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Mulholland Drive : la clé des songes

Revoir Mulholland Drive, vingt ans après sa sortie permet de constater qu’il n’a pas pris une ride. Au contraire, c’est devenu un classique, et comme tous les classiques, il parle à toutes les époques avec la même vigueur. On ne reviendra pas sur la maîtrise formelle hallucinante, ni sur cette construction dramatique qui fait s’emboîter les niveaux de réalité et n’a de cesse de dialoguer avec son propre médium : le cinéma entrevu, littéralement, comme une clé des songes. […]

Lire aussi : La Beauté du monde : touchant mais délayé

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Ham on rye : chic et foireux

Premier film remarqué, Ham on rye déjoue le prosaïsme de son titre (« jambon-beurre ») en faisant de l’adolescence le lieu d’une transition magique. Une vingtaine de personnages, seuls ou en groupe, se préparent pour une cérémonie sans autres officiants que les participants eux-mêmes. Le boui-boui du cru devient le temple d’un rite mystérieux et anodin où les élus s’apparient avant de voir la lumière. […]

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La Beauté du monde : touchant mais délayé

La Beauté du monde, réalisé par Cheyenne-Marie Carron raconte l’histoire du légionnaire Roman Vandeville à son retour d’opération extérieure. Aux prises avec un choc post-traumatique, il doit naviguer parmi un entourage bien-intentionné mais maladroit dans un processus douloureux de guérison. Film à petit budget, l’œuvre de Carron n’affiche pas d’explosions à l’américaine mais se démarque par l’intensité de scènes de témoignages de militaires jouant leurs propres rôles. […]

Lire aussi : La Pièce rapportée : comédie acidulée

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Éditorial culture de décembre : Bilan sanitaire

2021 touche à sa fin et ce peut être l’occasion de faire un bilan qui ne soit pas d’ordre sanitaire, ou plutôt qui envisage la santé et la crise du point de vue de l’esprit. Il me semble qu’un degré supplémentaire a été franchi cette année dans ce qui m’apparaît comme une crise de la représentation qui affaiblit le langage sous des prétextes idéologiques (comme lors des épisodes totalitaires). Quelques symptômes : la controverse au sujet de la possibilité d’une traductrice blanche à traduire une poétesse noire (Amanda Gorman) ou d’un acteur valide à jouer le rôle d’un handicapé ; l’urgence d’une « représentativité » comprise en termes statistiques et non symboliques ; le succès croissant d’une littérature de témoignage direct (de Springora à Louis). À chaque fois, on constate un mouvement de désymbolisation régressive, un prurit littéraliste, une opacification du « moi ». Seuls ceux qui auraient vécu le même type d’expérience seraient légitimes pour la retranscrire ; la représentation n’est plus conçue comme un transfert symbolique mais comme un décalque pointilleux des apparences ; et l’on privilégie, à l’universalisation du tragique, le petit dégueulis victimaire d’origine contrôlée.…

Héritières de Malassy : un pays dont la reine est une enfant
Héritières de Malassy, c’est l’épopée d’Eléonore, une jeune fille de 17 ans élevée dans un orphelinat, vers le trône légitime de son père, mort mystérieusement quelques jours avant sa naissance. Aidée par Jeanne, son amie d’enfance qui lui a permis de découvrir ses origines royales, elle va parcourir un long chemin vers la Malassy, pays où elle pourra reprendre la couronne que détient illégalement Charles, son cousin tyrannique, et libérer les habitants qui vivent dans la peur depuis la disparition de la princesse et de la reine. [...]
The Power of the dog : portrait d’un cow-boy en feu

Nevroseland Montana, 1925. Deux éleveurs brisés de l’intérieur voient leurs rapports fraternels se fissurer quand le cadet mieux luné (Jesse Plemons) épouse une veuve pourvue d’un fils genderqueer (Kodi Smit-McPhee), sorte de Valentin le désossé passé par la Famille Addams. L’ainé (Benedict Cumberbatch) considère cette union comme une trahison. Si tout le monde en pâtira, nommons la première victime : le spectateur.

Tourné entre deux vagues de Covid, The Power of the dog élève involontairement la mesure-barrière à la hauteur d’un geste de cinéma. Jane Campion dresse en effet une distance infranchissable entre les personnages du roman écrit par Thomas Savage. Monades errantes et solitaires à la Carson McCullers, ceux-ci se lancent quelques mots d’un bout d’une pièce à l’autre, avant de prudemment décamper dans des paysages lunaires. Et quand de rudes cow-boys vont aux putes, ils chantonnent avec elles bras-dessus bras-dessous, rien de plus (on sent le stagiaire-assistant en embuscade, prêt à bondir avec ses tests PCR à chaque fin de plan). [...]

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La Pièce rapportée : comédie acidulée

C’est l’histoire de deux êtres que rien ne prédestinait à se rencontrer. Paul Château-Têtard (Philippe Katerine), riche héritier de quarante-cinq ans, fils à sa maman, mollasson, vissé à son portable et obnubilé par ses parties de Candy Crush et Ava (Anais Desmoustier), jeune fille en fleur naïve, pleine de vie, idéaliste et sans le sou. Alors que l’un vit reclus chez sa mère (parfaite Josiane Balasko) qui le couve jusqu’à l’étouffement dans un superbe hôtel particulier et que l’autre travaille dans une cabine souterraine de la RATP, une histoire naît. […]

Lire aussi : Memoria : une merveille

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En formation : docu cliché
On aime, en documentaire, redoubler le sujet de l’enseignement, afin de faire passer les connaissances des élèves aux spectateurs. Qu’apprend-on, dans En formation, qui suit durant une année des étudiants en journalisme ? Que la fabrique du reporter est une fabrique à clichés, ce qu’on suspectait bien et qui relève en soi du cliché. L’insistance portée sur le storytelling et le calibrage des voix donne quelques scènes intéressantes mais trop répétées, si bien que le filon s’amenuise rapidement. Julien Meunier et Sébastien Magnier se mettent alors à guetter le réveil du citoyen dans la masse informe des futurs Pujadas. [...]
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