Par toute une série de mesures, la loi bioéthique entérine des bouleversements dont on ne peut anticiper la gravité des conséquences pour notre civilisation. Création en conscience d’enfants sans père, dérèglement de la filiation traditionnelle, embryons transgéniques et chimériques, sélection prénatale : pour satisfaire les désirs d’une minorité d’Hommes, c’est l’Humanité qui est sacrifiée.
Il faut un père et une mère pour faire un enfant. Cette réalité sans âge car naturelle, si simple et si belle, est raillée par le progressisme car trop ringarde et rétrograde. Le sénateur LR Sébastien Meurant se désole de ce déni des réalités les plus élémentaires : « Touraine est pour moi quelqu’un qui a l’esprit dérangé, puisque je rappelle que quand un homme nous explique que l’accouchement n’est pas une preuve de filiation pour les femmes, je me demande s’il a tout dans le bon ordre. » Tout comme « Agnès Buzyn qui nous expliquait qu’une grand-mère pouvait être un père ».
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C’est que le bon sens n’a pas bonne presse chez les progressistes, car il nous ramène par trop aux réalités charnelles de l’ordre naturel. Pour les progressistes, il est nécessaire expliquer par des tours de passe-passe rhétorique qu’il n’existe pas de loi naturelle, et que tout peut-être refaçonné à souhait par la seule volonté. Selon leur logique, la femme qui porte l’enfant n’est plus forcément la mère ; la femme qui n’accouche pas peut-être une mère comme une autre par son désir. Par seul acte de volonté, ce qui est peut ne pas être, et ce qui n’est pas peut être. C’est un nihilisme à l’état pur. Comme le prédisait en 2013 la Manif pour tous, c’est une déclinaison de l’argument fondamental qui a été utilisé pour passer la loi Taubira : puisque deux personnes s’aiment, il n’y a pas de raison de leur interdire le mariage, ce qui instaurait la sincérité du désir personnel comme blanc-seing universel.
Le débat qui a eu lieu autour de la mention « nul n’a de droit à l’enfant » que les sénateurs LR ont souhaité insérer dans le texte en est la meilleure illustration. La majorité et l’aile gauche du Parlement ont refusé d’écarter un droit à l’enfant, c’est-à-dire un droit-créance à l’enfant que l’individu-débiteur serait en droit d’exiger de la collectivité. Ils laissent de facto la porte ouverte à toutes les dérives, et particulièrement à la gestation pour autrui (GPA).
Indubitablement, cette loi sacre l’individu comme roi, et plus encore comme tyran potentiel, ayant ses désirs en sceptre et son indignation en main de justice. Il n’est plus rien qui doive s’imposer sur ses volontés.
Indubitablement, cette loi sacre l’individu comme roi, et plus encore comme tyran potentiel, ayant ses désirs en sceptre et son indignation en main de justice. Il n’est plus rien qui doive s’imposer sur ses volontés, et tout ce qui s’y oppose est jugé illégitime par essence car oppressif. L’égalitarisme atteint son paroxysme, puisque l’égalité prévaut quand bien même les situations diffèrent – à savoir entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel. Les sénateurs et députés LR ont essayé de réintégrer dans le texte une défense des droits fondamentaux et des intérêts supérieurs de l’enfant. Que nenni ! Le devoir traditionnel du fort envers le faible disparaît, au profit d’un hédonisme de l’adulte toujours plus grand. Les droits de l’enfant reculent là où grandissent ceux des adultes.
Il ne fait aucun doute que la loi bioéthique fera avancer de plusieurs et grands pas le « changement de civilisation » dont parlait Christiane Taubira en 2012, avec la porte ouverte qu’a été la loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels. Elle marque une accélération de la modernité qui, bien appuyée sur la notion de perfectibilité de Rousseau et des Lumières, en profite pour mettre à terre les derniers remparts qui s’opposent aux désirs de l’Homme.
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La modernité politique coïncide avec la mise à bas des différentes limites religieuses, morales et traditionnelles qui encadraient les mœurs sociales. C’est ainsi que nos antiques traditions ont été balayées avec mépris par les progressistes, qui n’y voyaient que de viles superstitions entravant les libertés individuelles. Effectivement, tous les droits individuels n’étaient pas nécessairement permis, mais ils s’arrêtaient là où commençait le droit du collectif. Parfois, le droit de l’un va à l’encontre du droit de tous. Par exemple, le droit de n’importe quel adulte d’avoir un enfant était temporisé par le devoir moral et civil de lui fournir un couple de parents aimants et stables, pour son bien, et donc in fine celui de la société.
Si elle poursuit sa logique, la loi bioéthique marque un tournant dans la mesure où ce n’est plus seulement la déconstruction des normes juridiques qu’elle entreprend, mais plus encore le dynamitage des remparts naturels qui constituent la vie même de l’homme depuis son origine, et son rapport à l’ordre naturel. C’est à ce titre que la question bioéthique ne peut pas être abordée en dehors de la question écologique.
Sébastien Meurant (sénateur LR) : « Les Verts ont gagné les métropoles. Moi je me demande ce que pensent ceux qui ont à cœur de préserver les lois de la nature et les lois de l’humain, et je ne comprends pas qu’on ne les entende pas. »
L’écologie est devenue l’une des problématiques politiques prioritaires de notre époque. Les Français se montrent de plus en plus préoccupés par l’avenir de l’écosystème naturel. Pourtant, par une volontaire omission de la question humaine, l’écologie est circonscrite à la faune et à la flore dans le débat public. Exit donc les questions relatives à l’être humain, à son essence, à ses lois naturelles de fonctionnement.
Dans son intervention prononcée pour l‘ouverture des débats parlementaires, le député LR Thibault Bazin se demandait « pourquoi ces principes valables pour notre planète ne le seraient pas pour l’Homme ? L’écologie, à laquelle les Français accordent de plus en plus d’importance, devrait respecter la nature et la dignité de l’homme, dès sa conception. » Une position partagée par le sénateur LR Sébastien Meurant : « Les Verts ont gagné les métropoles. Moi je me demande ce que pensent ceux qui ont à cœur de préserver les lois de la nature et les lois de l’humain, et je ne comprends pas qu’on ne les entende pas. »
Les progressistes sont en effet coupables d’une contradiction de principe entre une défense des lois de la nature-flore et de la dignité de la nature-faune, mais une rupture revendiquée avec la nature-homme. Comme nous l’indique Agnès Thill, cette contradiction se traduit concrètement par des absurdités : « A propos des embryons-chimères, 10 associations de défense des animaux se sont mobilisées contre. Il n’y a donc aucune association de défense de l’être humain ?! » Sur la question d’un mélange homme-animal, c’est donc la protection de l’animal, et non de l’homme, qui devrait primer ?
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Autoproclamé promoteur national de la cause écologiste, Europe-Ecologie Les Verts se félicite pourtant du texte, et défend dans son programme « l’ouverture de la PMA à toutes les personnes pouvant en bénéficier, quel que soit leur genre » et « l’évolution du droit à la filiation afin que plus aucune discrimination n’existe ». Comprendre : l’exclusivité du modèle homme-femme pour procréer est dépassée. Il semblerait bien que EELV n’aime pas la nature et ses lois élémentaires autant qu’il le prétend.
Cette déconnexion de l’Homme et de l’écosystème naturel induit une transformation de la médecine telle qu’elle était pratiquée jusqu’à présent. Traditionnellement, la médecine essaye de remédier aux déficiences de la nature dans les limites du possible. Le serment d’Hippocrate stipule que le premier souci du médecin sera « de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux ». C’est dans ce cadre que s’inscrit la PMA actuellement pratiquée pour les couples hétérosexuels dont l’un des membres est stérile.
Cette loi bioéthique crée de facto une médecine 2.0 qui ne se contente plus de réparer des dysfonctionnements, mais qui doit rendre possible des impossibilités naturelles afin de satisfaire les désirs individuels.
Cette loi bioéthique crée de facto une médecine 2.0 qui ne se contente plus de réparer des dysfonctionnements, mais qui doit rendre possible des impossibilités naturelles afin de satisfaire les désirs individuels. La ROPA, pour l’heure retoquée, incarne parfaitement ce passage, puisqu’il s’agirait de pratiquer une intervention sans qu’il existe un problème médical à proprement parler. Pour Sébastien Meurant, « la ROPA est tragique : on va laisser la science et les savants faire ce qu’ils veulent ». Comme n’importe quelle entreprise, la médecine se ferait alors un devoir de satisfaire des désirs individuels (sans préjuger de la légitimité de ces désirs). Les abus de la chirurgie esthétique et ses ravages au sein d’une société de l’apparence sont la preuve que les médecins libérés de leur déontologie dans une société de consommation, dépassent allègrement leur rôle de soigneur.
Il est une médecine encore plus dangereuse qui pointe son nez : la médecine d’optimisation des corps, qui nous dirige à toute allure vers l’eugénisme et le transhumanisme. La sélection prénatale par la DPI-A et les embryons transgéniques et chimériques feront bientôt de la science orgueilleuse la nouvelle déesse du monde. Sébastien Meurant conclut : « Les embryons transgéniques et chimériques, c’est l’Homme créateur de lui-même. » La modernité aura alors triomphé : toutes les limites auront sautées pour de bon, à notre plus grand malheur. Et pour celui des plus fragiles.





