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Carte noire pour Matthieu Falcone : le degré de reptation
Hier, mon ami professeur professait. « Dans l’enseignement, un degré d’avancement, une bonne notation, un emploi du temps conciliant, tous ces éléments qui rendent acceptable le travail, sont proportionnels au degré de reptation dont on est capable. Plus on rampe devant le proviseur, le rectorat, les inspecteurs, plus notre carrière fait de spectaculaires bonds. C’est un exercice qui n’est pas si aisé qu’il paraisse, il demande de se tenir constamment sur le qui-vive : quel propice moment ce jour ourdira-t-il pour pouvoir donner un coup de cirage aux chaussures du respecté proviseur ? Quelle nouvelle circulaire du délicieux ministère être le premier à appliquer la lettre ? Quel collègue dénoncer ce jour pour manquement à une règle élémentaire dont il n’avait peut-être pas encore connaissance ? Toute occasion n’est pas bonne de se faire bien voir, il s’agit de savoir les choisir ! Ainsi le médiocre professeur qui a pris un remarquable avancement compte tenu de son jeune âge n’est-il pas si médiocre que l’on croit : il excelle dans l’art de la reptation ! Quand je m’ennuie, au fond du placard où l’on cherche à tarir mon existence, poursuivait-il, je m’amuse à mettre des notes – toujours sur dix. Ce professeur qui ne rate pas une manifestation de colère des enseignants pour pouvoir rapporter au proviseur la liste exacte de ceux de ses collègues qui y ont participé, est ainsi à neuf sur dix, car je suis sûr qu’il peut encore mieux faire. Il lui reste quelques écailles reluisantes au ventre qui dénoncent d’ultimes scrupules dans son ambition de reptation quotidienne. » [...]
Marguerite Stern, Marion Maréchal et Alexandre Devecchio : destins français
« Que monsieur saint Denis garde le roi de France ! » C’est ce que Victor Hugo faisait dire au jeune Aymerillot dans La Légende des Siècles. Pour le poète illustre, la basilique Saint-Denis est le contrepoint funéraire de Notre-Dame de Paris : entre ces deux flammes éternelles de l’âme chrétienne qui se font face de part et d’autre du Mont des Martyrs, c’est toute l’histoire de France qui est résumée. D’un côté le lieu du peuple vivant, de l’autre la nécropole royale, symbole d’un pouvoir intemporel.

La basilique, telle qu’elle s’est construite, telle qu’elle a survécu aux tempêtes révolutionnaires et telle qu’on peut la concevoir maintenant – soit comme une citadelle assiégée, soit comme le vaisseau insubmersible de l’identité nationale – sera le lieu d’une rencontre entre trois destins français qui ont, chacun à leur manière, bravé l’adversité pour mieux sculpter leur idée du pays. Marion Maréchal, issue d’une dynastie politique qui a marqué durablement l’histoire de la Ve République ; Marguerite Stern, ancienne activiste féministe qui a payé cher le prix de son spectaculaire changement de cap intellectuel ; et Alexandre Devecchio, symbole d’une réussite journalistique à laquelle ne le destinait probablement pas son lignage social.

Trois Français issus des années 90, trois fortes têtes qui ont porté leurs idées jusqu’au bout et parfois encaissé les échecs sans broncher. Trois personnalités qui échappent à toutes les caricatures des esprits chagrins et donc trois destins hautement politiques, si l’on comprend le politique comme le nécessaire arraisonnement de l’individu par le collectif – et non comme une série d’ajustements boutiquiers débattus sans fin. Trois personnages publics qui ont sorti un livre simultanément, comme si le moment était venu, en effet, de rentrer dans le lard des clichés. Et d’expliquer les raisons profondes de leur engagement. Pas évident, dans un monde tik-toké où le doom scrolling a remplacé la lecture, et où de grotesques influenceurs ont remplacé les éditorialistes politiques. C’est pourquoi nous avons décidé de les réunir. Pour les faire parler entre eux, sur le mode de la conversation. Pour laisser advenir quelque chose, aussi, que leurs livres ne disent pas forcément – ou se contentent de suggérer. [...]
Renaud Camus : l’aristocrate et la meute
Juin 2023. Camus et moi travaillons dans la bibliothèque ; un bureau devant nous, vingt mètres de livres à droite et à gauche, de grandes baies ouvertes sur les champs ondoyants du Gers, aux quatre points cardinaux. La gouvernante nous annonce la venue de deux journalistes du Monde. L'un des deux attire mon regard, il me semble le reconnaître du fond de ma mémoire. Oui, « Gaspard Dhellemmes », je remets ce brun à cheveux ras et regard trop ouvert (pour ce dernier détail, nous sommes de la même race) : je viens de reconnaître mon ancien camarade d'hypokhâgne. Il vient de Paris apporter au pouvoir le scalp d'un opposant politique ; je suis venu à Plieux pour défendre un écrivain. Nous avons donc traversé les mêmes passages du Phédon, écouté les mêmes cours sur le Voyage au bout de la nuit, ri, peut-être, aux mêmes anecdotes historiques, pour nous retrouver dix ans plus tard parfaitement affrontés. [...]
Éditorial d’Arthur de Watrigant : L’humilité des braves

La France est un vieux pays et la mort rôde. « Nous avons bien souvent regretté d’être nés/ Dans un pays trop vieux, une époque tardive », murmure Michel Houellebecq dans son nouvel album au crépusculaire doux et racé. Est-ce la fin ? Le poète n’a jamais paru aussi serein. « Il faut que la mort vienne, la mort douce et profonde, bientôt les êtres humains s’enfuiront hors du monde », nous console-t-il, porté par la musique de Frédéric Lo qui rappelle que lorsque la mélancolie danse avec l’élégance, elle peut tutoyer le sublime. Pourtant le poète se bat. La mort est imminente, mais il continue. Il était encore là, en première ligne il y a quelques jours lorsque nos parlementaires abattaient une à une les digues pour légaliser l’euthanasie, pour créer cette nouvelle catégorie d’êtres humains : les éligibles, c’est-à-dire ceux qui ne méritent plus de vivre. Houellebecq se tenait debout pour rappeler que l’âme de notre civilisation repose sur notre attachement non-négociable à la dignité de l’Homme.…

Action française : « La gauche n’a pas le monopole de la Résistance »

Nous sommes des enfants et des petits-enfants de personnes qui ont résisté à l’occupation allemande et combattu le nazisme. La gauche n’a pas le monopole du patriotisme. Nous sommes des militants et des cadres royalistes dont les familles ont payé le tribut du sang. La gauche n’a pas le monopole de la Résistance. Nous commémorons chaque année la Résistance française, notamment le 11 novembre 1940. La gauche n’a pas le monopole de la mémoire.

Si l’histoire de l’Action française a connu des vicissitudes, nous pourrions également rappeler les propos publiés dans L’Humanité le 4 juillet 1940 : « Il est particulièrement réconfortant en ces temps de malheur de voir de nombreux travailleurs parisiens s’entretenir avec les soldats allemands, soit dans la rue, soit au bistrot du coin. Bravo camarades, continuez même si cela ne plaît pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants ! La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante.

Quand Johann Chapoutot validait Renaud Camus

Johann Chapoutot, après Patrick Boucheron, est devenu l’un des plus célèbres intellectuels médiatiques militants à l’extrême gauche. Il fait partie des signataires d’une tribune publiée le 20 février dernier par L’Humanité, organe historique du Parti communiste, afin de réaffirmer la nécessité d’être « antifasciste » à l’heure où le « fascisme » a fini par désigner tout ce qui n’est pas d’extrême gauche, sauf l’islamisme ; et où ce soi-disant « antifascisme » tue. En matière de recherches, l’universitaire a moins fait avancer l’histoire si étayée du nazisme que la nazification tous azimuts de l’adversaire présent. Le nazisme ayant synthétisé et perverti à peu près toutes les idées à la mode dans les années 30, de l’écologie au techno-futurisme, de l’utopie sociale au délire hyperboréen, du collectivisme au surhomme, du management à la bureaucratie, il suffit de choisir ce qui vous déplait dans le temps présent pour le renvoyer à son occurrence hitlérienne, que vous trouverez toujours, et vous pourrez diaboliser aisément les trois quarts du réel.…

Carte noire pour Gérald Sibleyras : Pour la suppression immédiate et définitive du ministère de la Culture
Le ministère de la Culture détruira la culture comme le Ministère de l’économie a détruit l’économie, celui du Logement, le logement, celui de la femme, la femme. En 1959, le Ministère chargé des affaires culturelles de Malraux gérait le patrimoine, les musées, les monuments historiques, la mission d’un secrétariat d’État, en somme. Comme toute émanation […]
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Bruno Lafourcade… sort la sulfateuse
Vos Hyaines sont des caractères contemporains. Comment l’idée de les portraiturer vous est-elle venue ? Y a-t-il eu un spécimen originel ?

Il y eut une scène fondatrice, à Montpellier, rue de Maguelone, que je remontais, stupéfié par ceux que j’y croisais (obèses en micro-jupes canari, succubes noircis de khôl, caïds de cave en joggings immaculés, retraités en pantacourt écossais). Je traversais une foire aux freaks, constituée de Narcisse agressifs et totalitaires qui manifestaient bruyamment leur indifférence aux autres. Ils sont devenus les « égautistes ». [...]
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