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« Connemara » d’Alex Lutz : les vestiges du passé
Connemara, le troisième et meilleur film d’Alex Lutz, laisse dans un premier temps une curieuse impression de déjà-vu. L’héroïne en burn-out qui retourne dans son village natal et tombe inopinément sur la bombe du lycée avec qui une idylle va se nouer rappelle plus qu’un peu la comédie musicale M6 choupinette, Partir un jour. Le fantasme adolescent qui traverse les années est d’ailleurs interprété par Bastien Bouillon dans les deux films, mécano là-bas, hockeyeur sur le retour ici. On n’accusera pas Lutz d’être à la traine d’Amélie Bonnin, puisque le roman de Nicolas Mathieu qu’il adapte date de 2022. On suppute que l’air du temps est à ces régressions : « Et si… ? », où le Paris cruel des consultantes cède heureusement la place au berceau remémoré des sous-préfectures, voire plus petit si affinités. On mentirait en n’avouant pas que ce sociétal-pantoufle étend un peu trop les trente dernières minutes de Connemara, soit l’affrontement de deux modes de vie lors du mariage-climax. [...]
Mort de Rick Davies, fondateur de Supertramp : adieu au vagabond

Les boomers sont en deuil. Le « rock de papa » vient de prendre un coup dans l’aile avec la disparition de Rick Davies, fondateur du groupe britannique Supertramp, fer de lance de cet espère de musique progressive typiquement britannique, et dont l’efflorescence tout au long des années 70 et 80 ne nous aura laissé qu’un souvenir suspect, presque embarrassé. Souvenir de longs trajets en voitures, pendant les périodes estivales, parasités par ces chansons douce amères, ces chœurs légèrement trop enjoués pour ne pas cacher autre chose – un mystère insoluble comme seule la pop peut en fabriquer, un secret à trouver peut-être dans ces constructions harmoniques complexes au synthé, discrètement mixées, trop chiadées pour être honnêtes et qui laissaient la part belle à des guitares expressionnistes, ouvertement rock. C’était quoi, Supertramp, au juste, à part la bande-son qui faisait bailler les gosses trop nerveux des années 90 à l’arrière du break familial ?…

Christian Authier : une comédie italienne à Toulouse

Beaucoup de romans sur la figure paternelle sont des règlements de compte. Chez vous, non…

Plainte, complainte, rancœur : oui, une littérature du ressentiment et de la lamentation prolifère. Pour ma part, je n’ai pas été violé, battu, discriminé. Ma famille et mon existence étant d’une banalité confondante, j’imagine d’autres vies que la mienne, même s’il y a toujours des choses vues ou vécues, des sentiments, des expériences d’inspiration plus ou moins autobiographiques. Comme un père est un pur roman, et cette figure paternelle qui surgit dans la vie de son fils plus de vingt ans après l’avoir abandonné sert de révélateur. Au début, cet homme, Patrick Berthet, apparaît comme un malotru, un fanfaron, un parasite, un beauf. Puis, le portrait se nuance, s’enrichit, s’affine. Plus largement, c’est un roman sur les préjugés, les apparences, les idées reçues, les jugements hâtifs.

Aviez-vous déjà écrit sur ces thèmes du secret de famille et du rapport au père ?…

Emmanuel Carrère : diaporama en demi-teinte
Il semble que la moitié des romans français de la rentrée soient des romans autobiographiques ou familiaux, dont beaucoup de portraits de père ou de mère ; impression renforcée peut-être par le fait que c’est le cas de l’un des livres les plus attendus, Kolkhoze d’Emmanuel Carrère, consacré à sa famille, plus particulièrement à sa mère Hélène Carrère d’Encausse, décédée en août 2023, et finalement à lui-même. La première moitié, bizarrement, sombre dans l’écueil ultime du genre, l’équivalent littéraire de la soirée diapo : Carrère déballe son arbre généalogique depuis le XIXe siècle, « mon arrière-grand-père Ivane, qu’on surnomme Vano », etc. C’est probablement passionnant quand on appartient à la famille Carrère/Zourabichvili mais pour le reste du monde, c’est assommant, quel que soit le brio de l’auteur. Ceux qui n’auront pas décroché – ça dure 250 pages – seront récompensés dans la seconde moitié où Carrère ne parle plus de ses ancêtres, mais de lui. [...]
Contre le Goncourt à Gasnier ou Appanah

LA COLLISION, Paul Gasnier, Gallimard, 176 p., 19 €

Troisième chroniqueur de Quotidien à prétendre, cette année, à la littérature (avec le soutien opportuniste des grandes maisons), Paul Gasnier nous livre un récit aussi scolaire que platement écrit, simple déclinaison de l’émission de Yann Barthès : une petite enquête en vue de faire reluire sa vertu morale sur le dos des « fachos ». Sauf qu’ici, le sujet est plus intime et plus grave : le fait divers évoqué implique la mort de la propre mère de l’auteur. Se rendant à vélo à son nouveau centre de yoga, la sympathique bobo gentrificatrice se fait percuter par un jeune délinquant maghrébin braquant la roue avant de sa moto dans une rue appropriée par sa bande. Ç’aurait pu être une fable satirique, si ce n’était si tragique. Pourquoi Gasnier, qui en aurait eu le prétexte, n’est pas tombé dans l’exaspération populiste qui ne trouve, à ses yeux, aucune excuse, au contraire de la sauvagerie indolente du meurtrier de sa mère ?…

© DR
Sorties musique : critiques du meilleur et du pire

Plagiaire abject

IDOLS, Yungblud, Capitol Records, CD 18€

Le mois dernier, j’exprimais mon dégoût d’entendre partout les détestables dernières chansons de Damiano David : il faut croire que rien ne s’arrange jamais, me trouvant désormais face à Yungblud qui présente ses abdominaux autant que ses fatigantes nouvelles chansons. Pour couronner le tout, il faut se farcir les « Il est adorable et proche de ses fans » de la part d’idiots aux oreilles infectées par on ne sait quelle foutue maladie audio-cérébrale. Écoutez une chanson comme « Zombie » pour vous rendre compte de l’abomination : c’est un peu comme si le chat de Richard Ashcroft (vous savez, « Bittersweet Symphony », tout ça) s’était mis à imiter son maître avec un cancer de la gorge. Tout ou presque est inaudible, et quand ça n’est pas le cas, c’est d’une répugnante fadeur. Même lorsqu’il vole à Placebo (« The Greatest Parade ») ou honteusement au Parklife de Blur (« Lovesick Lullaby »), c’est en éboueur musical.…

Xavier Accart : « Il semble logique que, pour trouver de nouvelles voies, il faille se ressourcer à l’origine »

Le chant grégorien a été revalorisé lors du concile Vatican II, et c’est pourtant à ce moment qu’il a failli s’éteindre. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

La constitution sur la liturgie de Vatican II affirme en effet : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. » Pourtant, son usage s’est considérablement restreint. Ce paradoxe s’explique notamment par le contexte culturel dans lequel le concile a été reçu, un contexte souvent confondu avec le concile lui-même. À cela s’ajoute l’idée, exprimée par Paul VI, d’un sacrifice douloureux du latin dans la liturgie pour favoriser la participation des fidèles. « Nous perdons ainsi en grande partie cette admirable et incomparable richesse artistique et spirituelle qu’est le chant grégorien », expliquait le Saint-Père le 26 novembre 1969, en présentant la nouvelle forme du rite romain.…

Haugerud : le nouveau trafic amoureux

Et sinon, comment va la Norvège ? Pas Et sinon, comment va la Norvège ? Pas évident de savoir à quoi s’en tenir avec ce pays souvent engoncé dans ses stéréotypes contradictoires  – du black metal à la soi-disant américanisation des esprits, celle qu’on prête volontiers à tous ces protestants nordiques histoire de ne pas se poser trop de questions sur leur identité. Il faut dire que la Norvège est un pays récent – son indépendance est obtenue en1905 – longtemps resté à l’ombre de la Suède, brutalement émancipé par ses puits de pétrole offshore, avec une histoire qu’on réduit souvent à ses vikings et à ses pécheurs, faute de mieux.

Lire aussi : Cinéma : et sinon, comment va l’amour ?

Heureusement, le cinéma norvégien récent va à rebours de cette histoire édifiante. Joachim Trier, réalisateur de Oslo, 31 août, remake bouleversant du Feu Follet, avait déjà donné le « la » d’un cinéma novateur capable de provoquer l’émotion sans verser dans le pathos, d’expérimenter sans donner de leçons.…

L’Incorrect

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