Il faut un grand acteur pour renouveler une figure aussi rebattue que celle du travesti. Dans Je tremble ô matador de Rodrigo Sepulveda, Alfredo Castro en fait non pas une créature à plaindre ou un modèle de libération, mais plutôt un Protée sans divertissement, fantasque et inquiétant, plus masculin que féminin. Délivré de ses pénibles implications ontologiques, le travestissement devient un jeu aux règles floues qui conduit à ébaucher une romance comme on démarre un tango, un pas en avant, deux en arrière.
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« La vie me devra l’histoire d’amour qu’elle a inventée pour les autres », lance la Loca au moment de quitter son béguin révolutionnaire. Les principaux ingrédients du Baiser de la femme-araignée d’Hector Babenco – drôle de dictature pour une rencontre – sont réactivés, délestés de toute charge mélodramique. Si l’enfance s’attarde chez les personnages, chassant le tragique, c’est pour mieux combattre la solitude d’un hiver peut-être éternel. Un grand numéro.
Je tremble ô matador (1h33) de Rodrigo Sepúlveda, avec Alfredo Castro, Leonardo Ortizgris, Luis Gnecco, en salles le 15 juin





