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Adult material : l’infilmable pornographie

La nouvelle plateforme de streaming BrutX, petite sœur du pure player aux milliers d’abonnés, entend bien jouer dans la cour des grands et propose déjà plusieurs séries inédites - dont cet « Adult Material », feuilleton britannique consacré à l’industrie pornographique. Un sujet toujours délicat à traiter, que nos fictions modernes semblent prendre avec des pincettes. Si les Anglais mettent cette fois-ci les pieds dans le plat, ce n’est pas forcément pour le mieux.

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© Adult material

On imagine aisément à quoi ont pu ressembler les séances de préproduction : autour de la scénariste Lucy Kirkwood (connue surtout pour son travail sur Skins, série racoleuse consacrée à la jeunesse anglaise des années 2000) les idées ont dû fuser. La pornographie, c’est un sujet en or pour une série télé, quel metteur en scène n’a pas rêvé de s’y atteler ? Pour le premier épisode, il fallait frapper fort, faire dans le graphique, mettre la barre très haute afin de donner aux spectateurs l’envie d’y retourner. Un scénariste un peu plus « connaisseur » que les autres a dû avoir cette idée lumineuse au bout de quelques minutes d’intense réflexion : « Et si on parlait du prolapsus ? » a-t-il probablement lancé à la cantonade avec un sourire en coin. Silence dans la salle. Le prolapsus ? Personne ne sait ce que c’est. L’histoire ne dit pas si notre scénariste amateur de viande crue les a convaincus avec une description ad hoc ou un tour sur Google Image, mais son idée a été retenue. Pour vous, pauvres innocents qui n’êtes pas au courant des ignominies récentes de l’industrie pornographique, sachez que le prolapsus n’est autre que le nom médical de la « descente d’organe ».

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Considéré longtemps et à juste titre comme un accident sur les plateaux de tournage, devant lequel les réalisateurs n’avaient d’autre choix que de stopper leurs caméras, il est devenu, par le truchement d’une logique d’inversion spectaculaire très « baudrillardienne, » un sujet de film. Autrement dit, la pornographie, dans sa quête sans fin d’images-limites capables de réinitialiser constamment l’intérêt de l’onaniste, a fait de l’accident son sujet, son nouveau fétiche. Ici, le sujet du fantasme devient littéralement un retournement : on pourrait gloser longtemps sur la qualité métaphorique de cet accident devenu évènement, le renvoyer aux thèses éclairées de Debord ou d’Agamben sur la manière dont le spectacle ne fait que mettre en scène, constamment, sa propre mise à mort – jusqu’à l’absurde. On retiendra simplement que le porno d’aujourd’hui, toujours plus sataniste, demande aux actrices de retourner littéralement leurs organes pour donner à voir leurs entrailles à un public de pervers jamais rassasiés. Et qu’Adult Material s’est saisi de cette mode abjecte dès son premier épisode pour enfoncer le clou et annoncer la couleur : la pornographie, ce n’est pas sympathique. [...]

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