



L’histoire du cinéma hollywoodien est si profuse et si accidentée que bon nombre de ses meilleurs artisans ont parfois été oubliés. Si le Nouvel Hollywood a effectivement créé un appel d’air vertigineux et ouvert les voies d’une fièvre créatrice sans précédent, on a tendance à mettre au rencard certains réalisateurs antérieurs à cette nouvelle ère, considérés comme de simples « faiseurs ». Grave erreur ! L’âge d’or des majors a permis à tout un tas d’artistes frondeurs et inspirés de faire leurs armes dans le cinéma de genre qui faisait florès à l’époque, à commencer par le western ou le film noir. C’est le cas de Joseph H. Lewis, Budd Boetticher et Don Siegel, auxquels cet essai volumineux et passionnant tente de rendre leurs lettres de noblesse.
Le plus connu des trois, c’est bien sûr Don Siegel, auteur d’au moins deux chefs-d’œuvre : Body Snatchers, brûlot qui utilise la science-fiction comme prétexte à une parabole politique glaçante, et bien sûr L’Inspecteur Harry, épigone du vigilante movie, avec un Clint Eastwood inoubliable en flic revanchard dans les bas-fonds de San Francisco – lançant mine de rien cette mode des héros sans pitié qui allait occuper toute la décennie suivante.…




LES TENDRESSES DE ZANZIBAR
Thomas Morales,
Le Rocher, 120 p., 14€90
Alors qu’elle vient d’être emportée par la maladie, un homme récapitule les beautés de son épouse et les splendeurs d’un amour trentenaire. Le style de Morales lui permet tout, en tout cas cet exercice délicat qui pourrait verser soit dans une élégie trop stridente soit dans un catalogue rébarbatif, mais qui se tient ici sur une ligne tendue d’émotion gainée dans d’éclatantes formules. « Le hasard nous avait fait naître dans une période charnière, entre la fin de l’embellie consumériste et le début des protocoles sanitaires, où les branleurs, tape-à-l’œil par manque d’assurance, et les filles bronzées tentaient de se rapprocher sans manuel éthique. » Portrait de la femme aimée, de son impact sur l’auteur, rappel d’un amour éclatant, évocation de ses panoramas culturels ou géographiques, drame de la maladie et de la mort, toutes ces dimensions sont évoquées de manière mélangée, comme dans une confusion éblouie au long d’une route que l’auteur emprunte pour fuir en vain cela même qu’il reconstitue.…

L’Incorrect
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