
IDÉES





Il ne faudrait pas sombrer dans le catastrophisme. La dégradation que l’on observe concerne principalement les discours sur les réseaux qui, s’ils tendent à déborder sur la vie réelle des jeunes, suscitent plus des inquiétudes que des actes. La plupart de ces jeunes se contenteront de regarder ces « conseils » relationnels en se demandant s’ils sont normaux et s’ils ont besoin de faire la même chose pour avoir une chance. Ils choisiront le repli et se contenteront de « scroller » dans leur coin. Il existe trois facteurs : une absence d’éducation sur la psychologie des deux sexes qui ne fait plus l’objet que d’un apprentissage dans les échecs à répétition ; une fragilisation de la « sociabilité organique » (le fait de pouvoir faire des rencontres sans le chercher explicitement en vivant sa vie) ; et un « paradoxe du choix » qui alimente une anxiété de performance difficile à supporter. Ces jeunes n’ont plus accès à l’indulgence et à la découverte maladroite de l’autre. Les attentes sont plus hautes bien plus tôt et la moindre erreur peut faire l’objet d’un enregistrement qui ressortira plus tard. La rencontre devient une guerre de tranchées où chacun attend que l’autre assume le risque du premier pas. [...]


Pour quelles raisons avez-vous décidé d’organiser ce colloque ?
Il y a d’abord le calendrier : nous avons fêté en 2025 les 800 ans de la naissance de saint Thomas d’Aquin, et il me paraissait intéressant de clore cet anniversaire par une remise à l’honneur de l’œuvre magistrale de ce géant qu’a produit notre civilisation, à son apogée intellectuelle. Par ailleurs, toute politique sérieuse se fait sur la base d’une définition que nous avons de l’homme, et celle de saint Thomas d’Aquin doit nourrir notre réflexion. Ce colloque est aussi là pour promouvoir une définition de la politique qui retrouve l’Être, qu’elle avait délaissé pour l’Avoir, selon une formule très juste de Patrick Buisson. La première responsabilité d’un responsable politique, c’est de connaître la nature humaine, puisqu’il a l’ambition d’être aux commandes de la destinée d’un peuple. C’est le premier message que je veux faire passer : le politique ne peut se contenter d’être un simple administrateur des rapports humains.…

Alors que la crise de l’école française s’impose au cœur du débat public, Philippe Nemo, philosophe libéral et professeur à HEC et à l’ESCP, propose avec L’Éducation nationale (PUF, 2025) une analyse de fond : en retraçant la généalogie d’une institution figée par son corporatisme, il met au jour les racines intellectuelles et politiques du décrochage scolaire. Philippe Nemo adopte une démarche généalogique et philosophique, nourrie d’histoire des idées, pour interroger les évidences scolaires. Son style clair, rigoureux et volontairement polémique, est au service d’une critique argumentée de l’institution.
Quand Charlemagne inventa l’école
En 789, Charlemagne publie l’Admonitio generalis, ordonnant l’ouverture d’écoles dans chaque monastère et évêché afin d’enseigner le chant des psaumes, le calcul, la grammaire et les arts libéraux. L’Église demeure alors l’unique gardienne des savoirs et des transcendantaux. Contrairement à une légende entretenue, l’éducation médiévale n’est pas un droit régalien, comme l’illustrent les analyses de Bodin : le pouvoir temporel n’intervient pas dans les contenus d’enseignement.…
L’Incorrect
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