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Antoine Volodine : rêves noirs, flammes franches

47e par Antoine Volodine et plusieurs de ses hétéronymes et abrité par différents éditeurs, Vivre dans le feu est présenté comme le 22e et dernier sous le nom d’Antoine Volodine, ce qui impliquerait que nous n’aurions plus que deux livres à attendre pour que soit achevé ce grand édifice onirique et sombre qui doit comporter 49 œuvres. La numérologie représente en outre l’un des caractères du post-exotisme, comme le fait que le narrateur post-exotique, toujours « intradiégétique » (c’est-à-dire qu’il est également un personnage de la fiction) raconte un certain nombre de petites histoires pour repousser la mort ; mais en vain. Ici, Sam, dont le village vient d’être noyé de napalm, à qui il ne reste qu’une seconde avant de mourir brûlé, se dit : « plutôt que visionner le film de ma vie, cette suite apocalyptique que je connais par cœur et qui ne m’apportera aucun plaisir de découverte, autant composer un roman.

The Great Puccini : attention prodige

C’est le ténor le plus impressionnant de la jeune génération. En quelques années, Jonathan Tetelman est passé du statut de promesse à celui de vedette, se voyant convoité par les scènes les plus prestigieuses, et signant un contrat exclusif avec le label Deutsche Grammophon, qui l’a choisi pour un album consacré à Puccini.

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Une nouvelle anthologie, aussi complète que possible pour un seul CD, de ces héros, habités voire hantés par l’amour, conçus par le plus moderne, le plus populaire, le plus raffiné des compositeurs d’opéra, dont on célèbrera les cent ans de la mort en 2024. La richesse du timbre, l’éclat lumineux de l’aigu, la splendeur du legato, le mordant de la diction révèlent dans la voix de l’Américain aux origines chiliennes le modèle d’un Pavaroti, aussi bien que l’exemple plus proche d’un Kaufmann, dont Jonathan Tetelman aspire légitimement à détrôner la place de grand ténor contemporain.…

[Cinéma] Un silence : daube indigne

Il existe une catégorie de cinéastes qui lorgne avec voracité sur la rubrique des faits divers, non pour en exprimer le monstrueux et l’inaliénable à la façon d’un Claude Chabrol, mais pour surfer bassement sur les passions mauvaises de l’époque. C’est le cas de Joachim Lafosse avec son nouveau drame, Un silence, qui s’attaque à la pédophilie avec une intrigue retorse que les multiples échos ménagés par le script simplifient au lieu d’amplifier.

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Construit sur le modèle lointain de Caché – la maison observée sans relâche, l’inconscient colonial, Daniel Auteuil en coupable refoulé – le film congédie la rigueur hanekienne pour une efficacité de téléfilm avec flash-backs et rebondissements signifiants. Piégés par le scénario, les acteurs flottent (Emmanuelle Devos) ou se raidissent (Auteuil) sans exprimer une quelconque humanité. L’hypothèse suggérée que l’addiction à la pédopornographie se fait par l’usage – et que donc tout homme pourrait y succomber – est d’une dégueulasserie sans nom.…

[Cinéma] Making of : intermitents autocentrés

Auteur tout-terrain de la vulgarité ambiante, Cédric Kahn, après son « grand film politique » (l’abject Procès Goldman) enfile un gros nez rouge avec Making of, comédie de tournage aussi poilante qu’un meeting du parti socialiste. Un cinéaste dépressif avec des problèmes de couple tente d’achever un pseudo-film de Stéphane Brizé sur une lutte syndicale d’après nature, mais de méchants coproducteurs essaient de lui imposer un happy end. L’intervention d’un stagiaire idéaliste l’aidera à garder le cap.

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Avec sa file de clichés au garde-à-vous et son flou généralisé (ville sans nom, usine indéterminée), Making of ratisse large dans le prémâché. La grève n’est au fond ici que prétexte à détailler les états d’âme d’intermittents autocentrés, à l’image de l’acteur du film dans le film, méchamment inspiré de Vincent Lindon. Cette soumission du social à sa représentation flatteuse condamne l’ensemble à une douteuse innocuité, le réalisateur – Kahn lui-même ?…

[Cinéma] Scrapper : banlieue rose

La réalisatrice Charlotte Reagan a commencé comme photographe et ça se voit, avec Scrapper, elle pose sur la banlieue londonienne un regard de plasticienne, élaborant chaque plan comme une miniature acidulée – et qui correspondrait au point de vue de son héroïne, une gosse fantasque laissée à elle-même après la mort de sa mère et qui doit brusquement composer avec le retour d’un père-enfant aussi déconnecté qu’elle. Pas vraiment de surprise donc, dans ce film d’apprentissage qui brasse tous les tropes esthétiques du « film Sundance » – montage elliptique, témoignages en off des personnages secondaires, couleurs javellisées, etc. Reste une photographie chiadée (œuvre de la chef opératrice Molly Manning Walker, également réalisatrice du réussi How To have Sex) ainsi qu’une belle complicité entre les deux acteurs principaux, qui parviennent à nous faire gober leur parenté problématique et nous emmènent tant bien que mal sur les chemins sinueux de leur amour naissant.…

Paris des écrivains… des écrits, des vins

Georges Perec dans Perec/rinations (récemment réédité au Seuil, avec ses jeux pour la presse, sous le titre Jeux) mettait ses lecteurs au défi avec des itinéraires de promenades parisiennes à contraintes : sillonner le 7e arrondissement en n’empruntant que des rues en s, aller de l’avenue des Ternes à la Trinité via onze artères commençant par m, etc. Dans un genre moins compliqué, on peut faire à Paris des promenades- pèlerinages littéraires, à la recherche des lieux où ont vécu nos écrivains favoris. Si ce programme vous inspire, Gilles Schlesser vient de publier le livre ultime pour planifier vos itinéraires, et apprendre bien des choses : Le Grand carnet d’adresses de la littérature à Paris. Son principe est tellement évident qu’on se demande comment un tel ouvrage n’a pas déjà été écrit (sûrement parce qu’il y faut beaucoup de travail, d’érudition, de maniaquerie !) : arrondissement par arrondissement, rue par rue, Schlesser a répertorié les domiciles connus de plusieurs centaines d’écrivains, du XVIIe siècle (Mme de La Fayette, 50 rue de Vaugirard) à nos jours (Houellebecq et Nabe, longtemps voisins au 103 rue de la Convention), avec des anecdotes et des digressions.…

Éditorial culture de Romaric Sangars : Perspectives

L’an neuf accentue l’illusion que les choses pourraient s’améliorer par elles-mêmes, juste en raison du fil du temps, cette paresseuse superstition progressiste. Eh bien non, le seul vrai progrès est spirituel, comme le rappelle Matthieu Falcone après Charles Baudelaire, ce qui implique un éveil, un feu sans cesse attisé, un éclaircissement poursuivi; une lutte acharnée contre tout ce qui, sans cesse, conspire à nous réduire.

2024 verra sans doute encore le goût du lynchage se répandre, puisqu’il s’est déchaîné de manière croissante l’an dernier, au prétexte d’un conflit de générations. Alors que les soixante-huitards prônaient le débraillement général et la transgression particulière afin de sortir de l’étouffoir où leurs parents semblaient les avoir élevés (il faut dire que deux guerres mondiales, ça raidit), leurs petits-enfants nés en 0 traquent la moindre blague graveleuse ou provocation d’époque pour déboulonner les statues d’hier, eux qui ne supportent plus que les martyrologues à leur image (dommage qu’ils ne ressemblent à rien).…

(RE)FAIRE COMMUNAUTÉ
Détenteur d’un doctorat d’Oxford en philosophie, exsecrétaire politique de Boris Johnson et député tory depuis 2019, le parcours de Danny Kruger est impressionnant. Sans surprise, Covenant est loin des essais insipides auxquels les politiques nous ont habitués: c’est une réflexion profonde venant d’un lecteur attentif des penseurs conservateurs et postlibéraux contemporains.

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