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Les imbéciles et les robots
La France contre les robots de Bernanos comme le Contr’un de La Boétie ont été écrits pour alerter les hommes sur le plus grand danger qui les guette : la soumission. Bernanos nous montre que la tyrannie est désormais exercée non par un homme mais par une idéologie technique dont nous devenons toujours plus complices. L’ennemi qui vient, ce n’est pas seulement le robot, mais celui que nous laissons croître en nous. Ecrit en 1944 au Brésil où Bernanos est en exil – sous la forme d’une allocution offerte au Comité central de la France libre – ce texte d’une centaine de pages fut publié en 1947. Il avait d’abord pensé l’intituler « Hymne à la Liberté », mais il sonne davantage comme une « proclamation aux imbéciles ». « L’imbécile », chez Bernanos, c’est la figure de l’homme moderne, livré aux loups de la spéculation et du profit, auquel il s’adresse fraternellement, en chrétien. En 1944, les vainqueurs se disputent déjà le « futur empire économique universel ». Ennemi du nazisme et du fascisme, Bernanos renvoie dos à dos la Russie, l’Angleterre et les États-Unis, car « les régimes jadis opposés par l’idéologie sont maintenant étroitement unis par la technique ». Il convient donc d’être révolutionnaire, de manière « absolue » (et il renvoie au moment du Peuple, en 1789), non pas dans le sens d’une révolution dirigée, comme on dit de « l’Économie dirigée », ou aujourd’hui cette « révolution numérique » ou encore cette « révolution verte » qui est à la fois le contraire de l’écologie et le contraire de la révolution, car elles participent toujours d’un même système.
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Drieu et d’Annunzio : deux dandys dans l’Europe en feu
Pierre Drieu la Rochelle et Gabriele D’Annunzio, d’une génération à la suivante, d’un côté des Alpes à l’autre, ces deux grands écrivains ressurgissent aujourd’hui grâce à deux merveilleux biographes: Julien Hervier et Maurizio Serra. Nous les avons réunis dans l’appartement du premier pour évoquer ces deux dandies qui voulurent mêler l’encre et le sang pour le meilleur, pour le pire, et pour la plus grande gloire des lettres européennes. D’Annunzio est-il un Barrès italien ? Maurizio Serra : En tant que « prince de la jeunesse », oui. La jeunesse reste d’ailleurs son obsession jusqu’à la fin. Mais il reste sur des positions plus sulfureuses, me semble-t-il, que Barrès, il demeure éternellement rebelle. A-t-il influencé les écrivains français du début du siècle dernier ? M.S.: S’il y a un côté baroque et rutilant chez D’Annunzio, il y a aussi un sens de la vitesse, de l’incise, et L’Enfant de volupté et Le Feu ont été marquants pour des écrivains comme Morand ou Montherlant – ce dernier étant le seul qui lui soit resté fidèle. Julien Hervier: Drieu parle « des prosopopées musculaires de D’Annunzio »! Il le trouve très tonitruant, mais il l’admire dans sa jeunesse, et je pense qu’il a été aussi très impressionné par le D’Annunzio soldat, homme d’aventure. L’un des principaux points communs entre eux, c’est qu’ils sont tous deux disciples de Nietzsche… M.S.: Nietzsche, que D’Annunzio lisait dans les traductions françaises, a eu une très grande influence sur lui. Mais sa connaissance restait sommaire, parce que D’Annunzio n’a jamais été un érudit, plutôt un touche-à-tout de génie. Cependant, il se sépare de ses deux grandes influences allemandes avant la Grande Guerre, quand il estime (…) A lire dans le nouveau numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
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Sébastien Lapaque : Brésil, terre promise
Les éditions Les Provinciales rééditent Georges Bernanos encore une fois, le premier livre de Sébastien Lapaque, paru en 1998. Depuis cette date, il a poursuivi ses recherches à travers des articles, des préfaces, l’édition de témoignages (Mon vieil ami Bernanos de Paulus Gordan, Cerf, 2002) et une enquête en Amérique du Sud (Sous le soleil de l’exil, Georges Bernanos au Brésil, Grasset, 2003). Les dix textes publiés en annexe de la nouvelle édition de Georges Bernanos encore une fois restituent vingt ans de travaux en éclairant notamment la découverte par l’écrivain de l’existence juive. Selon vous, les pages sur la « conquête juive » de La Grande Peur des bien-pensants que l’on continue de reprocher à Georges Bernanos relèvent-elles de l’antisémitisme d’État prôné par Charles Maurras ou du vieil antijudaïsme chrétien ? Ni l’un ni l’autre. Chez Bernanos, le préjugé antisémite ne procède ni d’un système positiviste à la sèche intellectualité, comme chez Maurras, ni d’une focalisation sur le « peuple déicide », comme l’ont fait certains Pères de l’Église. J’emploie à dessein le mot « préjugé », en l’opposant à celui de doctrine. Dans Céline, la race, le juif (Fayard, 2 017), Pierre-André Taguieff a montré qu’on ne pouvait parler d’antisémitisme que lorsque l’on avait affaire à une vision du monde complète dans laquelle les juifs diabolisés étaient responsables de tous les maux de la terre, généralement par le moyen d’une grande conspiration dont le Protocole des sages de Sion a fourni le modèle. On est loin de cela dans La Grande Peur de bien-pensants. (...) Lire la suite en s'abonnant au magazine L'Incorrect
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Christophe Charbonnel : sculpteur du miracle
Depuis une vingtaine d’années, le sculpteur Christophe Charbonnel donne forme aux grandes figures de notre imaginaire, du Christ glorifié à des études de Thésée. Cet élève de Philippe Seenée exploite aujourd’hui le potentiel des mythes celtiques. Rencontre. Lorsqu’il nous reçoit dans son atelier, Christophe Charbonnel recherche les tensions de la matière, parcourant de ses mains la surface tantôt lisse et presque fluide, et tantôt rugueuse, constituée de plaques discontinues, de la tête de divinité sur laquelle il s’affaire. Casquée et surmontée de cornes noueuses, elle est sculptée de métal par ajouts successifs: une technique récente pour l’artiste, qui souhaite ainsi se confronter d’une manière nouvelle à la matière, expérimenter sa résistance et la pression qu’il peut exercer sur elle pour lui donner une forme. La face est solennelle, aussi nettement marquée par l’ordonnancement des parties que l’arrière de la statue s’avère au contraire irrégulier, où les plaques soudées sont visibles. Il y a là quelque chose d’une sculpture d’avant-garde telle (…) A découvrir dans le nouveau numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
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Jersey Affair : trouble dans la bête
À la fois thriller, mélodrame et fantastique, le premier film de Michael Pearce détone par sa beauté et sa noirceur. Une déflagration à retardement qu’on devine foudroyante mais dont on ignore la destination
Carpenter brut de décoffrage
Cocorico! Une fois encore, la France est à la pointe de l’innovation en matière de musique électronique. Décryptage de la « synthwave », un genre sombre, nostalgique, et pourtant résolument moderne. C’est une vérité désormais généralement admise : en matière de musique électronique, la France est un splendide incubateur de talents. Si le rock’n’roll hexagonal peine à trouver son public en dehors de nos frontières, cela fait bien longtemps que le monde nous envie nos artistes électroniques. Nul besoin de citer Air, Phoenix, Justice ou Daft Punk, leurs noms résonnent à toutes les oreilles (on oubliera cependant David Guetta, en espérant qu’un jour le monde puisse nous pardonner son existence). Or, c’est aujourd’hui avec la synthwave que la France frappe fort. Si le genre a débuté avec Teenage Color, de College, c’est la bande-son de Drive, emmenée par Kavinsky, qui donne le point de départ du mouvement. Perturbator, de son vrai nom James Kent, dévoile une musique ciselée, sombre et tranchante comme la lame d’un couteau plantée dans un abdomen lors d’une nuit sans lune, tandis que Carpenter Brut déploie (…) A découvrir dans le nouveau numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
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