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Valérie Boyer : « La France est plus qu’un pays, c’est une civilisation »

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Publié le

16 juillet 2019

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Celle dont la croix portée en pendentif fait régulièrement hurler les laïcards, c’est elle, Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône et secrétaire générale-adjointe de LR, farouche défenseur des chrétiens d’Orient et de la dignité de la femme. Plus charmante, on ne fait pas. En revanche, l’hommage à Simone Veil, était-ce bien nécessaire ?

 

Quelles sont les raisons qui vous ont conduite à vous engager en politique ?

Initialement, je n’avais pas prévu de m’engager en politique même si dans ma famille on a toujours parlé de politique. En effet, je suis pied-noir, mes parents ont dû quitter l’Algérie en 1962 au moment où ma mère allait accoucher de moi. Je suis donc née là où l’avion a atterri, à Bourges, après l’arrachement de mes parents à leur sol natal. J’ai donc grandi avec l’idée que la politique pouvait avoir de l’influence dans la vie des gens. Après un parcours professionnel dans le monde de la santé, j’ai été élue pour la première fois conseillère municipale de Marseille sur la liste de Jean-Claude Gaudin en 2001 puis, à la surprise générale, je suis parvenue à battre en 2007 le député sortant PS Christophe Masse, dans la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône.

 

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L’évènement est d’autant plus notable que la famille Masse était implantée depuis plusieurs années dans cette circonscription où ils étaient élus de père en fils depuis quatre générations. J’ai ensuite été réélue en 2012 et 2017 dans la 1e circonscription des Bouches-du-Rhône. C’est l’activité professionnelle de mon père qui m’a ouvert les yeux sur la réalité du communisme en Europe. Amené à se déplacer souvent de l’autre côté du rideau de fer pour son travail, il nous racontait les horreurs du communisme : la privation de liberté de se déplacer et de penser, la peur de la police politique et la misère matérielle dans laquelle vivaient certaines familles prisonnières chez elles et qui manquaient de tous les produits de première nécessité. Cette expérience personnelle a contribué à forger mes convictions politiques.

 

À l’Assemblée, vous vous êtes emparée de sujets que certains qualifient de « féminins ». Êtes-vous féministe ?

Avec mon parcours professionnel, j’ai logiquement été responsable des questions de santé au sein de l’UMP. À l’Assemblée, mon fil conducteur concerne les sujets de santé publique et de dignité humaine, particulièrement les atteintes faites au corps, qu’il s’agisse de l’obésité, de l’anorexie, des trafics d’organes, de la GPA, de l’aide aux aidants ou encore des tatouages. Si l’homme ne se résume pas à son corps, c’est une dimension essentielle de la personne. Préserver l’intégrité corporelle participe d’un combat plus général en faveur de la dignité humaine. J’ai fait inscrire les troubles du comportement alimentaire dans le code de la santé publique et j’ai d’ailleurs consacré un rapport parlementaire visant à faire de la lutte contre l’obésité « une cause nationale ». L’obésité est souvent liée à la sédentarité et à une mauvaise alimentation dont sont victimes en particulier les personnes issues d’un milieu défavorisé.

 

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Il ne faut pas oublier non plus les diverses discriminations dont souffrent les personnes en surpoids et qui tiennent souvent au regard porté sur elles par la société. J’ai aussi exigé qu’une photo retouchée soit signalée comme telle, car je considère qu’il en va de la déontologie de l’image. Je me suis insurgée contre les publicités mettant en scène des femmes au corps tellement maigre qu’il en devenait irréel. J’ai pu voir comment ces images troublaient des jeunes filles qui devenaient complexées par peur de ne pas correspondre aux canons imposés. Cette standardisation des corps, outre qu’elle est appauvrissante sur le plan esthétique, véhicule aussi des objectifs inatteignables et dangereux pour la santé. Si lutter pour la liberté et la dignité des femmes c’est être féministe, alors je le suis. C’est pourquoi je me bats pour que la France et l’Europe demeurent avant tout le pays et le continent de la liberté des femmes parce que je crois et milite pour le caractère universel de cette liberté. Plusieurs figures féministes m’inspirent bien entendu, comme celles de Germaine Poinso-Chapuis, première femme ministre marseillaise de plein exercice dans l’histoire de la République et députée, elle aussi, de la 1ère circonscription des Bouches-du-Rhône sous l’étiquette de la droite et du centre.

Durant cette campagne, Emmanuel Macron n’aura cessé de se comporter en populiste mondain se considérant comme le président de l’Europe.

En tant qu’élue de Marseille, je suis extrêmement sensible à son parcours hors-du-commun et ses combats. Résistante, elle a fait avancer la cause des plus déshérités notamment des personnes handicapées. Je regrette qu’une personnalité comme Hubertine Auclert reste méconnue. Elle a refusé de payer ses impôts estimant qu’elle n’avait pas à en payer ne disposant ni du droit de vote et ne pouvant pas être élue. Comment ne pas citer également Olympe de Gouges qui, au prix de sa vie, s’est battue pour faire reconnaître le droit des femmes à faire de la politique. Je pense bien évidemment aussi à Simone Veil, figure majeure du XXe siècle, de la vie politique française et de ma famille politique que j’ai eu l’honneur de croiser à plusieurs reprises.

C’est pourquoi je me bats pour que la France et l’Europe demeurent avant tout le pays et le continent de la liberté des femmes parce que je crois et milite pour le caractère universel de cette liberté. 

Comment réagissez-vous à la victoire d’Emmanuel Macron aux européennes et au score réalisé par la droite ?

Il faut tout de même se rappeler que neuf Français sur dix n’ont pas voté pour lui, malgré l’intense propagande qu’il avait faite, en installant une impasse entre progressistes et populistes, qu’il résumait en disant « vous n’avez pas le choix ». Ce n’est pas cela la démocratie ! Durant cette campagne, Emmanuel Macron n’aura cessé de se comporter en populiste mondain se considérant comme le président de l’Europe, s’adressant directement aux peuples européens sans passer par leurs chefs d’États, accaparant les chaînes d’information pendant près de 100 heures de direct dans le cadre du Grand Débat et de sa restitution, puis imposant une interview corrigée par l’Élysée dans la quasi-totalité de la presse régionale (à l’exception de La Voix du Nord et du Télégramme) et terminant par une interview à destination des jeunes sur YouTube à quelques heures de la fin de la campagne officielle.

 

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Son désir de balayer toute opposition va jusqu’à vouloir réduire le nombre de parlementaires et modifier le mode de scrutin législatif, si bien qu’à terme, il y aura en France plus de préfets et sous-préfets que de parlementaires. C’est cette « technocrature » que je dénonce, aux côtés de la droite de gouvernement à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir. Je souhaite transmettre notre culture et notre vision de l’homme aux générations suivantes. Et ce n’est pas être rétrograde que de dire cela, au contraire, c’est avant tout à l’avenir de nos enfants et petits-enfants que je pense. Ceux qui se considèrent comme progressistes n’ont pas le monopole du progrès.

 

Vous êtes favorable à l’inscription des racines chrétiennes dans la constitution et portez souvent une croix. Pourquoi ?

Il est nécessaire de rappeler qui l’on est et d’où l’on vient. Je considère que la France est plus qu’un pays, c’est aussi une civilisation, et je suis engagée dans la vie politique pour défendre notre modèle. Effectivement, j’ai plaidé pour la reconnaissance des racines judéo-chrétiennes. Il s’agissait de l’une des grandes lignes du programme des Républicains lors de la campagne des Européennes, brillamment menée par notre candidat, François-Xavier Bellamy. Nous n’avons pas à renier la réalité historique des racines judéo-chrétiennes de la France et de l’Europe. C’est pourquoi, je suis favorable à leur inscription dans la Constitution. Concernant la croix, je tiens à rappeler que j’en ai toujours porté une autour du cou. Je souhaite également signaler qu’elle n’est pas un symbole d’oppression mais le symbole des opprimés. En effet, on estime à 4 300 le nombre de chrétiens tués en 2018 dans le monde. Au total, un chrétien sur neuf est persécuté dans le monde en raison de sa foi d’après l’Index 2019 de l’ONG Portes Ouvertes.

Je crois au modèle français qui, contrairement à celui des pays anglo-saxons, prône l’intégration républicaine plutôt que le communautarisme.

Je pense qu’il est important de ne pas tout confondre et revenir sur les fondements d’une saine laïcité qui distingue les signes concrets de notre enracinement chrétien des outrances vestimentaires et identitaires de l’islam politique. Car, derrière la question du voile islamique, c’est de la liberté qu’il s’agit, celle des femmes en particulier. Je crois au modèle français qui, contrairement à celui des pays anglo-saxons, prône l’intégration républicaine plutôt que le communautarisme. La France a toujours été un pays multi-ethnique mais pas multiculturel. Mon investissement politique est bien plus vaste, j’ai travaillé sur bon nombre de sujets qui me tiennent à cœur. Après la pénalisation du négationnisme de l’ensemble des génocides – dont le génocide arménien – pour laquelle je me suis âprement battue, j’ai déposé une proposition de loi pour la reconnaissance de celui des Assyro-chaldéens. J’ai été la première à poser la question de ce génocide à l’Assemblée nationale et je milite dans le groupe d’études consacré aux chrétiens d’Orient. Malheureusement, la tragédie des chrétiens d’Orient et des Yézidis continue sous nos yeux, dans l’indifférence de beaucoup alors que la France est, par son histoire, protectrice des chrétiens d’Orient depuis les Capitulations signées entre François Ier et l’empire ottoman. Je le répète, les questions de liberté et de dignité humaine sont au centre de mon engagement politique.  

 

Propos recueillis par Benoît Dumoulin

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