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« La Femme la plus riche du monde » avec Isabelle Huppert : plaisir constant
Adaptation transparente de l’affaire Banier-Bettencourt, La Femme la plus riche du monde est un divertissement roboratif qui évite le piège du jeu de massacre en conservant aux personnages une part de mystère ou de drôlerie. Si la mise en scène de Thierry Klifa est plutôt utilitaire, sa direction d’acteurs fait merveille. [...]
BD : Cuzin et Deschamps sous les mers
Gymnote, Narval, Farfadet, Turquoise, Clorinde, Surcouf, Aréthuse, Redoutable, Suffren…Emmené par Jules Verne, cet album nous fait parcourir cent cinquante ans de sous-marins français, avec un luxe de détails techniques à faire pâlir d’envie Charlier, le scénariste de Barbe-Rouge et Tanguy et Laverdure, et une galerie d’ingénieurs et d’officiers, des plus poilus aux plus glabres, qui témoignent d’un tel esprit de corps qu’on est transporté. L’ambition d’arriver à mettre au point le meilleur outil au service de la France suffit à orienter toute l’histoire, très bien dessinée, avec ses bonds techniques foudroyants et ses péripéties malheureuses, qu’il s’agisse de la traitrise des Anglais pendant la Seconde Guerre mondiale ou des naufrages accidentels. [...]
Théâtre : Mornas exalte Balzac au poche

Réflexion balzacienne de 1846 sur le mariage bourgeois, les « petites misères de la vie conjugale », ouvrage méconnu aussi mordant que moderne, trouvent au théâtre de Poche une adaptation enlevée. Portée par deux excellents comédiens, Alice d’Arceaux et Pierre Olivier Mornas, la pièce expose les joies et déconvenues de la vie conjugale avec une savoureuse alliance de sarcasmes élégants et de dialogues affutés, dans un décor sobre mais inventif. Par les seuls éléments d’un lit sur son estrade, d’un paravent et d’un pupitre, l’acteur et metteur en scène parvient à embarquer les spectateurs dans l’intimité de Caroline et Adolphe, de leur rencontre à l’enlisement dans une routine que tous reconnaitront.

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On vibre, on rit beaucoup, on pleure un peu sur le sort des personnages et l’on s’amuse follement des propos de Balzac dont la fabuleuse sagacité tire les relations entre époux vers la tendresse, le respect, l’usure du quotidien dans le rire et la douce amertume, loin des luttes contemporaines pour le partage de la charge mentale.…

Opéra : Aida à Bastille, une froide illustration

On a tellement vilipendé le « Regietheater » (quand les idées du metteur en scène prennent le pas sur le reste) que les maisons d’opéra se réfugient désormais dans l’illustratif. Le résultat n’est pas forcément meilleur. Shirin Neshat, venue de la photo et du cinéma, connait peu le théâtre – encore moins l’opéra – et cela saute aux yeux. Ce qui l’intéresse dans cette Aida, reprise du Festival de Salzbourg par l’Opéra de Paris, c’est le décor : un énorme cube façon bunker planté sur une scène nue, évoquant le désert de son Iran natal. Un cadre traversé par la violence, la guerre, l’oppression des femmes, la mort. L’image prend toute la place, dévorant l’action au lieu de la nourrir, jusqu’à réduire les personnages sculptés par Verdi à des ombres stylisées.

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L’esthétique est léchée mais glaciale : une démonstration visuelle qui manque de souffle.…

Sorties musique : critiques du meilleur et du pire
MIRACLE

ANTIDEPRESSENTS, Suede, BMG, CD 16,99€ 

Le groupe Suede est parvenu à être meilleur qu’à leurs débuts au bout de trente ans de carrière. C’est un miracle. Avec Antidepressants, ils ont sans doute atteint ce qui sera l’un des sommets de leur carrière à l’heure où le groupe ne remue plus les foules comme jadis. Tant pis, peu importe. L’album est d’une fraîcheur et d’une énergie qui nous font oublier que la bande de Brett Anderson est composée d’hommes de plus de cinquante ans. En onze titres (le chiffre parfait) d’un romantisme noir et androgyne, ils ont fait rejaillir leurs influences des années 80, des Chameleons à Echo & The Bunnyman jusqu’à Joy Division. Bien sûr, il y a toujours ces guitares rugueuses qui ont quelque chose de glam et débridé. Le chant d’un lyrisme singulier de Brett Anderson – quelque part entre Bowie et Morrissey – a une intensité qui peut fatiguer certains auditeurs. Ainsi, ce puissant disque peut, selon nos humeurs, être revigorant ou étourdissant. Pour tout dire, on en sort comme giflé, sonné. Tant mieux. Emmanuel Domont [...]
Balu Brigada : jeunes premiers en marche arrière
Mes enfants, tout s’accélère. Voilà que les années 2010 déjà nous manquent et que certains nous en offrent aussi vite un revival. Ce n’est pas pour me déplaire. « Hier pour toujours » est mon slogan. Pas certain que je fasse carrière avec ça en bandoulière. Pour Balu Brigada, en revanche, ça a fonctionné. Et mieux que bien. Le duo, après avoir signé en 2022 avec le label Warner, dès leur premier single, s’est envolé de Nouvelle-Zélande pour rejoindre New York et démarrer une nouvelle vie. Les rêves qu’ils avaient en tête, et qui consistaient sans doute à faire chanter et danser les foules, furent atteints en un rien de temps. Un pareil destin manquerait presque de misères. En attendant que les malheurs arrivent (eux font toujours carrière), ils ont sorti un album délicieux qu’on aurait aimé pouvoir entendre sur les plages durant notre été maintenant déjà mort. [...]
Les critiques littéraires de septembre

L’ENJEU DU DÉSIR
LA JOUTE, Richard Millet,  Les Provinciales, 192 p., 18€

Richard Millet nous livre une méditation fragmentaire autour du dialogue amoureux, la « Joute », terme à comprendre dans toute son ambiguïté étymologique (entre jonction et affrontement). Ressassement, ruminations, aperçus, souvenirs et tentatives de définition composent ce lent vertige où se combinent toutes les dimensions, théologique, littéraire ou physiologique pour appréhender le mystère sexuel sans jamais sombrer ni dans l’ornière sociologique ni dans d’autres simplifications en cours. Convoquant l’archaïsme comme la révolution courtoise, Kierkegaard ou Simone Weil, Millet extrait peu à peu l’enjeu de cette lutte aimantée, ou plutôt, en détoure progressivement l’indicible. Ce grand déploiement déclenché par le désir intégral est lié à la parole et l’idéologie post-sexuelle, conjointe à l’idéologie post-littéraire, voudrait finalement nous priver de cela en évacuant la question en termes juridiques, techniques ou marchands. Parfois obscur et tout en circonvolutions, un livre de Millet néanmoins essentiel et fascinant.…

« L’Étranger » par François Ozon : patrimonial et sans éclat

La littérature française est truffée de chefs d’œuvres réputés inadaptables au cinéma… du moins jusqu’à ce que des producteurs s’en emparent, par pur opportunisme et souvent après des années de négociations avec les ayants-droits. La dernière prise de guerre en date, c’est Voyage au Bout de la Nuit qui sera réalisé par Joann Sfar, le graphomane pleurnichard… dire que personne n’attend ce film, c’est une litote. Nous avons eu à peu près la même réaction lorsqu’on a appris que François Ozon allait réaliser sa version de L’Étranger d’Albert Camus, et ce après la version de Visconti avec Mastroianni, relativement oubliable. En fait, le roman de 1942 fait tellement partie du mobilier national qu’on se demande bien ce qu’un réalisateur peut espérer lui apporter de nouveau – a fortiori un réalisateur comme François Ozon, qui n’est pas vraiment un styliste, encore moins un expérimentateur mais plutôt un illustrateur soigneux, souvent au bord de l’académisme tartignolle.…

L’Incorrect

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