



J’écris dans l’esprit du Carême, chère lectrice, la cendre au front et de l’eau coupant mon vin, me promettant de ne dénigrer personne (du moins sans raison impérieuse), de saintes lectures attisant ma soif spirituelle, les yeux souvent révulsés vers les réalités d’en-haut qu’on voit mieux depuis l’intérieur du crâne et c’est ainsi, cher lecteur, que j’en suis venu à être à nouveau ébloui par Bernard de Clairvaux et ses aperçus fascinants sur les corps. Non, je ne transformerai par cet humble édito en homélie plombante, mais laissez-moi tout de même vous exposer la chose et nous reviendrons mieux à l’actualité que je suis censé attaquer ici, vous verrez, avec plus d’impact, même, grâce à la hauteur où le cistercien nous aura élevés avant de rejoindre notre sujet en tombant comme la foudre. Voilà : tout être possède un corps, l’animal parce qu’il ne peut exister sans, l’homme pour que ce corps lui permette, en percevant le visible, d’accéder à l’invisible ; l’ange pour qu’il puisse opérer la charité céleste, que ce corps soit éthéré ou capable de soudaines condensations matérielles (Bernard n’est sûr de rien sur ce point mais précise qu’on s’en fout un peu).…

NOUVEAUX APÔTRES
THY WILL BE DONE, SuicideBoys, G59, CD 16€99
SuicideBoys est parvenu au sommet en quelques années, passant des petits clubs enfumés de la Nouvelle-Orléans, d’où sont issus les deux cousins, authentiques white trash issus de la scène punk du bayou, aux tournées des stades mondiaux. Le tout en créant presque un style à part entière : le hip-hop dépressif, bricolé dans leur chambre à base de boucles trap et de beats agressifs, servi par des paroles très éloignées des clichés qu’on se fait habituellement sur le rap : addiction aux drogues, dépression, bipolarité et déceptions amoureuses. Si la hargne est toujours intacte malgré le succès, Scrim et Ruby ont trouvé la lumière et ce nouvel album s’inscrit tout entier sous la bienveillance du Christ retrouvé, qui leur a permis d’échapper au pire – et notamment à l’héroïne. L’album trouve parfois ses limites quand il oublie un peu trop leurs racines sombres, tutoyant parfois le mainstream d’un Insane Clown Posse, mais la touche SuicideBoys est toujours là, particulièrement percutante sur certains titres d’inspirations biblique où les deux cousins rappent à toute berzingue, comme des prêcheurs allumés.…


Chaque année on se demande comment les emplumés de la funeste bamboche autocongralutoire des Césars va parvenir à faire pire que la précédente. Chaque année, on serre les dents devant le malaise des séquences destinées à arracher des grimaces à un public de manchots calfatés par le fric et la condescendance. Chaque année on est consternés par l’engagement en stuc des stars qui défilent, ronronnantes de ces mièvreries récitatives qu’elles prennent pour des uppercuts. Commençons par le positif : en se plaçant sous le patronage de l’acteur américain Jim Carrey, la cérémonie se dote d’un capital sympathie évident. Et tant pis si la star est défigurée par le bistouri au point qu’on a du mal à la différencier de Mickey Rourke : le trublion des années 90 dégage sur scène, pendant ses remerciements, une mélancolie poignante, rappelant ses origines françaises et le tout dans la langue de Marcel Carné, s’il vous plaît.…

IRRÉSISTIBLE
MA GLOIRE, Florent Oiseau, Gallimard, 176 p., 19€
Le jeune et brillant Florent Oiseau livre déjà son sixième roman avec une formule impeccable : un anti-héros alcoolique et débonnaire dont la première gloire est sa fille Lune, laquelle lui réclame de jouer la fée dans son spectacle scolaire, et la seconde sa femme Alméria, dont il admet les infidélités pour compenser sa complaisance envers son propre vice. On le suit dans ses errances parmi la faune et la flore du xxe arrondissement, occupant son emploi du temps de chômeur en conversant avec « MonContact » (son contact qui lui permet de faire du trafic de cosmétique avec un salon de manucure chinois afin de financer ses cuites mensuelles) ou en flânant au cimetière du Charonne où le fascine la statue d’un certain Magloire : « je bois mes canettes à l’ombre de son aura factice, en me demandant à qui j’ai affaire.…

L’Incorrect
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