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Oh ! Je voudrais tant que tu te souviennes

Il y a des livres comme des chansons d’amour, et Thomas Morales entre en scène avec Monsieur Nostalgie comme Yves Montand plane sur les planches de l’Olympia pour entamer en un murmure, Oh, je voudrais tant que tu te souviennes… Nous peinons d’abord à nous souvenir de ces jours heureux où, en ce temps-là, la vie était plus belle grâce à l’audace d’un Belmondo bronzé, ou à Romy près de la piscine sous un soleil plus brûlant qu’aujourd’hui. Les feuilles mortes ont été ramassées à la pelle depuis, pourtant l’auteur est là pour nous dire « Tu vois, je n’ai pas oublié » ; sur fond de Michel Legrand, Francis Lai ou Philippe Sarde, les pages de son livre se feuillettent doucement, car nos âmes encore patriotes sont excédées par l’instantanéité de notre époque. Lorsqu’on a refermé la couverture de son passé et que l’on a conjuré la nuit froide de l’oubli, on a le cœur tout plein d’un temps et d’un pays que l’on croyait presque perdus.…

Pour Sylvain Tesson, au nom de l’imprescriptible liberté de parole et de pensée

Ainsi les signataires d’une pétition publiée par le quotidien « Libération » de ce 18 janvier 2024, et regroupant un collectif de « plus de 1.200 poétesses, poètes, éditrices et éditeurs, libraires, actrices et acteurs de la scène culturelle française » comme le précise son chapeau, ont-ils la triste ambition de « refuser la nomination de Sylvain Tesson », au prétendu motif qu’il serait « une icône réactionnaire » y est-il encore spécifié textuellement, comme « parrain du Printemps des Poètes 2024 ».

Oui, c’est bien ce journal que fonda autrefois, en 1973, un philosophe de la trempe de Jean-Paul Sartre, aux côtés de quelques autres intellectuels attachés eux aussi à l’imprescriptible liberté d’expression, qui ne craint pas de s’en prendre ainsi directement, ces jours-ci, à l’un des écrivains français les plus doués de sa génération, sinon de la littérature moderne et contemporaine en son ensemble : Sylvain Tesson donc, insigne auteur, parmi bien d’autres chefs d’œuvre poético-littéraires, de La Panthère des neiges, récit majeur, publié il n’y a guère si longtemps, en 2019, aux prestigieuses Editions Gallimard, dans la non moins réputée collection « Blanche », et qui, entre autres distinctions et titres honorifiques, fut le très méritoire lauréat, la même année, du prix Renaudot !…

Matthieu Falcone : « Je ne veux pas un roi juste pour l’image »

Après deux romans très situés, l’un à Paris, l’autre dans la campagne, pourquoi avez-vous voulu faire autant circuler le lecteur de part et d’autre du pays ?

Je voulais créer des personnages aux quatre coins du pays afin de pouvoir évoquer les paysages français sans être fixé sur une région précise. C’est un aspect des romans de Maurice Dantec que j’aime : ses personnages traversent de vastes pays entiers au volant de leurs voitures. Je trouve que ça manque dans les romans français contemporains où les espaces sont souvent cloisonnés. J’aime toutes les dimensions, toutes les particularités et toutes les géographies de la France, et j’avais envie de faire ressortir ces reliefs qui n’ont pas été abolis par la mondialisation. Je voulais aussi évoquer Marseille. La Provence, la Méditerranée, c’est terriblement beau, et c’est aussi par là que beaucoup de problèmes contemporains nous arrivent : drogue, immigration massive, violence… Je voulais faire un panorama de ce qu’il se passe aujourd’hui en France.…

[Cinéma] Les chambres rouges : pulsions de mort

Pendant longtemps les chambres rouges, ces snuffs movies contrôlés à distance à coups de bitcoins par des internautes pervers ont relevé de la légende urbaine. Malheureusement, elles sont désormais une réalité avérée par plusieurs faits divers insoutenables. Le réalisateur québécois Pascal Plante s’en empare avec une certaine audace, à travers le portrait glaçant d’une jeune femme de son temps, Kelly-Anne ( Juliette Gariepy, impénétrable et parfaite).

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À la fois mannequin et joueuse de poker en ligne, cette beauté solitaire et ultra-connectée voue une secrète admiration à un serial killer jugé pour avoir massacré plusieurs fillettes dans une red room. Toute l’intelligence du film consiste à maintenir le suspense jusqu’à la fin quant aux intentions réelles de son héroïne. Mais aussi à dépeindre une capitale québécoise inhumaine, résumée à ses écrans et à ses surfaces, tout en naviguant avec souplesse entre les genres : film de procès, drame intime et satire sociale implacable.…

[Cinéma] Animal : désagréable et réussi

Comment va la Grèce? Forcément pas très bien, depuis son viol foncier par les profiteurs de dette. La réalisatrice Sofia Exarchou se défend très bien niveau blues national. Comme sur son précédent métrage, elle s’intéresse aux petites gens, aux laissés pour compte. Ici, les danseurs d’un grand hôtel un peu miteux, sur une île touristique dont on ne connaîtra pas le nom. Quelque part entre Les Bronzés, pour l’ambiance saisonnière désespérée, et Looking for Mr Goodbar pour le portrait de femme déglacé à la morosité ambiante.

Lire aussi : [Cinéma] Le voyage en pyjama : séducteur malgré lui

L’actrice Dimitra Vlagkopoulou campe une trentenaire sans repère, ballotée par ses désirs dans une ambiance de clubbing poisseuse. Pas de scène de jour ou presque : la nuit semble éternelle sur ces îles défigurées par le tourisme et où l’Europe entière vient chercher de l’exotisme à bas coût. La danse, bien loin de figurer un espace d’expression, semble au contraire enfermer les corps dans une sorte de cauchemar mou.…

[Cinéma] Le voyage en pyjama : séducteur malgré lui

On raconte qu’Alain Resnais voyageait toujours avec sa théière et son oreiller. Pour rester chez soi tout en étant ailleurs en même temps. Pascal Thomas choisit Le Voyage en pyjama, et nous offre un délicieux film-somme qui additionne les obsessions d’un vétéran discret du cinéma français. Un homme découvrant l’infidélité de son épouse prend la tangente et se laisse aller au gré des rencontres, à bicyclette, en péniche, à scooter. Les mobilités douces chères à Anne Hidalgo impulsent au film un rythme de croisière qui n’oublie pas les à-coups.

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Celles qu’on n’a pas eues se confondent avec celles qu’on aura peut-être, le futur n’étant qu’une autre configuration du passé. L’amusant procès du séducteur malgré lui – hommage à La Cité des femmes de Fellini – se joue du féminisme à gros sabots qui triomphe partout aujourd’hui.…

[Cinéma] Stella, une vie allemande : moi, Stella G., juive et collabo

C’est un sujet méconnu et plutôt casse-gueule : la collaboration de juifs allemands au régime nazi. En 1942, Stella Goldschlag a participé activement à la déportation d’une centaine de juifs en les racolant dans la rue avec le soutien de gestapistes en civil. Après onze ans sous les barreaux en URSS et un procès tardif, elle sera laissée en liberté jusqu’à son suicide en 1994, à 72 ans. Une histoire éprouvante à laquelle le réalisateur Kilian Riedhof a le mérite de se colleter.

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Si le film ne vaut rien d’un point de vue artistique (une reconstitution appliquée et dénuée de toute mise en scène), il a le mérite de ne pas donner de leçons, en déroulant toutes les ambiguïtés de ce destin ô combien tragique – tout en démontrant si besoin était avec quel cynisme la machine idéologique nazie a broyé toute morale et tout humanisme.…

Patrice Jean : «La littérature et l’art nous éclairent sur l’intimité ténébreuse de nos existences»

Est-ce à cause de Sartre ?

C’est trop d’honneur que d’accuser un seul homme ! Sartre a d’abord rêvé de littérature, puis, après la deuxième guerre mondiale, il a considéré que son amour de la littérature avait été une névrose dont il lui fallait guérir. Alors il s’est jeté à corps perdu dans une autre névrose : l’engagement ! Il a reproché à Flaubert de n’avoir rien dit contre l’exécution des communards. Après Sartre, tout écrivain devient responsable des infamies de son temps. C’est trop d’honneur et trop de déshonneur. Seul un grand bourgeois pouvait croire que ce qu’il pense a le pouvoir de changer le monde. Ou un idéaliste. (Il n’aurait pas aimé qu’on lui dise qu’il était un idéaliste.)

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Est-ce à cause de son pacifisme ?

Toute littérature, écrivait Cioran, est une « déclaration de guerre ». Dans l’ordre du spirituel et de l’art, le pacifisme est une absurdité.…

L’Incorrect

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