Quels sont les différents éléments que contient le projet de loi bioéthique et auxquels vous vous opposez ?
Une bonne partie des articles de ce projet de loi sont proprement scandaleux. L’article 1 qui consacre la PMA sans père pour les couples de femmes et les femmes seules est celui dont on a le plus parlé. Il est aussi envisagé d’ouvrir la PMA sans motif médical aux couples homme-femme, ce qui est tout aussi grave. Le texte prévoit le remboursement des PMA sans motif médical et l’autoconservation des gamètes sans motif médical remboursée par la Sécurité sociale : il s’agit d’inciter le plus largement possible à concevoir des enfants par PMA. Par ailleurs, il rend possible le don de gamètes sans l’accord du conjoint, ce qui est une attaque claire sur la vie conjugale et les fondements du mariage.
L’article 4 propose de créer une filiation nouvelle, à savoir que les femmes d’un couple pourraient être déclarées toutes les deux mères d’un même enfant sur la base d’une déclaration conjointe et anticipée devant notaire. Le législateur se prétend donc capable de créer une filiation à partir de la volonté des individus, or la filiation est avant tout une réalité anthropologique et humaine. Il y a aussi un débat sur la reconnaissance des enfants nés d’actes de GPA à l’étranger : cet article 4 bis est à chaque fois réécrit en commission spéciale.
Que penser des changements que ce texte compte opérer dans le domaine de la recherche sur les embryons ?
Le texte favorise la libéralisation de la recherche sur les embryons humains, en instaurant une distinction artificielle entre les embryons et les cellules-souches embryonnaires. De cette libéralisation découlerait la possibilité de créer des embryons transgéniques (embryons humains génétiquement modifiés), des embryons chimériques (embryons conçus avec des cellules humaines et animales) et des gamètes artificiels, lesquelles pourraient en outre être fécondées.
Les écologistes politiques sont environnementalistes : seul l’environnement leur importe et pas l’être humain, parce qu’ils sont libertaires et font primer avant tout les désirs individuels
Ces éléments en resteraient au stade de la recherche, mais sont éminemment inquiétants et scandaleux. Enfin, lors de la deuxième lecture à l’Assemblée nationale, les députés ont ajouté à l’article 20 l’accès à l’IMG jusqu’à neuf mois sur la base d’une « détresse psycho-sociale », ce qui est évidemment un motif très subjectif. Voilà les mesures qui me semblent les plus graves.
Comment expliquer qu’à l’heure où l’opinion publique est sensible à la thématique écologique, les progressistes veuillent à ce point techniciser la procréation et donc rompre avec la nature ?
Il y a deux volets. Ce projet de loi se trouve en effet en contradiction avec la démarche écologique et avec le principe de précaution, qui constitutionnellement touche l’environnement mais aussi la santé. Cette contradiction s’explique par le fait que les écologistes politiques sont généralement du côté de la gauche. Or, ils sont uniquement environnementalistes : seul l’environnement leur importe et pas l’être humain, parce qu’ils sont libertaires et font primer avant tout les désirs individuels. Il y a tout de même des exceptions, telles José Bové ou Noel Mamère qui sont très opposés à toute forme de PMA ou de GPA, mais ils sont minoritaires.
Il y a par ailleurs l’aspect financier, à savoir la volonté de certains d’investir et de tirer des profits extrêmement importants de ce « business » de la procréation et des recherches sur l’embryon. Au-delà de leur aspect disparate, toutes ces mesures constituent un ensemble. Dans une perspective transhumaniste, ils veulent modifier l’être humain – quoiqu’il ait des capacités merveilleuses – parce qu’il est limité. Ils souhaitent augmenter l’être humain par la procréation artificielle. Ces intérêts financiers très puissants expliquent que certains courants politiques soutiennent ce projet de loi bioéthique, ce que les écologistes ne veulent pas voir.
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Le processus démocratique a-t-il été respecté dans l’élaboration de cette loi ?
La démocratie est bafouée depuis le début. Il y a d’abord eu des États généraux de la bioéthique qui étaient positifs : tout le monde a eu la possibilité de débattre et d’exprimer ses convictions. Cependant, ce travail a été piétiné puisque les conclusions officielles publiées dans un document du Comité consultatif national d’éthique (CNNE) ne rendent pas compte du fait que plus de 80% des participants se sont exprimés contre la PMA sans père et plus 90% contre la GPA. Cela n’a jamais été repris et publié. Une immense majorité des gens est opposée à cette transgression, mais le CCNE et son président Monsieur Delfraissy se sont contentés de dire que le sujet divise. C’est tout à fait symptomatique de la « pensée complexe » d’Emmanuel Macron : ils souhaitent un débat serein et apaisé où tout le monde s’exprime. Mais en réalité, c’est un débat qui tourne en rond sans chercher de conclusion, ça n’est pas un dialogue et donc pas un débat.
À partir de là et sur la base de ce mensonge par omission, ils ont continué et on a vu se dérouler toutes les étapes, peu importe ce qui a été exprimé. Le gouvernement a fait peser une forte pression sur le Parlement avec cette volonté de débat serein et apaisé, ce qui a désarmé les oppositions trop vives. Bien sûr, le processus continue malgré l’État d’urgence sanitaire ce qui est un scandale invraisemblable. Le tout dans le plus grand silence d’Emmanuel Macron, de Jean Castex et d’Olivier Véran : ils n’en parlent pas pour donner le moins d’écho médiatique possible à ces questions pourtant fondamentales.
Ce week-end, des manifestations seront organisées dans toute la France. Comment vont-elles concrètement se dérouler, notamment dans le contexte sanitaire actuel ?
Ces manifestations sont multiples : il y en aura une soixantaine sur l’ensemble du territoire français comme en octobre dernier. Elles prendront en général la forme de rassemblements. On a multiplié leur nombre afin d’éviter un rassemblement immense qui serait moins prudent sur le plan sanitaire. Nous souhaitons assumer nos responsabilités pour que tout le monde puisse manifester sans crainte, car c’est le monde de demain qui importe.
Si le Sénat a le courage de s’y opposer, le désaccord des deux assemblées permettrait au sujet d’être bien plus exposé aux Français. Cette fracture serait sur la place publique, ce qui gênerait énormément Emmanuel Macron
Nous demandons donc de respecter les précautions d’usage en ce moment. En ce qui concerne Paris, la manifestation aura lieu devant le ministère de la Santé à partir de 15h. En Île-de-France, des manifestations sont prévues à Versailles, Vincennes, Meaux, Nanterre et Bondy. La carte des manifestations est disponible sur le site de la Manif pour tous et des associations partenaires.
Le Sénat avait en première lecture restreint la portée du texte tout en acceptant le principe d’une PMA pour toutes. Qu’attendez-vous de cette deuxième lecture au Sénat ?
Le projet de loi a été retravaillé par la commission spéciale bioéthique du Sénat, et certains éléments ont été retirés, mais peuvent tout à fait revenir au cours des débats. Nous attendons des sénateurs la réécriture de fond en comble du texte, y compris la suppression de la PMA sans père. Certes, nous nous réjouissons que la PMA post-mortem, la PMA pour les couples transgenres et d’autres dispositions aient été supprimées de manière définitive du texte. Néanmoins, si la PMA sans père et la PMA sans motif médical passent, ça veut dire que toutes les autres revendications passeront ensuite lors de la prochaine loi bioéthique. Les sénateurs doivent donc avoir le courage, la sagesse et la raison de s’opposer à ce texte. Certes, l’Assemblée nationale aura le dernier mot. Néanmoins, si le Sénat a le courage de s’y opposer, le désaccord des deux assemblées permettrait au sujet d’être bien plus exposé aux Français. Cette fracture serait sur la place publique, ce qui gênerait énormément Emmanuel Macron.





