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Harry Miller : je pense donc je nuis

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Publié le

19 avril 2022

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La police perquisitionne les cerveaux ? L’anglais Harry Miller ne s’est pas laissé faire. Cet ancien flic, poursuivi pour transphobie, a porté l’affaire devant la Haute Cour qui lui a donné raison. Son association « Fair Cop » bataille pour dépolitiser les forces de l’ordre.
Harry Miller

Le QG de police du Lincolnshire (comté anglais de 760 000 habitants) était illuminé et exhibait, en façade, un éclairage arc-en-ciel LGBT. Harry Miller contacte le chef de police, lui demande pourquoi ce décorum. En Angleterre, février est le « mois de l’histoire LGBT » et les forces de l’ordre montrent leur solidarité avec les minorités sexuelles, lui répond-on. En affichant une allégeance politique envers un groupe particulier, à l’exclusion du reste de la population, vous dérogez au devoir d’impartialité de la police, rétorque Miller. Il suggère donc au constable d’éteindre les projecteurs bariolés et de revenir à plus de sobriété. « Il a refusé. Alors je me suis dit : s’ils ne veulent pas le faire, je vais le faire pour eux ».

Harry Miller, né en 1965, quatre fois père, a lui-même été flic il y a plus de trente ans, avant de créer sa propre entreprise, à la tête de 90 salariés et d’une flotte de bulldozers, excavatrices et autres engins de gros œuvre. Il a du respect pour les forces de l’ordre dès lors qu’elles assurent la sécurité du public et s’abstiennent de tout militantisme.

Le 23 février, donc, à l’issue de trois semaines d’illuminations LGBT du QG de police, Harry Miller, en fin de journée, s’en va faire un tour sur place. Il inspecte le dispositif lumineux : un pointillé de spots de couleurs plantés dans le gazon, tout simplement. « J’aurais pu les débrancher mais, vu le vent et la pluie [Nous sommes dans le nord de l’Angleterre, Ndlr], je ne voulais pas risquer d’abîmer leur matériel. J’ai compté les spots: quinze. J’ai été acheter quinze caches en plastique dont j’ai recouvert les spots, un par un. Plus d’arc-en-ciel ! J’ai filmé. Après quoi je me suis amusé à retirer les caches des spots violet et vert, les couleurs des suffragettes, histoire de rééquilibrer la balance à un moment où les droits des femmes sont menacés par les transgenres. J’ai filmé à nouveau puis j’ai repris tous mes caches (ça resservira !) et j’ai posté mon petit film sur twitter au grand embarras de la direction de la police. Beaucoup d’agents m’ont apporté leur soutien. Ils n’en peuvent plus de ce militantisme ».

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L’existence d’Harry Miller a basculé fin janvier 2019 après une conversation téléphonique de 32 minutes avec un agent de police qui l’accusait de mauvaises pensées. Le contexte : le gouvernement britannique avait lancé une consultation nationale afin d’évaluer l’état d’esprit de la population à propos des conditions requises pour changer de sexe à l’état civil. (Notons que chez nous, l’affaire est réglée depuis 2016, en vertu de l’article 61-5 du code civil: pour changer de sexe, il n’est pas nécessaire d’avoir suivi un traitement médical ou d’avoir été opéré, il convient de démontrer que la mention de son sexe ne correspond plus à « celui dans lequel la personne se présente »). On n’en est pas encore là au Royaume-Uni.

En marge de la consultation anglaise, les points de vue s’échangent sur Twitter. Harry Miller est de ceux qui pensent qu’un homme qui se sent femme demeure un homme, et qu’il faut sanctuariser les espaces réservés aux femmes (prisons, refuges pour femmes battues, toilettes etc). Son opinion déplaît à un pianoteur de clavier, lequel déniche le nom de l’entreprise d’Harry Miller et le dénonce à la police. Miller reçoit un appel du directeur de son entreprise qui l’informe que la police le recherche. Il appelle sans attendre le numéro qu’a laissé l’agent.

L’existence d’Harry Miller a basculé fin janvier 2019 après une conversation téléphonique de 32 minutes avec un agent de police qui l’accusait de mauvaises pensées

« Pourquoi avez-vous contacté mon bureau ?

– On nous signale que vous avez posté, retweeté ou liké des tweets offensants pour la communauté transgenre. »

S’ensuit un dialogue orwellien de toute beauté. Le flic récite le bréviaire progressiste, il y a des gens qui ne naissent pas dans le bon corps, parfois il pousse un pénis sur un fœtus dont le cerveau est féminin, et autres évidences. Harry Miller coupe court: « – Les tweets dont vous parlez sont-ils de nature criminelle ?

– Non

– Alors pourquoi me convoquez-vous?

– Je dois contrôler vos pensées (I need to check your thinking). »

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D’ordinaire, l’histoire se serait arrêtée là. Pour avoir la paix, le prévenu aurait promis de ne plus recommencer. Mais l’ours Miller sort de sa caverne. Il porte l’affaire en justice devant la Haute Cour, arguant que le policier n’a pas respecté la loi puisqu’il a enfreint l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme selon lequel « toute personne a droit à la liberté d’expression ». Le jugement, rendu le 14 février 2020 est une victoire éclatante pour Miller et un extraordinaire plaidoyer pour la liberté d’expression. Celle-ci fonde nos sociétés mais « vu le contexte, il semble nécessaire d’en réitérer les principes », assène le juge Julian Knowles. Il cite Orwell à trois reprises. La liberté d’expression suppose que soient autorisés toutes sortes de propos, hérétiques, provocateurs, excentriques, rappelle-t-il. Ou encore : « Le droit de ne pas être offensé n’existe pas ». Et aussi ce rappel formel qui en dit long sur notre époque : « Si la police se présente sur votre lieu de travail en vertu de vos opinions politiques, on ne peut sous-estimer la portée d’un tel acte. Cela reviendrait à négliger une liberté cardinale en démocratie. Dans ce pays, nous n’avons jamais eu ni Tcheka, ni Gestapo, ni Stasi ».

Certes. Néanmoins, depuis 2014, la police anglaise se doit de consigner tout « incident haineux de nature non-criminelle », en somme toute insulte qui aurait fait l’objet d’une plainte de son récipiendaire ou de n’importe qui jugeant l’opinion mal venue, c’est-à-dire tout propos considéré désobligeant envers des populations protégées par la loi sur l’égalité (« Equality Act ») du fait de leur âge, handicap, identité de genre, race, religion, sexe, orientation sexuelle. Le non-crime hate incident est lié à la notion de discours de haine, bête noire du progressisme qui voudrait guérir l’humanité du négatif. Chaque année, près de 20 000 incidents haineux non-criminels sont inscrits sur les registres de police (soit une moyenne de 60 par jour). Une sorte de casier judiciaire de la « haine » consigné par la police de la pensée. Apparaître sur ce registre peut être une barrière à l’embauche dans l’éducation, à l’université, dans des organisations caritatives. Harry Miller a dû attendre trois ans et un second procès victorieux pour que la mention de son implication dans un « incident haineux non-criminel », d’ordre transphobe, soit supprimée du registre.

Mais l’ours Miller sort de sa caverne. Il porte l’affaire en justice devant la Haute Cour, arguant que le policier n’a pas respecté la loi puisqu’il a enfreint l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme selon lequel « toute personne a droit à la liberté d’expression »

Depuis cette affaire, Miller est devenu simple actionnaire de son entreprise et ne se consacre plus qu’à son combat: dépolitiser la police. « Il ne s’agit pas seulement de l’idéologie transgenre. Les policiers se montrent négligents face aux manifestations d’Extinction Rebellion ou de Black Lives Matter. Ils sont indulgents avec tout ce qui se rapporte au wokisme intersectionnel. Ainsi ils se donnent l’illusion d’être du bon côté de l’histoire. Ce n’est pas leur job ! Ce n’est pas à eux de décider des bonnes causes ».

L’été dernier, Miller s’est engagé en politique, comme président du Reclaim Party. « On est un groupe de pression plus qu’un parti politique. Nous défendons la liberté d’expression, l’État de droit et la démocratie ». Et puis il pilote son association, « Fair Cop » (en Français « flic juste », faircop.org.uk, @WeAreFairCop), qui depuis trois ans bataille pour que les forces de l’ordre demeurent des gardiens de la paix et remplissent leur mission: faire respecter la loi, rien que la loi. « Fair Cop » a en ligne de mire l’association « National LGBT + Police Network ».

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« La police ne doit, en aucun cas et d’aucune façon, se mêler de politique. Peindre leurs voitures aux couleurs de l’arc-en-ciel, porter des insignes, c’est politique. Le jour de la Marche des Fiertés, ils ont décoré leurs boucliers anti-émeutes de sigles LGBT ! » Miller se tient prêt pour la Pride de juin prochain. Il a acheté ses propres boucliers anti-émeute. Il ne sait pas encore quel slogan il inscrira dessus. Il tient à garder sens de l’humour et ironie british pour contrecarrer la bien-pensance des forces de l’ordre. Tout comme il l’avait fait à Lincoln le mois dernier en raillant les illuminations arc-en-ciel. Lincoln où est exposée une copie d’époque de la Magna Carta, texte fondateur de l’État de droit britannique. Tout un symbole.

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