
Culture



Réflexion balzacienne de 1846 sur le mariage bourgeois, les « petites misères de la vie conjugale », ouvrage méconnu aussi mordant que moderne, trouvent au théâtre de Poche une adaptation enlevée. Portée par deux excellents comédiens, Alice d’Arceaux et Pierre Olivier Mornas, la pièce expose les joies et déconvenues de la vie conjugale avec une savoureuse alliance de sarcasmes élégants et de dialogues affutés, dans un décor sobre mais inventif. Par les seuls éléments d’un lit sur son estrade, d’un paravent et d’un pupitre, l’acteur et metteur en scène parvient à embarquer les spectateurs dans l’intimité de Caroline et Adolphe, de leur rencontre à l’enlisement dans une routine que tous reconnaitront.
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On vibre, on rit beaucoup, on pleure un peu sur le sort des personnages et l’on s’amuse follement des propos de Balzac dont la fabuleuse sagacité tire les relations entre époux vers la tendresse, le respect, l’usure du quotidien dans le rire et la douce amertume, loin des luttes contemporaines pour le partage de la charge mentale.…

On a tellement vilipendé le « Regietheater » (quand les idées du metteur en scène prennent le pas sur le reste) que les maisons d’opéra se réfugient désormais dans l’illustratif. Le résultat n’est pas forcément meilleur. Shirin Neshat, venue de la photo et du cinéma, connait peu le théâtre – encore moins l’opéra – et cela saute aux yeux. Ce qui l’intéresse dans cette Aida, reprise du Festival de Salzbourg par l’Opéra de Paris, c’est le décor : un énorme cube façon bunker planté sur une scène nue, évoquant le désert de son Iran natal. Un cadre traversé par la violence, la guerre, l’oppression des femmes, la mort. L’image prend toute la place, dévorant l’action au lieu de la nourrir, jusqu’à réduire les personnages sculptés par Verdi à des ombres stylisées.
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L’esthétique est léchée mais glaciale : une démonstration visuelle qui manque de souffle.…

ANTIDEPRESSENTS, Suede, BMG, CD 16,99€
Le groupe Suede est parvenu à être meilleur qu’à leurs débuts au bout de trente ans de carrière. C’est un miracle. Avec Antidepressants, ils ont sans doute atteint ce qui sera l’un des sommets de leur carrière à l’heure où le groupe ne remue plus les foules comme jadis. Tant pis, peu importe. L’album est d’une fraîcheur et d’une énergie qui nous font oublier que la bande de Brett Anderson est composée d’hommes de plus de cinquante ans. En onze titres (le chiffre parfait) d’un romantisme noir et androgyne, ils ont fait rejaillir leurs influences des années 80, des Chameleons à Echo & The Bunnyman jusqu’à Joy Division. Bien sûr, il y a toujours ces guitares rugueuses qui ont quelque chose de glam et débridé. Le chant d’un lyrisme singulier de Brett Anderson – quelque part entre Bowie et Morrissey – a une intensité qui peut fatiguer certains auditeurs. Ainsi, ce puissant disque peut, selon nos humeurs, être revigorant ou étourdissant. Pour tout dire, on en sort comme giflé, sonné. Tant mieux. Emmanuel Domont [...]


L’ENJEU DU DÉSIR
LA JOUTE, Richard Millet, Les Provinciales, 192 p., 18€
Richard Millet nous livre une méditation fragmentaire autour du dialogue amoureux, la « Joute », terme à comprendre dans toute son ambiguïté étymologique (entre jonction et affrontement). Ressassement, ruminations, aperçus, souvenirs et tentatives de définition composent ce lent vertige où se combinent toutes les dimensions, théologique, littéraire ou physiologique pour appréhender le mystère sexuel sans jamais sombrer ni dans l’ornière sociologique ni dans d’autres simplifications en cours. Convoquant l’archaïsme comme la révolution courtoise, Kierkegaard ou Simone Weil, Millet extrait peu à peu l’enjeu de cette lutte aimantée, ou plutôt, en détoure progressivement l’indicible. Ce grand déploiement déclenché par le désir intégral est lié à la parole et l’idéologie post-sexuelle, conjointe à l’idéologie post-littéraire, voudrait finalement nous priver de cela en évacuant la question en termes juridiques, techniques ou marchands. Parfois obscur et tout en circonvolutions, un livre de Millet néanmoins essentiel et fascinant.…

La littérature française est truffée de chefs d’œuvres réputés inadaptables au cinéma… du moins jusqu’à ce que des producteurs s’en emparent, par pur opportunisme et souvent après des années de négociations avec les ayants-droits. La dernière prise de guerre en date, c’est Voyage au Bout de la Nuit qui sera réalisé par Joann Sfar, le graphomane pleurnichard… dire que personne n’attend ce film, c’est une litote. Nous avons eu à peu près la même réaction lorsqu’on a appris que François Ozon allait réaliser sa version de L’Étranger d’Albert Camus, et ce après la version de Visconti avec Mastroianni, relativement oubliable. En fait, le roman de 1942 fait tellement partie du mobilier national qu’on se demande bien ce qu’un réalisateur peut espérer lui apporter de nouveau – a fortiori un réalisateur comme François Ozon, qui n’est pas vraiment un styliste, encore moins un expérimentateur mais plutôt un illustrateur soigneux, souvent au bord de l’académisme tartignolle.…
L’Incorrect
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