1 – La liberté d’expression et de conscience est, au regard de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l’un des fondements d’une société démocratique. De la nôtre en particulier par conséquent – supposément.
Son article 9 dispose notamment : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience ; ce droit implique la liberté de changer (…) de conviction, ainsi que la liberté de manifester (…) sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé ». L’article 10 ajoute : « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière ». Bien que ce droit à la liberté l’expression, en particulier, ne soit pas absolu, les restrictions d’ordre public qui y sont éventuellement apportées sont strictement interprétées, et dans les seuls cas prévus par la loi.
Cela, du moins, est la théorie. La pratique est souvent toute autre. Car une autre Loi, non écrite celle-là, apporte des limites infranchissables tant à la liberté d’expression qu’à la liberté de conscience. Une Loi dont le contrôle échappe à tout juge, encore qu’il puisse se voir sommé de la faire respecter : celle que l’idéologie gauchiste leur impose. Ancrée dans cette idéologie, cette Loi non écrite singe le droit naturel, dont elle usurpe l’universalité et l’autorité.
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2 – Ainsi, la question du « mariage pour tous » fut l’objet de débats supposément « démocratiques ». Déjà à l’époque, pourtant, il était manifeste que ceux qui y étaient hostiles étaient l’objet d’un matraquage politicien et médiatique qui tendait à convaincre chacun qu’ils n’étaient pas de bons « démocrates » mais, au fond, des ennemis de la liberté. Il y avait dès lors, moralement et politiquement, une « bonne » opinion et conscience, et une « mauvaise » ; une bonne « liberté d’expression » et une mauvaise, que le bon M. Valls s’appliqua à faire matraquer.
Dans le prétendu « débat démocratique », où les citoyens sont pourtant supposés être « égaux en droits », leur poids respectif était inégal selon qu’ils étaient « pour » ou « contre » le projet, sans que la sainte loi du Nombre fût même d’aucun secours à ces derniers puisque leurs millions défilant dans les rues furent manipulés et finalement comptés pour rien. Ce « mariage pour tous », on le sait, fut finalement légalisé en 2013. L’infaillible Raison démocratique avait triomphé.
Des baudruches, qui avaient dénoncé avec horreur dans le projet de loi, la main sur le cœur, une atteinte insupportable à la nature et à la civilisation avant qu’il ne fût adopté, se dégonflèrent immédiatement, pour n’y voir plus désormais qu’une loi parmi d’autres, tout aussi acceptable que les autres, et sur laquelle, « évidemment », il n’y aurait pas lieu de revenir. Rappeler leurs noms serait long et cruel.
Ce que l’on a pu penser hier du « mariage pour tous », par l’exercice de sa liberté d’opinion et de conscience, il n’y a aucune raison de cesser d’être libre de le penser
D’autres ont conservé leurs convictions, en dépit de cette adoption. Ce qui est contre-nature, après tout, est contre-nature ; ce qui est anti-civilisationnel, est anti-civilisationnel. Nul n’est contraint d’appeler Médor la brosse à dents que son voisin, si gentil soit-il, promène chaque soir au bout d’une laisse. Ce que l’on a pu penser hier du « mariage pour tous », par l’exercice de sa liberté d’opinion et de conscience, il n’y a aucune raison de cesser d’être libre de le penser. Le vote des parlementaires a d’ailleurs eu pour objet de décider si un prétendu « mariage » entre personnes de même sexe pouvait être introduit dans le champ du droit positif. Rien de plus. Il n’a pas eu pour objet d’interdire à ses opposants de penser ou de dire ce qu’ils en pensent, ni de les contraindre de penser au rebours de leurs convictions, c’est-à-dire de violer leur liberté de conscience et d’opinion.
Ce n’est pas compliqué à saisir, ni à maintenir pour des esprits encore un peu stables.
La gauche, cette police de la pensée
3 – Mais voilà, les gardiens du Temple veillent : pour la gauche, nul n’a le droit non seulement d’exprimer une opinion contraire aux siennes au temps du débat, mais surtout de la conserver après. La loi nouvelle, dont elle a accouché, doit être le tombeau de la conscience contraire. Celui qui la conserve est dès lors nécessairement un pécheur social, un « suspect », au sens donné à ce terme par la bonne vieille tradition du fanatisme révolutionnaire. Il doit donc être mis au ban.
La police politique de la gauche y est attentive. Elle farfouille donc dans les traces passées de ces consciences, dans les dires éteints et les écrits jaunis, comme en autant de poubelles à renifler, ainsi qu’elle s’est appliquée à le faire pendant la campagne présidentielle. Elle fait ressortir les « mauvaises pensées », les « opinions impures », les brandit, en fait le procès public à leurs auteurs dix ans plus tard. Les ayant dénichées, elle poursuit ses ardeurs mycophages pour en chercher des traces subsistantes dans le présent, au mépris total de la loi civile qui protège supposément la liberté de conscience et d’opinion. Elle dissout cette dernière, de fait, dans celle de la brutalité imbécile de son incurable intolérance. La Loi non écrite de la gauche doit l’emporter sur toute loi civile.
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4 – Et voici qu’en vertu de cette Loi non écrite, une cinquantaine de députés de LFI se sont arrogés le droit de mettre en demeure, par l’étrange tribune politique d’un journal pour homosexuels, trois politiciens en charge de postes ministériels, Mme Caroline Cayeux, M. Christophe Béchu et M. Darmanin, de démissionner de ces postes. Pourquoi ? Parce qu’ils ont pensé. Parce qu’ils ont pensé, à un moment donné, autrement qu’eux du « mariage pour tous ». Parce qu’ils pensent peut-être toujours de même.
Ces sycophantes écharpés, puisqu’ils sont députés, jouissent de ce chef d’un statut protecteur, dont l’Assemblée nationale indique qu’il a été conçu « non comme un privilège mais comme un moyen destiné à (leur) assurer l’indépendance et la liberté d’expression nécessaires à l’exercice de (leur) mandat ». Or les voilà qui en font usage afin d’opérer une sorte de lynchage public pour crime de non conscience semblable.
Un terrorisme idéologique qui fonctionne
5 – Le pire est, hélas, que ce terrorisme moral, manifestement illégal – il faut bien se résoudre à le dire – fonctionne.
Mme Cayeux, à qui l’on attribue d’avoir soutenu jadis que le projet de « mariage pour tous » était un « caprice », se défend de l’avoir fait. En revanche, étant également accusée, puisque c’est le terme approprié, d’avoir parlé alors « d’ouverture de droit irrespectueuse de la nature et insensée », elle a d’abord affirmé, le 12 juillet 2022, aux censeurs de la chaîne Public Sénat : « Je maintiens évidemment mes propos ». Ceci était de bon aloi de la part d’une personne supposée avoir antérieurement parlé selon sa conscience. Mais voilà que, le même jour, la même Mme Cayeux a cru devoir écrire le « tweet » suivant : « Depuis ce matin, je lis et entends vos messages. Mes propos ont blessé nombre d’entre vous. Je les regrette profondément, ils étaient naturellement inappropriés. L’égalité des droits doit toujours être une priorité de notre action ».
Le mécanisme d’intimidation a fonctionné, qui oblige à trahir sa propre conscience pour durer politiquement
Ainsi, il aura fallu seulement quelques heures à Mme Cayeux pour passer de « l’évidence » du maintien de ses propos antérieurs contraires au « mariage pour tous » au repentir chagriné de les avoir tenus. Peu de temps pour passer de la certitude du caractère contre-nature de ce type d’unions, à l’affirmation que l’expression de cette certitude est « naturellement inappropriée ». La « nature » est ainsi, curieusement, doublement convoquée au service du reniement : à la fois pour dire que le « mariage pour tous » s’y oppose ; et pour affirmer sitôt après que c’est cette affirmation qui s’y oppose.
Le mécanisme d’intimidation a fonctionné, qui oblige à trahir sa propre conscience pour durer politiquement. Mme Cayeux implore le pardon pour avoir un jour succombé au péché du « mal penser ». La peur de la police idéologique et/ou les pressions gouvernementales subies l’empêchent de voir qu’elle n’a pourtant fait qu’user de droits civilement reconnus, et que la violence à laquelle elle se soumet les viole. Ainsi progresse le terrorisme idéologique sur la ruine des droits.
6 – Mais ce n’était pas assez. Aux sycophantes LFIstes s’ajoutent désormais des associations LGBT qui ont déposé une plainte pénale contre Mme Cayeux, dès le 13 juillet, pour « injure publique envers un groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle par une personne dépositaire de l’autorité publique ».
Le mécanisme d’oppression se poursuit, qui fonctionne en quatre temps. Le premier consiste à identifier la pensée et l’expression d’une pensée contraires à l’idéologie LGBT comme un « mal moral ». Le deuxième consiste à les faire passer, par un glissement insensible, pour des « délits », en l’occurrence une « injure publique » et une « discrimination » sexuelle. Le troisième consiste à faire croire, alors que l’opinion exprimée ne porte que sur un fait discutable [le caractère naturel ou non du « mariage homosexuel »], qu’elle est dirigée contre des personnes. Le quatrième enfin, est de prétendre qu’une « communauté » homogène en serait ainsi atteinte [désignée abstraitement ici comme un « groupe »], supposée réunir l’ensemble des personnes homosexuelles, toutes présumées favorables audit « mariage », alors que cette « communauté », en réalité, n’est autre que celle des lobbies militants de la Cause et de ceux qu’ils instrumentalisent.
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Le mensonge est présent à chaque étape de ce mécanisme. Il n’est pas sans rappeler celui du communisme, qui mobilisait contre les adversaires de son impérialisme, voire contre les « traîtres » rebelles à ses endoctrinements, tout comme les lobbies combattent les « mauvais » homosexuels qui le sont aux leurs, le fantasme du « fascisme » pour ruiner leur liberté d’expression, les menacer et les frapper d’atimie. Le communisme agissait au nom de la défense prétendue d’une « classe ouvrière » qui n’était pas moins abstraite et artificielle que la « communauté » dont les lobbies se réclament pour imposer à tous leur loi et contraindre la liberté de conscience de chacun.
Il est toujours d’une infinie tristesse de voir ainsi quelqu’un baisser – restons courtois – le pavillon de ses convictions, pourtant jadis étayées dans la liberté de sa ferme conscience, sous la pression de ces manipulations et de ces intimidations misérables, et plus encore de se dire que, probablement, la peur infligée par ces dernières n’a pas peu été apaisée par le doux et chaud fumet de la soupe.
Quoi qu’il en soit, l’épisode est instructif, à plusieurs égards. En premier lieu, il offre une nouvelle occasion de jeter un peu de lumière sur les mécanismes d’oppression, dissimulés sous l’invocation des droits. Gauchistes et homosexualistes sont de farouches opposants au délit d’opinion ; mais ils goûtent fort à l’instruire contre leurs adversaires. En deuxième lieu, cet épisode manifeste une fois encore que l’enjeu de cette époque est la sauvegarde de la liberté de la conscience. En troisième lieu, enfin, il affermit tout homme de bien dans cette certitude : cette sauvegarde ne peut faire l’économie ni de la fidélité de chacun à ses convictions ni de la cohérence de la vérité de la pensée et de la vérité de la vie.





