17 juin 2019
C’est lundi dernier que la douleur est née, insidieuse d’abord, puis violente. Sous la première molaire du maxillaire inférieur droit. Voilà qui gâchait une belle journée cotentinaise dans cette ville de 100.000 habitants qu’un jeune auteur a récemment rebaptisé Hirocherbourg et où je réside. Je décrochais donc mon téléphone pour prévenir mon dentiste habituel que je passerai dès qu'il le pourrait. Ce fut pour entendre sa secrétaire m'expliquer qu'il me recevrait avec plaisir - mais pas avant huit mois - pour me faire l'habituel surfaçage, mais que pour les petits bobos du quotidien, il allait falloir que j'aille voir ailleurs, car il se concentrait désormais sur des taches plus nobles.
Cela, cette galère, c’est la vie ordinaire de la France périphérique. Il faut chez moi un an pour être reçu par un ophtalmo… à condition encore d'être déjà pa tient à son cabinet ; idem pour les autres spécialités. Quant à la médecine générale, depuis que mon médecin a pris sa retraite, je cherche en vain le fameux « médecin traitant » que les mutuelles aimeraient me voir trouver : tous les cabinets auxquels je me suis adressé sont pleins. Il m’est arrivé d’avoir à consulter lors d’un récent passage à Rabat (Maroc) : j’ai eu un rendez-vous dans la journée avec un médecin compétent. On mesure ici la tiers-mondisation de notre pays en termes d’offre de soin. La crise des urgences hospitalières, là aussi catastrophique, est une chose. Mais la réalité est encore plus grave : il n’y a plus, dans la France périphérique, celle des bien nommés « déserts médicaux », de possibilité de se faire soigner dans un délai normal.