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Hippocrate : notre critique

Après une première saison réussie qui nous plongeait dans les vies d’internes d’un hôpital public contraints de gérer leur service seuls, la série de l’ex médecin Thomas Lilti enchaîne avec une deuxième saison hivernale. Une vague de froid s’est abattue sur la France, les hôpitaux sont submergés. Une canalisation a sauté, inondant les urgences, les soignants et les malades doivent se replier en médecine interne et nous retrouvons Alyson, Hugo, Chloé et Arben dans un hôpital en crise, sous l’autorité du docteur Olivier Brun, nouveau chef des urgences.

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Station opéra : un Faust sans le ciel néanmoins sublime

Le prince des ténèbres survole Paris comme un rapace. Sur terre, ses serviteurs dansent autour de proies innocentes. L’enfer est au milieu des hommes ; le ciel reste impassible. Pas d’enjeu métaphysique dans Faust, selon Tobias Kratzer. Méphistophélès et ses sbires incarnent les idées noires qui pourrissent l’existence : peur, vengeance, culpabilité. La foi n’est que l’instinct de survie fait superstition, et même les croix que Valentin et sa bande portent autour du cou ne peuvent rien contre la violence de leur banlieue. Une rame de métro fait office de l’église où Marguerite chante sa pénitence : rongée par le remords, sa prière est un délire sans réponse. Seule délivrance possible, le sacrifice du jeune Siebel attirant à lui tous les démons. Un abaissement audacieux, certes, mais le réalisateur allemand tient les rênes de bout en bout avec une cohérence implacable.

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Grâce à la richesse des trouvailles, à une direction d’acteur millimétrée, à l’usage spectaculaire de la vidéo, pendant trois heures on reste cloué à son fauteuil. Et le streaming ne fait qu’exalter la prouesse. Du côté des voix, le ténor de Benjamin Bernheim (Faust) est au sommet de son charme, que l’art des nuances et l’élégance du phrasé inscrivent dans la grande tradition du chant français. Ermonela Jaho manque parfois de naturel dans la peau d’une Marguerite chauffée à blanc. La prestance de Christian Van Horn (Méphistophélès) et l’incarnation de Florien Sempey (Valentin) font merveille, idéalement accompagnés par l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Paris. Un spectacle enfin digne de la « Grande Boutique[...] ».

Sélectron : les 10 chansons de Michel Sardou préférées des Français

10 – J’accuse

Parce que j’accuse les hommes de croire des hypocrites moitié pédés moitié hermaphrodites


9 – Les Yeux d’un animal

Parce que comme les bleus transparents des aurores marginales, elle a de temps en temps les yeux d’un animal


8 – Être une femme

Parce que j’ai imaginé sans complexe qu’un matin je changeais de sexe

https://www.youtube.com/watch?v=dm4wYy72NqA&ab_channel=AnastasioEric

7 – Les Lacs du Connemara

Parce qu’on n’accepte pas la paix des Gallois, ni celle des rois d’Angleterre

https://www.youtube.com/watch?v=M4DbCtBSGQQ&ab_channel=AnastasioEric

6 – Les Ricains

Parce que si les Ricains n’étaient pas là, vous seriez tous en Germanie


5 – Les Deux écoles

Parce que Fille aînée de l’Église et de la Convention, elle serait bien heureuse que ses maîtres la laissent libre de faire l’amour et d’aller à la messe


4 – Le France

Parce que j’étais un bateau gigantesque, capable de croiser mille ans


3 – Je suis pour

Parce que j’aurai ta tête en haut d’un mât


2 – Au temps béni des colonies

Parce des idées, ça on en a, nous on pense


1 – Ils ont le pétrole mais c’est tout

Parce qu’un Martel à Poitiers

…
Le malin et Au-dessous du volcan : notre critique

Si la plupart des réalisateurs content avoir tout dit dès leurs premiers films, John Huston a trouvé son second souffle à la fin de sa vie. Sa seconde partie de carrière est riche de quelques chefs-d’œuvre dont Au-dessous du Volcan et Le Malin. Dans le premier, Huston s’attaque au roman réputé inadaptable de l’écrivain dipsomane Malcolm Lowry : une fiévreuse plongée dans la vie d’un diplomate anglais perdu dans ses souvenirs et un Mexique travaillé par la mort (incarné ici par un Albert Finney monolithique).

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Faute de pouvoir mettre en images les soliloques sans fin du héros, Huston travaille son film comme un joyau brut, haut en couleur, dont il extrait ici et là quelques scènes marquant durablement la rétine : en filmant la déchéance d’un homme, il s’attarde aussi sur celle d’un monde qui livre ses derniers soupirs à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Jacqueline Bisset, comme toujours, est énigmatique à souhait, et la photographie de Gabriel Figueroa, qui a fait ses armes chez Eisenstein, renforce l’impression d’assister à une Fête des Morts impériale et baroque[...]

Rue des Beaux-Arts : Galbiati sculpte les saints

Les sculptures de Davide Galbiati ne laissent aucun doute sur leur auteur. Les têtes sculptées sont comme des reliques venues d’un monde d’avant ou d’après, qui sait ? Nous sommes perdus et pourtant dans une espèce de communion avec ces statues, reliés à elles, en intimité. « Les êtres que je sculpte manifestent une union avec leur part spirituelle, ils l’assument », explique l’artiste. Ses personnages ressemblent à des saints projetés dans le lointain par la force de l’imaginaire. L’auréole, chez eux, est intégrée au corps.

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C’est au Tyrol du Sud, là où il a étudié son art pendant quatre ans, que Galbiati a éprouvé l’envie de traiter la figure humaine en la reliant au spirituel. À regarder ces êtres à la fois singuliers et intimes, il nous semble percevoir la beauté de leur vie intérieure. Ils rayonnent et manifestent une présence supérieure aux vivants, un mouvement intérieur qui s’imprime sur la matière, et cette contemplation de l’âme nue nous trouble. Davide Galbiati travaille toutes les matières dans une ronde d’éléments[...]

Osamu Tezuka est-il éternel ?

Un succès tardif en Europe qui s’explique d’abord par une personnalité discrète, effacée derrière un monstre de travail et d’humilité. Comme tous les grands créateurs d’univers, Tezuka ne se donne pas facilement : à l’instar d’Hergé et de Walt Disney, le discret petit homme au béret a été presque dévoré de son vivant par son propre mythe, par une œuvre à la fois tentaculaire et visionnaire, dont on peine encore aujourd’hui à évaluer l’impact sur les jeunes générations.

Si le dessinateur a connu un statut presque hégémonique dans les années 60 et 70, son héritage a été pendant quelque temps distancé : la concurrence est grande au Japon, pays où le dessin est probablement le principal moyen d’expression. Pourtant, on revient toujours à Tezuka : Delcourt sort en juin le deuxième volume de Tezucomics, un ouvrage collectif en forme d’hommage et de prolongement. Jeunes auteurs et dessinateurs ont choisi chacun une œuvre du maître qui leur est chère et se sont pliés à l’exercice du spin off (bourgeonnement narratif). La profusion d’images et de scénarii qui en a été tirée prouve à quel point l’œuvre de Tezuka, se montrant en dehors du temps, demeure donc d’une contemporanéité fulgurante.

Oui. Tezuka s’est illustré dans tous les genre (il en a même inventé)

D’une curiosité presque pathologique, Tezuka s’intéresse à tout, se renseigne sur tout et fait feu de tout bois. Est-ce grâce à ses études de médecine ou à sa passion pour les insectes ? En tout cas, son ambition narrative lui donne des airs de démiurge et ses plus grands chefs-d’œuvre montrent des personnages conduits à leurs extrémités. C’est pourquoi les genres se télescopent chez Tezuka, parfois à l’intérieur d’une même bande dessinée : on peut passer sans problème de la romance au récit humoristique, sans oublier l’horreur pure qui éclate parfois au détour d’une page, sans pré- venir, dans une outrance parfois grotesque.

Son ambition narrative lui donne des airs de démiurge et ses plus grands chefs-d’œuvre montrent des personnages conduits à leurs extrémités

L’alter-ego de Tezuka, Black Jack, est d’ailleurs un chirurgien ténébreux dont le visage couturé comporte une greffe de peau d’origine inconnue : tout Tezuka est là, dans cet aspect discrètement composite. Tezuka ne s’embarrasse pas d’étiquettes : l’histoire passe avant tout le reste. Cette exigence le confine à inventer des formes : dans MW, par exemple, il compose une étrange romance homosexuelle mâtinée de thriller et de fantastique, qui influencera des myriades de mangakas. Pionnier de l’animation, il s’illustre dès le départ avec des courts-métrages conceptuels comme Histoires au coin de la rue et son esthétique qui rappelle les fameux génériques de Saul Bass.

Oui. Son dessin est intemporel

Tezuka ne s’est jamais remis de sa vision de Bambi. Il en a tiré cet amour des courbes pures, des visages de faons. Un dessin volontiers classique qu’on a souvent pu trouver daté : c’est méconnaître une œuvre en perpétuelle mutation, qui expérimente tout en tâchant de tendre vers le trait parfait. Comme Hergé, Tezuka associe le souci du détail à celui de la compréhension, et son découpage narratif fait école par sa clarté. Maître de l’étirement du temps, il ventile sa narration avec des procédés toujours inventifs. Dans Astro Boy, son œuvre la plus connue, son trait explore parfois l’esthétique totalitaire, les affiches de propagande soviétiques ou futuristes : précisément parce que l’histoire le justifie. De même, il a créé toute une galerie de personnages récurrents qui sont de véritables signatures visuelles autant que narratives – dont le fameux « Moustache » qui est désormais un archétype de la culture graphique nippone.

Oui. Il parle depuis la fin des temps

 On ne dira jamais à quel point le Japon est hanté par la sidération atomique, et a su la transcender : Tezuka n’aura de cesse de traduire ce traumatisme. Il en tirera une sagesse et un pacifisme syncrétiques, visibles notamment à travers ses grands récits historiques, empreints d’un humanisme jamais mièvre, qui tend plutôt vers la fresque monumentale. Néanmoins, la noirceur ne le quitte pas, c’est ce qui rend son œuvre toujours aussi surprenante, capable d’abîmes comme de hauteurs[...]

Häxan, la sorcellerie à travers les âges : notre critique

Voilà un de ces films culte qui sont souvent cités, mais rarement vus. C’est l’occasion de se mettre à jour, grâce à Potemkine, l’éditeur de curiosités. Häxan est un film muet suédois : sur le papier, ça fait moyennement envie. En réalité, ce faux documentaire est une vraie transfusion de scènes hallucinatoires qui prouve à quel point le cinéma muet était dès le départ maître de sa grammaire et dispensateur d’images fatales.

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Adult material : l’infilmable pornographie

On imagine aisément à quoi ont pu ressembler les séances de préproduction : autour de la scénariste Lucy Kirkwood (connue surtout pour son travail sur Skins, série racoleuse consacrée à la jeunesse anglaise des années 2000) les idées ont dû fuser. La pornographie, c’est un sujet en or pour une série télé, quel metteur en scène n’a pas rêvé de s’y atteler ? Pour le premier épisode, il fallait frapper fort, faire dans le graphique, mettre la barre très haute afin de donner aux spectateurs l’envie d’y retourner. Un scénariste un peu plus « connaisseur » que les autres a dû avoir cette idée lumineuse au bout de quelques minutes d’intense réflexion : « Et si on parlait du prolapsus ? » a-t-il probablement lancé à la cantonade avec un sourire en coin. Silence dans la salle. Le prolapsus ? Personne ne sait ce que c’est. L’histoire ne dit pas si notre scénariste amateur de viande crue les a convaincus avec une description ad hoc ou un tour sur Google Image, mais son idée a été retenue. Pour vous, pauvres innocents qui n’êtes pas au courant des ignominies récentes de l’industrie pornographique, sachez que le prolapsus n’est autre que le nom médical de la « descente d’organe ».

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Considéré longtemps et à juste titre comme un accident sur les plateaux de tournage, devant lequel les réalisateurs n’avaient d’autre choix que de stopper leurs caméras, il est devenu, par le truchement d’une logique d’inversion spectaculaire très « baudrillardienne, » un sujet de film. Autrement dit, la pornographie, dans sa quête sans fin d’images-limites capables de réinitialiser constamment l’intérêt de l’onaniste, a fait de l’accident son sujet, son nouveau fétiche. Ici, le sujet du fantasme devient littéralement un retournement : on pourrait gloser longtemps sur la qualité métaphorique de cet accident devenu évènement, le renvoyer aux thèses éclairées de Debord ou d’Agamben sur la manière dont le spectacle ne fait que mettre en scène, constamment, sa propre mise à mort – jusqu’à l’absurde. On retiendra simplement que le porno d’aujourd’hui, toujours plus sataniste, demande aux actrices de retourner littéralement leurs organes pour donner à voir leurs entrailles à un public de pervers jamais rassasiés. Et qu’Adult Material s’est saisi de cette mode abjecte dès son premier épisode pour enfoncer le clou et annoncer la couleur : la pornographie, ce n’est pas sympathique. [...]

L’Incorrect

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