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Jérémie Cohen, le déni français

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Publié le

5 avril 2022

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À Bobigny il y a près de deux mois, le jeune Jérémie Cohen a été agressé par une bande de racailles puis écrasé par un tramway alors qu’il tentait de s’enfuir. Relancée ces derniers jours par l’ardeur de sa famille, cette affaire signe l’échec complet de la police et des médias.
Jeremy cohen

C’est l’histoire d’un drame passé inaperçu. Le 16 février dernier, peu avant 16 heures, Jérémie Cohen, un jeune homme handicapé de confession juive, était écrasé par un tramway à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Peu de temps après, vers minuit, il décédait à l’hôpital où il avait été admis pour un arrêt cardio-respiratoire et un traumatisme crânien.

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Ce que l’on croyait alors être un terrible accident, mais avant tout un fait divers, pourrait bien être d’une tout autre nature. En effet, souhaitant en savoir davantage sur les circonstances de la mort du jeune homme, et notamment les raisons pour lesquelles il courait au point de n’avoir pas vu venir le tramway, ses frères puis son père ont décidé de se mobiliser pour retrouver des témoins en distribuant des flyers. Et là stupéfaction : la famille récupère une vidéo prise par un témoin et très largement diffusée ces derniers jours sur les réseaux sociaux dans laquelle on voit Jérémie se faire rouer de coups en pleine rue par une quinzaine de racailles. Il aurait alors pris la fuite, et c’est là qu’il aurait été écrasé par le tramway.

Une affaire qui coche toutes les cases

Ce qui interpelle au premier abord dans cette affaire, c’est qu’il a fallu le juste acharnement de la famille pour recueillir les preuves et relancer l’enquête, classée par le procureur. Alors qu’Emmanuel Macron se disait il y a quelques jours opposé à la légitime-défense – qu’en dirait la victime et sa famille ? – il nous faut dans les faits plus que jamais y recourir (car le « far-west » est déjà là), et y recourir encore sur le terrain judiciaire après la mort de la victime pour que les choses bougent. Y a-t-il eu des défaillances de la police, et si oui à quel niveau ? Les images insoutenables recueillis par la famille témoignent en tout cas de l’inanité totale de la thèse accidentelle d’abord retenue. Une information judiciaire vient d’être ouverte pour « violence volontaire en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». À la fin de semaine dernière, la police a par ailleurs récupéré une autre vidéo de l’agression, tournée par un touriste étranger depuis rentré dans son pays.

C’est ce que la gauche morale appelle dédaigneusement « fachosphère », en tête de laquelle Pierre Sautarel et Fdesouche, qui a dû faire monter le sujet sur les réseaux sociaux pour que les médias ne fassent leur travail

Ensuite, c’est le silence médiatique. Comment expliquer qu’il ait fallu attendre près de deux mois avant que les médias s’emparent de cette affaire ? Pourquoi les témoins n’ont pas parlé, les vidéos pas fuité plus tôt ? Dans tous les reportages télévisés, les personnes témoignent à visage caché – signe d’une peur qui règne dans le quartier pour quiconque donnerait des informations ? Pour briser cette omerta et craignant que l’enquête soit « étouffée », le père de Jérémie a décidé d’écrire à Éric Zemmour (!) afin qu’il porte l’affaire dans l’espace public. Sur TF1 ce lundi soir, le candidat déclarait ainsi que lui président de la République, son premier acte serait d’aller rencontrer la famille. Plus encore, c’est ce que la gauche morale appelle dédaigneusement « fachosphère », en tête de laquelle Pierre Sautarel et Fdesouche, qui a dû faire monter le sujet sur les réseaux sociaux pour que les médias ne fassent leur travail.

Enfin, et c’est devenu un truisme morbide, la racaille tue, de plus en plus, partout, barbarement. Le grand enjeu de l’enquête sera de déterminer si l’agression était ou non antisémite – circonstance aggravante en droit, tout comme le handicap. Effectivement, le jeune Jérémie avait avec lui une kippa, depuis rendue à sa famille. Reste à savoir s’il la portait au moment de l’agression (il « portait généralement la kippa » déclarait son père sur « TPMP »), et si elle est la raison pour laquelle les agresseurs s’en sont pris à lui. La Seine-Saint-Denis est en tout cas une terre d’élection de l’antisémitisme, directement nourrie aux mamelles de l’immigration et de l’islamisation du territoire. À la Courneuve (de 300 à 80 familles en vingt ans), à Aulnay ou à Tremblay, les juifs plient bagage depuis bien longtemps pour le sud-ouest parisien, ou directement pour la province (ces dernières années, une cinquantaine de famille se sont installées à Strasbourg).

Une instrumentalisation politique ?

Une partie de la gauche hurle depuis à la récupération politique, croyant voir dans cette affaire une opération montée par l’« extrême droite » dans le cadre de la présidentielle – plus intelligent, Jean-Luc Mélenchon a lui dès le départ demandé à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Et l’avocat du père, Franck Serfati, s’est à ce titre illustré sur le plateau de BFM, en reprenant à la volée son client qui remerciait Zemmour d’avoir médiatisé l’affaire : « Je suis avocat, je ne suis pas homme d’Église. Je ne fais pas de la morale et je rappellerais quand même – parce que je découvre un peu cette position – qu’il existe depuis 1789, donc ce n’est pas récent, un principe de séparation des pouvoirs. Donc je le dis pour les gens qui nous écoutent : ce ne peut être un homme politique qui va résoudre ce problème. Le problème de la famille Cohen est de nature judiciaire et seule l’autorité judiciaire apportera la réponse. » Et d’ajouter : « Je n’ai rien contre Éric Zemmour, parce que je sais que cette tentative de récupération ne vient pas que de lui : la plupart des candidats à l’élection présidentielle ont tenté de récupérer cette affaire. On n’est pas dans cette logique. La famille Cohen et ses avocats n’ont qu’un objectif : c’est de traiter avec la seule autorité compétente, l’autorité judiciaire ».

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Et pourtant, sous les beaux oripeaux de la neutralité, il se pourrait bien que la position de monsieur Serfati soit elle aussi motivée politiquement : celui-ci est engagé aux Républicains (élu dans le XIXe arrondissement de Paris), et par conséquent adversaire d’Éric Zemmour. Surtout, en plus de la véhémence et de l’absence de compassion à l’égard de son client, il faut bien dire que sans ce que certains nomment l’« instrumentalisation », il n’y aurait pas eu d’affaire, donc pas de justice pour le père Cohen, ni de travail pour monsieur Serfati. En vérité, ce type d’événement est qu’on le veuille ou non éminemment politique, puisqu’il touche aux questions de sécurité et d’antisémitisme, autant de sujets clefs dans la campagne et pour l’avenir du pays. Si les candidats ont un devoir moral de ne pas en faire trop dans un but électoral, ils se doivent d’en parler – sans à arrêter de faire campagne ou d’être politique. L’on pourrait d’ailleurs se demander si le silence de certains, à commencer par le député de la circonscription Jean-Christophe Lagarde, n’est pas lui aussi intéressé politiquement.

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