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Jean-Frédéric Poisson : « La droite a manqué de considération pour la question sociale »

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Publié le

27 avril 2022

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Alors que le Rassemblement national s’est imposé comme la force dominante de la droite française, le président de Via et allié de Reconquête, Jean-Frédéric Poisson, en appelle au dépassement des querelles d’appareils afin d’élaborer un programme commun pour la France. Avec en ligne de mire les législatives. Entretien.
Poisson

Quel est votre regard sur le score réalisé par Marine Le Pen ? Est-ce une surprise ou une déception ?

Je pensais au vu des circonstances que son score aurait pu être plus élevé. Cependant, elle a subi – comme nous au premier tour – un matraquage, avec des considérations sur l’extrême-droite et le fascisme auxquelles plus personne ne croit, qui a fonctionné. Il y a deux enseignements à tirer. Le premier est que le bilan complètement désastreux d’Emmanuel Macron n’a pas suffi à convaincre les Français qu’il ne fallait pas le réélire. Le second est la difficulté à mettre dehors la social-démocratie au profit d’une ligne politique qui est la préférence des Français. C’est grâce à un très fort soutien de la gauche française qu’Emmanuel Macron a réussi. Je défends d’ailleurs depuis longtemps la thèse selon laquelle il est un Président de gauche, la gauche la plus internationaliste, progressiste et atlantiste que nous n’avons jamais connu. Ce résultat n’est donc pas complètement une surprise.

Nous sommes loin d’avoir gagné, contrairement à ce qu’un certain nombre d’entre nous pensait, la bataille culturelle et intellectuelle. Il va donc falloir se réinterroger sur la politique à conduire. Je pense que nous avons notamment manqué, comme c’est souvent le cas pour la droite française, de considération pour la question sociale. Il faut nous inspirer du christianisme social, né au milieu du XIXè siècle. Frédéric Ozanam en était le pionnier intellectuel et politique, en appuyant ses réflexions sur une enquête réalisée par un médecin, Louis René Villermé, sur le monde du travail. Ces travaux ont mené à la création de la médecine du travail. Les conservateurs doivent porter un regard particulier sur la réalité économique, et il ne s’agit pas seulement d’argent ou de salaire. Il nous faut regarder au-delà pour prendre en compte les fragilités, l’attention aux plus faibles, les conditions de travail, etc. Si on n’inclut pas cette vision dans notre projet politique, il n’y a à peu près aucune chance que nous arrivions un jour aux responsabilités.

Lire aussi : Pourquoi Marine Le Pen ne « tendra pas la main » à Zemmour

Éric Zemmour semble vouloir le retrait de Marine Le Pen du Rassemblement national en évoquant huit élections perdues par elle et son père. Le rejoignez-vous sur ce point ?

Par principe, je ne pratique jamais l’ingérence dans la vie politique des autres partis. Je n’ai donc pas de position à ce sujet. Ce qui est certain en revanche, c’est que quelles que soient les personnes qui dirigent, tant qu’il n’y aura pas d’accord sur qui doit porter ce programme commun, nous n’avons aucune chance d’accéder aux responsabilités.

Au-delà des appareils, il faut surtout s’accorder sur un programme commun. Je n’ai jamais changé d’avis : dès qu’on en fait une affaire de personnes, on est foutu. La conversation sur la convergence des projets n’a pas eu lieu. Pour la énième fois dans l’histoire politique française, nous voyons la gauche réaliser cette union. C’est ce qui l’a fait gagner en 1981 grâce à une décennie de tractations effectuées par François Mitterrand et Georges Marchais. Il y avait d’importantes divergences entre les staliniens et les radicaux de Boris Faure, ils ont pourtant signé des documents programmatiques communs et bâti une entente électorale. Il y a moins de différences entre Reconquête et le RN : il n’y a aucune raison que nous n’y arrivions pas.

C’est précisément là où la question des personnes se pose : si à la tête de ces formations se trouvent des personnes qui ne veulent pas entendre cela, elles devront être discréditées par les électeurs.

En politique, il y a une règle objective : la brutalité arithmétique des résultats.

Quelles sont les perspectives de Reconquête pour les législatives, alors qu’Éric Zemmour et ses soutiens ont fait de nombreux appels du pied à Marine Le Pen pour une alliance ? Des négociations sont-elles en cours ? De l’extérieur, on a davantage l’impression d’assister à une guerre qu’à une union sacrée…

Il y a quelques points à régler. La réalité, c’est que c’est le RN qui était au second tour des élections, et pas Reconquête. En politique, il y a une règle objective : la brutalité arithmétique des résultats. Le RN appelle à respecter le résultat des urnes et Reconquête considère que le problème n’est pas là. Si on n’est pas d’accord sur les résultats, évidemment, les discussions continueront d’être compliquées. Il y a, ce que je regrette infiniment, une détestation personnelle entre Mme Le Pen et M. Zemmour. Qu’elle soit fondée ne m’intéresse pas : je souhaiterais que ces deux personnes puissent aller au-delà de ces querelles pour discuter. Jusqu’ici, ça n’a pas été le cas. Il serait dommageable que ce soit pour ce genre de raisons que nous ne parvenions pas à trouver l’accord électoral qui pourrait nous permettre d’avoir à l’Assemblée nationale une représentation extrêmement conséquente et qui satisferait, je le pense, les deux partis.

Lire aussi : Charles Gave : « Dans le programme Macron, on retrouve toutes les idées qui ont foutu la France en l’air depuis quarante ans »

La question qui est posée n’est pas de savoir pourquoi on ne s’entend pas, mais de savoir s’il est nécessaire d’avoir une vraie opposition de droite patriote dans la prochaine Assemblée nationale. Si l’on pense que oui, tout doit être fait pour trouver les solutions dans le contexte arithmétique du deuxième tour de la présidentielle. Je suis certain qu’il vaut mieux avoir 150 députés que 50, deux groupes parlementaires qu’un seul et s’opposer de manière massive à Emmanuel Macron. Je reconnais à LFI et au PC le mérite d’avoir été des opposants énergiques à la politique d’Emmanuel Macron pendant cinq ans. Mais ils ne doivent pas avoir le monopole de l’opposition.

Au vu des résultats de la présidentielle, Éric Zemmour reste-t-il le mieux placé pour l’emporter sur le long terme ?

Il faudra pour cela plusieurs choses. D’abord qu’il le veuille, ensuite que Reconquête et ses alliés se réorganisent de façon plus efficace pour la prochaine présidentielle, enfin que nous entrions dans une démarche de discussion et de préparation de plateforme commune. Si l’enjeu est simplement d’entretenir et de faire vivre un parti politique sur le long terme, c’est possible. À terme, cela nécessite un certain nombre de changements internes et de politiques qu’il faut appliquer. Sinon, on reconnaîtra mutatis mutandis le même résultat dans cinq ans.

Parmi les conditions de réussite sur le long terme, il y a clairement la nécessité de faire vivre davantage et mieux cette coalition.

Dans le cas où les négociations n’aboutiraient pas avec le RN, combien d’élus espérez-vous ?

Tout dépend de la mécanique d’entente mise en œuvre avec le RN et sur laquelle, aujourd’hui, il a la main. Il a eu le résultat électoral le plus puissant dans plus de 250 circonscriptions au premier tour et dans un nombre moindre au second tour. Il y a certainement plus de militants à Reconquête qu’au RN, mais ce ne sont pas eux qui font les élections.

Comptez-vous présenter des candidats sous l’étiquette de votre parti Via ? En commençant par vous-même, à Rambouillet ?

Nous faisons partie de la coalition de Reconquête avec le Mouvement conservateur. Parmi les conditions de réussite sur le long terme, il y a clairement la nécessité de faire vivre davantage et mieux cette coalition. C’est aussi un impératif incontournable. Dès lors, il me semble indispensable de procéder ainsi. Nous avons donc prévu d’investir des candidats sous les couleurs de Reconquête et peut-être dans le cadre d’une entente avec le RN au cas par cas. Quant à moi, je suis en train d’y réfléchir. Je prendrai ma décision dans les jours qui viennent.

Lire aussi : Défections à Reconquête

Votre ancien parti, LR, semble très divisé, et certains semblent avoir commencé des tractations avec la majorité. Pensez-vous que l’union des droites reste possible avec un parti qui ferait des compromissions avec la majorité ?

J’ai toujours considéré que la question de l’union des droites n’en était pas une. C’est un moyen parmi d’autres. Ensuite, cette union ne peut pas être celle de formations politiques, mais de personnes de bonne volonté. C’est la raison pour laquelle je pense qu’elle doit se faire par le haut, par le biais d’un programme partagé qui s’incarne en suite dans des structures politiques. Pas des structures de fusion, mais de coopération.

Ça ne peut pas être une affaire de partis : il est normal que chaque homme politique ait le souci de la préservation de la structure dont ils ont la responsabilité. La question n’est pas de savoir s’ils sont d’accord pour disparaître, mais pour coopérer, et à quoi. Il y a de nombreuses formules imaginables avec des partages de responsabilités, des choses faciles à faire avec de la bonne volonté. Commençons par le projet et la vision de la France. Tant qu’on ne fera pas ça, on pourra faire des accords à la marge et faire des colonnes communes, mais tout ça ne fait pas la conquête du pouvoir. Il faut un programme commun pour la France.

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