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Les critiques littéraires de février

DE L’ALTITUDE ET DU FEU

Le jeune écrivain Simon Berger s’essaie à méditer sur un lieu à forte résonance pour servir le projet de la collection Arpenter le sacré, chez DDB, et, de retour dans son Auvergne natale, après une ouverture tonitruante sur la  cathédrale de Clermont- Ferrand, immense et noire,  en pierres de Volvic, il commence de liguer ses « Volcaniques ». Plusieurs ombres, certaines discrètes, d’autres glorieuses, d’autres encore oubliées (des ancêtres dont on a les photos de jeunesse, Didier, un professeur décisif; Pascal, Jeanne d’Arc, Max Jacob; Pierre le Vénérable) sont convoquées au fur et à mesure de pérégrinations où l’unité de lieu permet la multiplication des temps. Comme Dieu, l’Auvergne vomit les tièdes, et entre les hivers comme des déserts blancs, des étés qui martèlent la terre et la pierre de lave, ses paysages poussent à des caractères tranchés. Berger se fait lyrique, baroque, intense, panoramique; on se perd un peu dans ses aperçus et ses combinaisons, et puis soudain, il relie ces fils en relatant l’expérience de sa conversion chrétienne: « La conversion ne pourrait que dans ce syllogisme: c’est beau; ils sont morts; donc c’est vrai.…

Qui mais qui ? Green Day
J'en entends d’ici qui rigolent. Green Day, oui, Green Day. Nul besoin de pouffer. Et puis, même les plus pointus, les élitistes, les snobs accomplis, les regretteront sans doute un jour, quand Maître Gims sera notre Tino Rossi et Booba notre Johnny Rotten. Ah, c’est déjà le cas? Bon, il est vrai qu’il n’est pas non plus nécessaire de tout avaler béatement. Pas le genre de la maison, vous me direz. À mesure que Green Day est devenu un énorme groupe de stade, disons depuis une quinzaine d’années, le groupe s’est transformé en une sorte de grand cirque rock’n’roll, n’hésitant pas à reprendre du Kiss (« Rock’N’Roll All Nite »), à faire monter sur scène des jeunes gens qui ont appris à la guitare « Basket Case » (un de leurs tubes datant de 1994) dans leur chambre, à mettre en scène une version botoxée du punk rock de 1977, à ne cesser de se répéter, voire de se caricaturer, de porter des vêtements agaçants et finalement à devenir une sorte de boys band vieillissant. Bien, d’accord. Je peux moi aussi être désagréable, vous voyez.
Damien Saez : clochard céleste

Damien Saez ne meurt jamais. Idole des jeunes filles au début des années 2000, le chanteur aurait pu faire ronronner sa carrière à l’ombre des majors et s’enferrer dans une routine musicale bonne pour les radios. Il n’en est rien. Au contraire, il expérimente, délaisse le rock et se spécialise dans des albums-fleuves, désespérés et ultra- intimistes, d’une noirceur qui ferait passer Matt Elliott pour un joyeux trublion.

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Pas vraiment l’idéal pour passer sur Oüi FM. Mieux, il s’auto-marginalise, déçu par une industrie du disque qu’il estime castratrice et voleuse. Pourtant, son succès ne décroît pas et c’est sans publicité et sans médias qu’il continue de remplir les salles et de susciter autour de lui un véritable culte. L’été dernier, il propose un financement participatif pour écouter son prochain album en exclusivité. Prix de l’écoute : 100 euros. Il se donne un an pour y arriver: « En cas d’échec, l’album ne sort pas et je prends ma retraite anticipée », annonce-t-il, comme une manière d’entériner son doigt d’honneur à l’industrie, et de prouver qu’il n’a plus rien à prouver.…

L’autre touche française

En dehors de la chanson française et du rap dégueulasse, il est bien souvent difficile de trouver des artistes connus de tous dans l’actuel paysage musical français (comme on ne devrait pas dire, parce que c’est moche). Plus difficile encore est de trouver des artistes capables de s’exporter au-delà de nos frontières poreuses. Durant les trente dernières années, la musique électronique, French Touch en tête, fut le fer de lance de notre musique à l’étranger. Daft Punk pour le meilleur, David Guetta pour le pire. Pour le bien pire encore, on pense à Christine & The Queens, alias Chris, alias Redcar, alias… Ni chanson française, ni musique électronique, ni rap. On ne sait plus quoi dire (ni faire) avec Christine. Avec Phoenix, en revanche, mais aussi avec le groupe Air (tous de Versailles – voilà notre garde nationale !) l’étendard est porté avec élégance. Les Anglo-Saxons ont même offert une petite place de choix à leurs grands disques.…

Riad Sattouf : prince d’Angoulême

On aurait presque fini par l’oublier mais il y a eu un Riad Sattouf avant L’Arabe du futur (2014- 2022), son œuvre monumentale retraçant la jeunesse de l’auteur dans la Syrie d’Havez el-Assad, il était là avant de devenir « la meilleure amie et la confidente » d’une enfant née en 2007 dans Les Cahiers d’Esther (2016-), il existait avant de découvrir Vincent Lacoste et avant de réaliser Les Beaux gosses (2009) et Jacky au royaume des filles (2014).

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S’il commence à publier en 2000 Petit verglas (2000-2002), série pour laquelle il n’est que le dessinateur (plutôt malhabile), c’est avec Les Pauvres aventures de Jérémie (2003) que Sattouf sera révélé, sinon au grand public, au moins aux lecteurs de bande dessinée devenue « branchée » pour une certaine presse, grâce au travail de maisons d’éditions telles que Cornelius ou L’Association ou d’auteurs comme Joann Sfar, Blutch ou Pierre La Police.…

[Cinéma] May december : un délice subtil

Et si les festivals, avant de décerner des récompenses, servaient à dresser des passerelles impromptues entre les films ? L’année dernière à Cannes, deux des plus beaux films repartis bredouilles traitaient d’une passion interdite entre une femme adulte et un jeune adolescent, son beau-fils (L’Eté dernier, Catherine Breillat) ou un stagiaire rencontré sur son lieu de travail (May December, Todd Haynes). Ce dernier a même, curieusement, une scène en commun avec la Palme d’or infernalement fêtée partout, Anatomie d’une chute : insatisfait de l’interview que donne une proche à une solliciteuse plutôt intrusive, un familier masculin se réfugie au-dessus de la cuisine pour marquer sa désapprobation par une musique poussée à plein volume.

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Si Justine Triet enfonce le clou sur une séquence interminable qui lance l’intrigue, l’écart sonore dure à peine quelques secondes chez Haynes : c’est que le bas bruit est bien la norme de May December, subtile comédie de mœurs qui voit une actrice rendre visite au modèle de son futur rôle, une femme mariée condamnée pour avoir dévoyé un collégien avec qui elle a fait sa vie, une fois passée la case prison (les scénaristes Samy Burch et Alex Mechanik se sont clairement inspirés de l’affaire Mary Kay Letourneau qui défraya la chronique aux Etats-Unis dans les années 90).…

Les critiques musicales de novembre

Ère glaciaire

TOREM, NYTT LAND, Napalm Records, 16,90 €

À l’instar des Norvégiens de Wardruna (connus principalement pour leur participation à la BO de la série Vikings), les Russes de Nytt Land convient leurs auditeurs à une odyssée musicale au temps des anciennes peuplades nordiques. Fondé en 2013, le duo originaire de Kalatchinsk en Sibérie signe un retour fracassant grâce à un nouvel album plus que jamais placé sous le signe du grand Nord et de l’antique panthéon païen. Grâce à l’utilisation d’instruments traditionnels à cordes comme le Kantele ou le Talharpa et de techniques vocales héritées du passé comme le chant di- phonique ou de gorge, le couple formé par Anatoly et Natasha Pahalenko parvient à nous replonger dans une ère antédiluvienne adoratrice des forces de la nature. Au confluent de la dark folk et de l’ambient, la musique de Nytt Land plonge ses racines dans le folklore viking.…

Viji : chic and destroy

Les mouvements musicaux suivent bien souvent ceux des idées. Le renouveau post-punk mené par des groupes comme Shame, Idles, Fontaines D.C. ou The Murder Capital en est un exemple. Celui d’une jeunesse masculine qui traîne les pubs, sniffe de la mauvaise cocaïne la veille du marché bio, et fait enrager ses chansons à l’aide du vide que notre Occident lui offre et que son apathie empêche de dépasser. Tous sont nés au milieu des années 90 et leurs premiers albums sortis peu avant ou après le référendum du Brexit. Au même moment, une autre vague musicale – féminine cette fois – émerge à peu près à la même période (qui est également celle de l’affaire Weinstein). Elles aussi sont nées au milieu des années 90 et s’appellent Girl in Red, Clairo, Soccer Mommy, Beabadoobee, Snail Mail ou Bully. On nomme leur musique bedroom-pop pour parler de ces chansons simplement composées dans un lit avec une guitare un peu désaccordée et dont les démos sont enregistrées sur un MacBook.

L’Incorrect

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