
Culture


Les boomers sont en deuil. Le « rock de papa » vient de prendre un coup dans l’aile avec la disparition de Rick Davies, fondateur du groupe britannique Supertramp, fer de lance de cet espère de musique progressive typiquement britannique, et dont l’efflorescence tout au long des années 70 et 80 ne nous aura laissé qu’un souvenir suspect, presque embarrassé. Souvenir de longs trajets en voitures, pendant les périodes estivales, parasités par ces chansons douce amères, ces chœurs légèrement trop enjoués pour ne pas cacher autre chose – un mystère insoluble comme seule la pop peut en fabriquer, un secret à trouver peut-être dans ces constructions harmoniques complexes au synthé, discrètement mixées, trop chiadées pour être honnêtes et qui laissaient la part belle à des guitares expressionnistes, ouvertement rock. C’était quoi, Supertramp, au juste, à part la bande-son qui faisait bailler les gosses trop nerveux des années 90 à l’arrière du break familial ?…

Beaucoup de romans sur la figure paternelle sont des règlements de compte. Chez vous, non…
Plainte, complainte, rancœur : oui, une littérature du ressentiment et de la lamentation prolifère. Pour ma part, je n’ai pas été violé, battu, discriminé. Ma famille et mon existence étant d’une banalité confondante, j’imagine d’autres vies que la mienne, même s’il y a toujours des choses vues ou vécues, des sentiments, des expériences d’inspiration plus ou moins autobiographiques. Comme un père est un pur roman, et cette figure paternelle qui surgit dans la vie de son fils plus de vingt ans après l’avoir abandonné sert de révélateur. Au début, cet homme, Patrick Berthet, apparaît comme un malotru, un fanfaron, un parasite, un beauf. Puis, le portrait se nuance, s’enrichit, s’affine. Plus largement, c’est un roman sur les préjugés, les apparences, les idées reçues, les jugements hâtifs.
Aviez-vous déjà écrit sur ces thèmes du secret de famille et du rapport au père ?…


LA COLLISION, Paul Gasnier, Gallimard, 176 p., 19 €
Troisième chroniqueur de Quotidien à prétendre, cette année, à la littérature (avec le soutien opportuniste des grandes maisons), Paul Gasnier nous livre un récit aussi scolaire que platement écrit, simple déclinaison de l’émission de Yann Barthès : une petite enquête en vue de faire reluire sa vertu morale sur le dos des « fachos ». Sauf qu’ici, le sujet est plus intime et plus grave : le fait divers évoqué implique la mort de la propre mère de l’auteur. Se rendant à vélo à son nouveau centre de yoga, la sympathique bobo gentrificatrice se fait percuter par un jeune délinquant maghrébin braquant la roue avant de sa moto dans une rue appropriée par sa bande. Ç’aurait pu être une fable satirique, si ce n’était si tragique. Pourquoi Gasnier, qui en aurait eu le prétexte, n’est pas tombé dans l’exaspération populiste qui ne trouve, à ses yeux, aucune excuse, au contraire de la sauvagerie indolente du meurtrier de sa mère ?…

Plagiaire abject
IDOLS, Yungblud, Capitol Records, CD 18€
Le mois dernier, j’exprimais mon dégoût d’entendre partout les détestables dernières chansons de Damiano David : il faut croire que rien ne s’arrange jamais, me trouvant désormais face à Yungblud qui présente ses abdominaux autant que ses fatigantes nouvelles chansons. Pour couronner le tout, il faut se farcir les « Il est adorable et proche de ses fans » de la part d’idiots aux oreilles infectées par on ne sait quelle foutue maladie audio-cérébrale. Écoutez une chanson comme « Zombie » pour vous rendre compte de l’abomination : c’est un peu comme si le chat de Richard Ashcroft (vous savez, « Bittersweet Symphony », tout ça) s’était mis à imiter son maître avec un cancer de la gorge. Tout ou presque est inaudible, et quand ça n’est pas le cas, c’est d’une répugnante fadeur. Même lorsqu’il vole à Placebo (« The Greatest Parade ») ou honteusement au Parklife de Blur (« Lovesick Lullaby »), c’est en éboueur musical.…

Le chant grégorien a été revalorisé lors du concile Vatican II, et c’est pourtant à ce moment qu’il a failli s’éteindre. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
La constitution sur la liturgie de Vatican II affirme en effet : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. » Pourtant, son usage s’est considérablement restreint. Ce paradoxe s’explique notamment par le contexte culturel dans lequel le concile a été reçu, un contexte souvent confondu avec le concile lui-même. À cela s’ajoute l’idée, exprimée par Paul VI, d’un sacrifice douloureux du latin dans la liturgie pour favoriser la participation des fidèles. « Nous perdons ainsi en grande partie cette admirable et incomparable richesse artistique et spirituelle qu’est le chant grégorien », expliquait le Saint-Père le 26 novembre 1969, en présentant la nouvelle forme du rite romain.…

Et sinon, comment va la Norvège ? Pas Et sinon, comment va la Norvège ? Pas évident de savoir à quoi s’en tenir avec ce pays souvent engoncé dans ses stéréotypes contradictoires – du black metal à la soi-disant américanisation des esprits, celle qu’on prête volontiers à tous ces protestants nordiques histoire de ne pas se poser trop de questions sur leur identité. Il faut dire que la Norvège est un pays récent – son indépendance est obtenue en1905 – longtemps resté à l’ombre de la Suède, brutalement émancipé par ses puits de pétrole offshore, avec une histoire qu’on réduit souvent à ses vikings et à ses pécheurs, faute de mieux.
Lire aussi : Cinéma : et sinon, comment va l’amour ?
Heureusement, le cinéma norvégien récent va à rebours de cette histoire édifiante. Joachim Trier, réalisateur de Oslo, 31 août, remake bouleversant du Feu Follet, avait déjà donné le « la » d’un cinéma novateur capable de provoquer l’émotion sans verser dans le pathos, d’expérimenter sans donner de leçons.…
L’Incorrect
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