La Ligue du LOL : lécher, oublier, lyncher

© Louis Lecomte pour L'Incorrect

La « Ligue du LOL » ? Vous n’en aviez jamais entendu parler ? Comme l’ultra majorité des Français jusqu’à ce week-end. Anecdotique en apparence, l’histoire de  ce groupe privé Facebook réunissant l’élite des journaleux-pubards parisiens tendance « Inrocks-Libé-Slate » en dit pourtant long sur l’état de décrépitude de notre société.

 

«Si vous soutenez ne serait-ce qu’un minimum la bande de harceleurs et autres potes d’agresseurs qui se sont hissés en position de pouvoir –notamment sur cette plateforme – en marchant publiquement sur des meufs et minorités pendant des années, barrez-vous de mes follows », écrivait sur Twitter une des victimes de la Ligue du LOL cette semaine.

 

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Créée par Vincent Glad à la fin des années 2000, la Ligue du LOL a été l’origine de diverses campagnes qualifiées aujourd’hui de « harcèlement », notamment contre des femmes.

 

Aux âges sombres des réseaux sociaux, en un temps que les Murayens et Kheys de moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, où les « memes » n’étaient encore que des photomontages grossiers fabriqués à partir de captures d’écran de la première saison de Loft Story ou d’extraits de génériques des séries AB Prod, Twitter n’était qu’un tout petit réseau quasi privé.

 

 

Y régnaient alors en maîtres les « branchés » qui deviendraient plus tard « hipsters ». Plus trash que le ne sont aujourd’hui leurs successeurs, ils s’acharnaient sur des individus de leur sphère mais qui ne partageaient pas forcément le même humour ou les mêmes codes : bloggeurs sensibles et autres pionnières des tutos beauté sur YouTube.

 

Pratiquant volontiers l’humour le plus noir, ils avaient le sentiment que rien ne pouvait les atteindre. Et pour cause, personne en dehors d’un petit cercle technophile ne fréquentait encore assidûment les réseaux sociaux, quand de nos jours les boomers vivant dans les contrées les plus reculées de notre hexagone dégainent trois émoticônes par sms. Les smartphones n’étaient même pas encore la norme – les plus jeunes de nos lecteurs se demanderont comment nous survivions, mais c’est une autre histoire !

 

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Avec le temps, la petite bande de potes de la Ligue du LOL a su se hisser tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique. Citons ainsi David Doucet (Les Inrocks), Alexandre Hervaud  (Libé), Stephen des Aulnois (Le Tag Parfait, un site sur la culture du porno) ou bien encore le fameux Vincent Glad.

 

Tous ou presque sont devenus des défenseurs acharnés des luttes « intersectionnelles », du féminisme, des luttes LGBT et ont fustigé, voire poursuivi les « réacs » et les fachos, l’un d’entre eux ayant même cosigné un livre consacré à la fachosphère (très correct au demeurant).

 

 

Cette affaire c’est un peu celle de l’arroseur arrosé. Des gens qui ont consacré des années de leur vie professionnelle à jouer les flics de la correction politique se trouvent désormais dans le collimateur de ceux qui hier les portaient aux nues et n’osaient pas les attaquer, de peur de voir leur avenir professionnel s’obscurcir.

 

Les communiqués de défense des principaux concernés portent d’ailleurs la marque de leur avilissement. Ainsi, alors que leurs adversaires du jour – qui étaient auparavant leurs alliés – les conspuent, en n’hésitant pas à les traiter de « mâles blancs hétéros » ayant trop longtemps bénéficié de « white privilèges », nos ligueurs s’auto-flagellent.

 

 

Le texte d’Olivier Tesquet de Télérama en est le meilleur exemple : « Ces dernières années, avec le Gamergate ou le 18-25, je crois qu’on a tous pu prendre conscience de la masculinité toxique dans laquelle se vautre encore cette sous-culture. La ligue du LOL, c’était le « boys’ club ». Ce sont les femmes et les racisés qui en ont fait les frais. Chaque homme devrait se saisir de ce moment pour y réfléchir ».

Cette génuflexion témoignant d’une soumission parfaite à la doxa dominante, jusqu’à en reprendre les éléments de langage les plus pathétiques, ne fera paradoxalement pas leurs affaires.

 

 

Au contraire, elle aiguisera les appétits de tous ceux et toutes celles qui veulent prendre part au banquet, des places semblant se libérer dans les meilleures rédactions de la capitale avec le grand nettoyage des « babtous fragiles pervers et hypocrites » qui y sévissent, pour reprendre une terminologie employée par certains de leurs détracteurs les plus sévères.

 

Et personne ne comprendra que le problème n’était pas la « masculinité toxique », mais bien l’entre-soi d’une petite caste privilégiée et prétentieuse dont seuls les acteurs seront changés demain, et certainement pas le mode de fonctionnement.

 

Nous apprenons à l’instant que le journaliste Alexandre Hervaud a été mis à pied à titre conservatoire par sa direction à Libération.
 

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grobin@lincorrect.org

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