
PERFECTION
L’IMPARFAIT, Éric Reinhardt, Stock,
272 p., 19€90
La collection d’Alina Gurdiel, qui enferme des écrivains dans le musée de leur choix pour qu’ils y passent une nuit et y rêvent un livre hanté par les œuvres du lieu a pu donner des réussites, des aberrations (Christine Angot), mais elle a déjà tellement été illustrée qu’on se demande comment innover dans un tel cadre. Reinhardt s’en sort en virtuose, composant le roman d’une rencontre entre Bruno et Gloria, un dentiste idéaliste et une chanteuse intersexe, en parallèle d’un récit de son enfermement à la galerie Borghèse où il compte dormir avec la statue de L’Hermaphrodite. Exposant, comme dans son dernier roman, l’atelier imaginaire de la fiction en liant les détails du réel à leur transposition, faisant naître l’histoire et sa tension sous l’œil du lecteur alors même qu’il se dépêtre dans les difficultés administratives et humaines de son expérience, puis se livre à ses beautés, Reinhardt montre tout le panel de ses possibilités, déploie son double récit sur l’ambiguïté sexuelle et mythique avec une maestria éblouissante et nous offre à la fin une version moderne d’un conte à la Théophile Gautier.…








