C’est un plan oublié de l’histoire du cinéma, dans un film oublié du grand Jacques Tourneur. C’est une époque où les sociétés de production rivalisent avec pour principal produit d’appel la diva hollywoodienne, souvent construite de toutes pièces. Dans Angoisse (Experiment Perilous, 1944), un médecin contemple le portrait de celle qui va devenir progressivement son obsession, une grande bourgeoise au passé trouble : Allida Bederaux. L’image de la femme est une étrange composition où se superposent son portrait peint et le visage de l’actrice, Hedy Lamarr, un écho à ces portraits de femmes fatales qui jalonnent le cinéma de l’époque, de Fritz Lang à Alfred Hitchcock. Ces portraits préfigurent déjà cette obsession du cinéma hollywoodien pour les visages de poupée de porcelaine qui recèlent une éternité maladive, obsession qui culmine aujourd’hui avec le rajeunissement numérique des actrices, ultime trucage achevant de panthéoniser la chair de ses acteurs. Pourtant Hedy Lamarr aurait été oubliée par l’histoire du cinéma si sa mémoire n’avait pas été réactivée par cette mode néo-féministe consistant à dépoussiérer beaucoup de figures féminines du passé. [...]
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