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Xavier Accart : « Il semble logique que, pour trouver de nouvelles voies, il faille se ressourcer à l’origine »

Le chant grégorien a été revalorisé lors du concile Vatican II, et c’est pourtant à ce moment qu’il a failli s’éteindre. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

La constitution sur la liturgie de Vatican II affirme en effet : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. » Pourtant, son usage s’est considérablement restreint. Ce paradoxe s’explique notamment par le contexte culturel dans lequel le concile a été reçu, un contexte souvent confondu avec le concile lui-même. À cela s’ajoute l’idée, exprimée par Paul VI, d’un sacrifice douloureux du latin dans la liturgie pour favoriser la participation des fidèles. « Nous perdons ainsi en grande partie cette admirable et incomparable richesse artistique et spirituelle qu’est le chant grégorien », expliquait le Saint-Père le 26 novembre 1969, en présentant la nouvelle forme du rite romain.…

Haugerud : le nouveau trafic amoureux

Et sinon, comment va la Norvège ? Pas Et sinon, comment va la Norvège ? Pas évident de savoir à quoi s’en tenir avec ce pays souvent engoncé dans ses stéréotypes contradictoires  – du black metal à la soi-disant américanisation des esprits, celle qu’on prête volontiers à tous ces protestants nordiques histoire de ne pas se poser trop de questions sur leur identité. Il faut dire que la Norvège est un pays récent – son indépendance est obtenue en1905 – longtemps resté à l’ombre de la Suède, brutalement émancipé par ses puits de pétrole offshore, avec une histoire qu’on réduit souvent à ses vikings et à ses pécheurs, faute de mieux.

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Heureusement, le cinéma norvégien récent va à rebours de cette histoire édifiante. Joachim Trier, réalisateur de Oslo, 31 août, remake bouleversant du Feu Follet, avait déjà donné le « la » d’un cinéma novateur capable de provoquer l’émotion sans verser dans le pathos, d’expérimenter sans donner de leçons.…

Pierre Jourde : phénoménal
Nous sommes au crépuscule du XIXe siècle, période fétiche de Pierre Jourde, où l’Europe en passe de basculer dans la modernité d’acier du XXe se noie dans un trouble nostalgique, hallucinogène et fantasmatique ; où les formes artistiques comme les alternatives spirituelles se multiplient dans une espèce de panique sourde. Pourquoi Jourde nous y ramène-t-il, hormis en raison de sa passion propre, laquelle serait déjà suffisante ? Sans doute parce que cette période de crise morale traversant un continent tout-puissant résonne curieusement avec notre période de crise morale baignant un continent en faillite. Le roman s’y développe donc, par deux voix alternées et trois personnages principaux : un clown tragique, voire sanglant, Alastair ; une muse active, Thalia ; un psychiatre esthète, Charles, le seul à ne pas s’exprimer directement. Celui-ci vit un amour fusionnel, mystique, absolu avec Thalia, son ancienne patiente et sœur d’Alastair, lequel a perdu la mémoire, mais la retrouve par flashs et cherche sa sœur, se livrant sur son passé de clown au physique fascinant en racontant notamment comment sa troupe familiale a profité de la grande vogue des cirques anglais. [...]
Pierre Joncquez : « Le christianisme est peut-être au stade zombie mais il continue d’agiter un panache de ralliement qui a pour nom l’Amour »

Comment avez-vous eu la révélation de ces trames bibliques dissimulées dans les superproductions ?

C’est d’abord le Terminator de 1984 qui a attiré mon attention, avec cette histoire de Sarah Connor, l’héroïne du film, à qui est annoncé qu’elle va mettre au monde un enfant et que cet enfant sera le sauveur du monde. En poussant l’observation du récit et des images, on se rend compte que Sarah Connor est une transposition technofuturiste mais tout à fait fidèle de la Vierge Marie, à commencer par cette scène d’Annonciation. La transposition reste cohérente dans de nombreux détails de l’histoire et des personnages.

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Quel est le film dont l’arrière-plan biblique vous a le plus surpris quand vous l’avez découvert ?

Un jour sans fin est un véritable miracle. C’est une réflexion d’une intelligence prodigieuse sur le Salut et la quête du paradis.…

Alain Finkielkraut, Éric Naulleau et Patrice Jean : la mort du livre est-elle inévitable ?
La reine littérature a fait la France. La France se défait-elle sans elle aujourd'hui ?

Alain Finkielkraut : En 1928, le grand philologue allemand Ernst-Robert Curtius écrivait, dans son Essai sur la France : « La littérature joue un rôle capital dans la conscience que la France prend d'elle-même et de sa civilisation. Aucune autre nation ne lui accorde une place comparable. Il n'y a qu'en France où la nation entière considère la littérature comme l'expression représentative de ses destinées. » Moins d’un siècle plus tard, en 2017, Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République, affirmait : « Il n'y a pas de culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. » La France est devenue un pur réceptacle et la littérature a été noyée, avec la bénédiction de ses dirigeants, dans la diversité des pratiques culturelles. [...]
Éditorial culture de Romaric Sangars : Tautologies & miracles

Il m’arrivait naguère de visionner quelques épisodes de téléréalité lorsque ce genre-poubelle initiait un nouveau concept pour voir jusqu’où pouvait se vider la vacuité. Je restais fasciné quelques heures, et puis je passai un cap de lassitude, redécouvrant à chaque fois avec le même étonnement blasé combien le néant, passée la première impression de vertige, est ennuyeux. Je ne prétends pas n’avoir que des loisirs haut-de-gamme, loin de là, mais quitte à se vider la tête, je préfère descendre une bouteille de vin d’Anjou en admirant la pluie couler sur les vitres que de m’abuser devant de tels spectacles. Ces visionnages ne furent pas complètement stériles puisque je retins cette déclaration d’une candidate qui répondait, à la question de son avenir, qu’elle verrait, une fois rendue célèbre, ce qu’elle choisirait comme carrière entre actrice ou chanteuse. Cette inversion totale de l’ordre des choses selon laquelle ce n’était plus un talent particulier qui attirait la célébrité, mais la célébrité autonomisée, acquise comme un chèque vierge, qui permettait de choisir le talent qu’on serait ensuite obligé de nous prêter pour justifier le fait qu’on nous adule, m’avait paru promise à un grand avenir.…

François-Henri Désérable ou l’élégance du vagabond

On pourrait se gausser d’un titre trop romantique pour un récit de voyage – Chagrin d’un chant inachevé, un vers de Neruda en bandoulière. Pourtant, dès l’amorce, Désérable nous convainc : il y a ici rude lumière, audace et mélancolie réunies. Son périple sud américain n’est pas un simple itinéraire – mais un lieu philosophique où la poésie tient lieu d’instrument, et où la liberté se mesure à l’aune du sac de voyage, et non des meubles bon marché.

Sous sa plume, le souvenir du Che Guevara n’est plus hagiographie, mais écran de projection : ni apologie ni traité politique sérieux, juste un moyen de renaître hors du rang. Sa posture critique porte surtout sur lui-même, sur l’« insuffisance des mots », sur l’insupportable beauté – comme s’il fallait préférer un paysage vécu à un livre écrit sur ce même paysage.

La langue, d’une élégance trempée, résiste au lyrisme panthéiste : un ton sobre de poésie vraie, qui entend mettre un terme à « l’extase panthéiste dont regorge la littérature de voyage ».…

Opéra : Borras, un ténor pour Monte-Carlo

La prospérité de Monte-Carlo doit beaucoup à son casino. Mais pour retenir les joueurs, encore faut-il savoir consoler leurs pertes. À deux pas des tables, surgit donc, à la Belle Époque, un Opéra Garnier en miniature. Très vite, il s’impose comme un haut lieu de la vie lyrique. Aux grands classiques s’ajoutent pas moins de quatre-vingts nouvelles œuvres – opéras, opérettes, ballets. Massenet y crée sept partitions, dont Le Jongleur de Notre-Dame et Don Quichotte. À la tête de cette aventure : Raoul Gunsbourg, compositeur et impresario infatigable, qui dirigera la maison pendant près de soixante ans. Un héritage précieux que célèbre aujourd’hui le ténor Jean-François Borras dans son premier récital discographique. Au sommet d’une carrière longue et prestigieuse, ce digne héritier de Kraus, Vanzo ou Thill livre un hommage incontournable au chant français. Werther, Des Grieux, Don José : ses rôles fétiches renaissent ici avec une fraîcheur vocale presque miraculeuse – timbre clair et envoûtant, émission souple, diction souveraine.…

L’Incorrect

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