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Jacques Bainville, prophète de malheur

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Publié le

10 décembre 2018

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Bainville

Historien spécialiste des relations internationales, Christophe Dickès a réédité les œuvres de Bainville dans la collection Bouquins. Il revient ici sur les leçons prémonitoires de son ouvrage Les Conséquences politiques de la paix, publié en 1919, dans lequel Bainville annonce, avec un rare prophétisme, le conflit qui surviendra vingt ans plus tard.

 

À l’occasion de son discours du 11 novembre, le président Macron a souligné qu’en dépit des tentatives de paix de 1919, des premières coopérations internationales et du démantèlement des empires, « l’humiliation, l’esprit de revanche, la crise économique et morale ont nourri la montée des nationalismes et des totalitarismes ». Et il ajouta : « La guerre de nouveau, vingt ans plus tard, est venue ravager les chemins de la paix ». En séparant le règlement de la paix des événements de l’entre-deux guerres qui menèrent à un nouveau conflit, le Président Macron exonérait ceux-là mêmes qui avaient souhaité rendre le monde plus sûr grâce à la démocratie. Il séparait cependant les causes et les conséquences.

Bainville avait compris que la démocratie pouvait enfanter des monstres dans le terreau de l’humiliation et de l’esprit de revanche.

Une république sociale-nationale

 

En effet, à l’époque, derrière les « bonnes intentions » du président américain Wilson, une nouvelle conception des relations internationales se dessinait. Il s’agissait d’une vision purement idéaliste, en contradiction avec les principes de l’équilibre européen. Au sortir de la Grande guerre, parce qu’elle avait été touchée sur son propre territoire, la France recherchait d’abord sa sécurité. L’Angleterre, elle, souhaitait un équilibre au profit de l’Allemagne mais surtout de sa propre économie. Si bien que le Traité de Versailles de 1919 possédait une double particularité contradictoire : c’était « une paix trop douce pour ce qu’elle a de dur, et trop dure pour ce qu’elle a de doux » selon l’expression du royaliste Jacques Bainville (1979-1936).

 

Lire aussi : Un sacrifice inutile ?

 

L’expression résume à elle-seule l’impasse dans laquelle l’Europe s’était engagée. À ses yeux, le traité de paix signé en 1919 manquait cruellement de moyens. Il s’agissait d’une paix à terme alors qu’il était nécessaire d’établir une paix au comptant avec des garanties territoriales sûres. Favorable à une dislocation de l’empire allemand, Bainville ne fut pas écouté, alors que les services du Quai d’Orsay avaient planché sur un tel scénario pendant la guerre, pour finalement l’abandonner.

 

Bien conscient que la jeune nation allemande, qui n’avait pas cinquante ans d’existence, serait maintenue dans son intégrité, Bainville écrit au lendemain de l’armistice dans L’Action française : « Devant quoi la France, au sortir de la grande joie de sa victoire, risque-t-elle de se réveiller? Devant une République allemande, une République sociale-nationale, supérieurement organisée […] Cette République (si l’Allemagne reste une République, ce qui n’est pas encore assuré), ne sera pas du « type flasque ». Elle sera productive et expansionniste ». S’inscrivant dans la tradition des penseurs politiques grecs, Bainville avait compris que la démocratie pouvait enfanter des monstres dans le terreau de l’humiliation et de l’esprit de revanche.

 

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Un idéalisme destructeur

 

Tel Cassandre, qui dans la mythologie prédisait l’avenir sans être écoutée, Bainville annonça non seulement la naissance d’un régime social-national (et donc national-socialiste), mais aussi le basculement de l’Europe dont le pape Benoît XV disait que la carte avait été « dressée par un fou ». C’est pourquoi, dans son livre prophétique Les Conséquences politiques de la paix paru en 1919, grâce à sa connaissance des constantes historiques et politiques, notre journaliste mettait en garde le continent en annonçant très exactement les événements des années 1936 à 1939 : de la remilitarisation de la Rhénanie au pacte germanosoviétique, en passant par la partition de la Tchécoslovaquie jusqu’au nouveau conflit franco-allemand. En cette période de commémoration de la paix, relire Bainville nous rappelle que l’histoire est aussi là afin d’éclairer le présent, mais aussi de nous mettre en garde contre toute forme d’idéalisme.

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