concevoir un vaccin. Notre agriculture produisait à peine de quoi répondre aux besoins en blé de la population. Etc.

Puis est survenu le meurtre d’Yvan Colonna comme un condensé de la déliquescence de l’État français qui aurait opportunément fait irruption dans la campagne présidentielle. Par ses deux protagonistes, le meurtrier et la victime, l’affaire coche toutes les cases de la preuve absolue de la faillite d’un système paralysé par sa propre lâcheté.

Les conséquences des politiques d’abandon de l’ensemble de nos souverainetés ont été révélées et fixées: nous étions nus

Le meurtrier d’abord. Du nom de Franck Elong Abe, il est né camerounais. À 18 ans, il est devenu français. Automatiquement. Bien qu’il ait déjà été « connu des services de police ». Djihadiste en Afghanistan, il est fait prisonnier par les Américains, qui nous le refilent deux ans plus tard, puisqu’il est français. Il prend neuf ans pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme ». De prison en prison, son parcours pénitentiaire est marqué par « de graves incidents » (prise d’otage, tentative d’évasion, etc.), ce qui ne l’empêche pas d’être employé comme « auxiliaire » pour faire le ménage dans la prison d’Arles et d’être pour cela rémunéré. Il était « libérable » l’an prochain, comme le seront plusieurs centaines d’autres dans le même délai… Heureusement que nous sommes – étions? – également « en guerre » contre le terrorisme.

La victime ensuite, qu’on ne présente plus: Yvan Colonna, reconnu coupable d’avoir assassiné, dans le dos, le préfet Érignac, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Pourquoi le premier a-t-il tué le second, en prison, sous l’œil des caméras de surveillance que nul ne regardait alors qu’ils étaient tous deux des « détenus particulièrement surveillés » et n’auraient jamais dus rester seuls? Parce que le Corse aurait tenu des propos blasphématoires. « J’appelle ça le mektoub, le destin », a dit l’islamiste.

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L’affaire coche toutes les cases, disions-nous. Elle coche celle de l’immigration, celle des naturalisations, celle des décisions de justice, celle de la condition carcérale, celle des libérations de djihadistes, celle de la déchéance de nationalité. Et celle de l’irresponsabilité de toute la chaîne de décision : du directeur de la prison au ministre de la Justice, nul n’a fait l’objet de quelque sanction que ce soit – ne parlons même pas de démission. Elle coche aussi celle de la meilleure façon d’être entendu par l’État: l’usage de la violence. Devant les émeutes en Corse et pour éviter qu’elles ne prolifèrent, Paris a annoncé l’ouverture de négociations pour conduire l’île vers l’autonomie. Carton plein. Fascinant.

Dans sa déclaration de candidature à sa succession, Emmanuel Macron n’a rien trouvé à dire sur le régalien intérieur. Rien sur l’immigration, une phrase bateau sur la justice et sur la police. Au cours de son interminable conférence de presse, rien non plus. À l’issue de cinq ans de pouvoir, l’immigration, la justice, la police, l’autorité de l’État demeurent l’angle mort de la politique d’Emmanuel Macron.

La France prétend vouloir faire reculer la Russie en Ukraine, au nom du respect du droit international, mais bat en retraite au Mali, y laissant le champ libre à des mercenaires russes

Emmanuel Macron veut être réélu en ayant montré aux Français qu’il savait tenir tête à Vladimir Poutine, mais il n’a toujours pas appris à le faire face aux islamistes, pas plus que face à la racaille. Il peut engueuler le maître du Kremlin (« Tu te racontes des histoires ! »), mais pas soumettre un élu français. Défendre l’honneur du drapeau ukrainien, c’est bien, mais défendre celui du drapeau français, ce serait mieux. Or il n’a rien trouvé d’autre à dire, lorsque le drapeau tricolore fut mis en berne au fronton de la Collectivité de Corse et de plusieurs mairies de l’île de Beauté après la mort d’Yvan Colonna, que: « C’est une faute et c’est inapproprié ». Une « faute », mais sans conséquence, alors qu’il aurait dû faire relever les couleurs sur-le-champ et avait le pouvoir de faire destituer en conseil des ministres les maires qui s’étaient rendus coupables de l’offense. L’ordre international doit être rétabli à Kiev, mais à Ajaccio, on peut trouver des accommodements raisonnables (pour eux) avec les indépendantistes, comme dans les banlieues on en trouve avec les caïds.

La France prétend vouloir faire reculer la Russie en Ukraine, au nom du respect du droit international, mais bat en retraite au Mali, y laissant le champ libre à des mercenaires russes « dont les exactions sont documentées […] et dont l’exercice de la force n’est encadré par aucune règle ni par aucune convention », dixit Emmanuel Macron lui-même. La France fournit des armes à l’Ukraine, mais l’armée française est à l’os et ne tiendrait pas huit jours, par manque de munitions, s’il prenait à la Belgique l’envie de l’envahir (on caricature, mais à peine), ce qui ne l’empêche pas, en pleine crise, de procéder… à une réduction du budget de la Défense !

Emmanuel Macron ne serait – ne sera ? – pas le premier chef de guerre que les électeurs renverraient dans leur foyer profiter des bienfaits de la paix. Churchill, comme de Gaulle, l’ont éprouvé. Eux ont laissé leur nom dans l’Histoire.

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