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Charles Millon : « Réfléchir à une nouvelle politique française en Afrique »

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Publié le

29 avril 2022

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Alors que le retrait des troupes françaises au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane a été décidé par Emmanuel Macron, on observe une forte progression de la présence du commando Wagner dans la région qui n’hésite pas à utiliser la désinformation pour chasser la France du continent.
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Comment se passe le retrait des troupes françaises à l’occasion de la fin de l’opération Barkhane ?

Le retrait des troupes françaises en Centrafrique, au Mali et au Burkina Faso est différent à chaque fois. Évidemment, c’est au Mali que la situation est la plus sensible parce qu’il y avait une concentration de troupes françaises importante depuis François Hollande et que la menace y était particulièrement sensible. Aujourd’hui, la situation est complexe : d’abord parce que le gouvernement malien souhaite le départ des troupes françaises, ensuite parce que des liens ont été créés entre l’armée française et l’armée malienne –les premiers ayant formé les seconds – enfin l’arrivée de troupes russes du commando Wagner. Je pense que les troupes vont se retirer pour correspondre au souhait du gouvernement, mais les conséquences sont difficiles à analyser.

Il est tout à fait possible que les djihadistes redéveloppent leur action dans la région, mais on ne sait pas quelles seront les relations entre les troupes Wagner et les troupes maliennes. Nous sommes dans une situation de transition qui me paraît périlleuse. Il faut savoir qu’au Mali, il y a le problème du djihadisme, mais aussi celui de l’irrédentisme. Au Nord du Mali, les Touaregs et les Peuls contestent le pouvoir central malien car ils souhaitent une certaine autonomie. Je trouve tout à fait dommageable que la France se retire car elle aurait pu aider les institutions maliennes à aller vers une situation plus apaisée.

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Quelles pourraient être les conséquences pour les entreprises françaises ou l’immigration ?

Tout désordre dans un pays africain amène une augmentation de l’immigration, clandestine ou non. Ensuite, les entreprises françaises se sont déjà retirées du Mali –malheureusement – depuis un certain nombre d’années. La sérénité dans le domaine des affaires est quasi-nulle.

On observe une grande avancée de Wagner en Afrique. Sa place est-elle comparable à celle de la France en Centrafrique ou au Mali ?

Elle n’a rien à voir avec la position française. D’abord, il faut savoir que Wagner n’a que très peu de contrats avec les gouvernements africains et se rémunère sur l’exploitation des ressources naturelles. En Centrafrique, ils ont notamment pris le contrôle de mines d’or. Les gouvernements acceptent leur installation, et ils se débrouillent. Ils ont sans doute un contrat pour la sécurité de la présidence ou des capitales… Il est difficile d’en tirer des conclusions générales, mais c’est une nouvelle forme d’exploitation qui ne pourra pas être inscrite dans le temps. Ils font exactement la même chose au Mali, et concluent d’autres types de contrats comme pour le Cameroun où ils assurent la sécurité et la formation du personnel. Tout cela augmente la tension qui existe entre la France, l’Europe occidentale et la Russie qui essaie de prendre le contrôle d’un certain nombre de pays.

Si un gouvernement légal commence à porter des accusations complètement erronées contre vous, il vaut mieux quitter le territoire que de discuter.

Comment expliquez-vous que certains pays africains rejettent la présence française et accueillent Wagner ?

La France a sans doute fait une erreur en s’installant pour lutter contre le djihadisme. Il fallait qu’elle mène son opération, puis qu’elle se retire pour ne pas être considérée comme une troupe d’occupation, mais d’intervention. Si le djihadisme revenait, elle aurait pu revenir à la demande du gouvernement. Or, les gouvernements se heurtant à des difficultés pour gérer le pays ont rejeté la faute sur la France en nous faisant porter la responsabilité de la présence djihadiste restant et de tous les péchés et erreurs du pays. Il y a donc eu un basculement qui a amené les Maliens à considérer la France comme une armée d’occupation. Wagner a profité de ce moment pour proposer ses services au gouvernement malien et prendre le relai des troupes françaises.

Face à cette substitution, comment l’armée française réagit-elle ?

La solution n’est pas de réagir, mais de partir dans ces cas-là. Si un gouvernement légal commence à porter des accusations complètement erronées contre vous, il vaut mieux quitter le territoire que de discuter.

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Quel est l’objectif du Kremlin en Afrique ?

L’exploitation des ressources naturelles. Ils prennent le contrôle d’un certain nombre de pays et de leurs politiques intérieures. C’est une nouvelle forme de colonialisme.

Quelle doit être la politique à mener avec l’Afrique dans l’avenir ?

Ma thèse est que rien ne sert de s’imposer sur le terrain si l’on ne veut pas être responsable de tous les maux. Ce sont des pays qui traversent des périodes difficiles : il y a le problème du djihadisme, mais aussi ceux du trafic d’armes et d’êtres vivants, de marchandises, des tensions à toutes les frontières… Avoir des troupes dans ces pays, c’est prendre le risque d’être compromis dans des opérations. Il vaudrait mieux avoir des navires avec des troupes qui peuvent être projetées très rapidement à la requête de gouvernements africains. Ça me paraîtrait plus sage que de se compromettre dans des affaires qui ne relèvent même plus d’une coopération.

Avez-vous la même position sur l’économie ?

Il faut que la France ait de vrais accords avec ces pays, qui permettent les investissements des entreprises qui le souhaiteraient, qui facilitent le rayonnement culturel de la France à travers des lycées ou établissements culturels français qu’on pourrait maintenir à la demande des pays, des politiques d’accompagnement au niveau agricole ou climatique… Il faut que ces plans soient bien définis, que les droits et les devoirs soient bien déclinés et arrêter cette politique de bienveillance qui est maintenant rejetée par la population.

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