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Emmanuel Carrère : la vie rêvée des pauvres

On le sait au moins depuis La Vie rêvée des Anges : lorsque les cinéastes de gauche posent leur regard sur la misère sociale française, c’est toujours avec un mélange bien à elle de condescendance navrante et de posture idéologique. On pourra toujours reprocher à un Bruno Dumont d’avoir fait son beurre sur sa région d’origine avec une poignée d’acteurs amateurs et un cynisme à toute épreuve, ses films n’en restent pas moins imprégnés d’un certain amour pour les gueules cassées et pour les laissés-pour-compte.

Pour Emmanuel Carrère et les tenants de la gauche enracinée à Saint-Germain-des-Prés, c’est une autre histoire. Quoi qu’ils fassent, et même s’ils portent leur sincérité en bandoulière, ils ne peuvent oublier ce qu’ils sont : de riches mendiants en quête de reconnaissance. Ouistreham, adapté d’un « livre-enquête » écrit par la journaliste Florence Aubenas, en immersion chez les travailleuses pauvres qui récurent les ferries anglo-normands en un temps record, n’est pas un ratage total : Carrère est toujours à l’aise lorsqu’il s’agit de décrire en creux les conditions du mensonge ou les relations altérées par une vérité polymorphe. C’était déjà le sujet de L’Adversaire, mais aussi celui de La Moustache, belle rêverie post-dickienne sur l’emprise carcérale du couple. [...]

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La Leçon d’allemand : l’âpre sens du devoir
« Les joies du devoir » : c’est le sujet de la dissertation sur laquelle doit plancher Siggi Jepsen, suivi en hôpital psychiatrique. Mais impossible pour le jeune homme de réussir à coucher le moindre mot dans son cahier de rédaction. Le récalcitrant est alors enfermé dans une prison pour délinquants. Cependant, s’il réussit l‘exercice, le directeur lui fait miroiter une sortie. [...]
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Adieu Monsieur Haffmann : cruauté cartoonesque
Paris, 1941. Joseph Haffmann, bijoutier juif, confie son affaire à son associé François Mercier pour passer en zone libre. Sa famille y réussit mais il échoue, se voit forcé de se cacher dans la cave de la boutique. Mercier lui propose alors un pacte déroutant et commence en parallèle un jeu trouble avec les Allemands. Le film s’ouvre avec le cadeau d’une entame rapide qui prend aux tripes dès les premiers plans. C’est la guerre, la menace allemande rôde, il faudra survivre, et opérer pour cela des choix déchirants. [...]
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Vitalina Varela : pompier
Une veuve cap-verdienne se rend dans un bidonville de Lisbonne pour enterrer son mari jamais revu après qu’il l’a abandonnée des années plus tôt. Si Vitalina Varela, nommée d’après son héroïne réelle, a l’air de cocher pas mal de cases à la mode (féminisme, résilience, décolonialisme), l’esthétique de Pedro Costa les récuse ainsi que toute tentation naturaliste, se plaçant bien plus haut, au niveau du grand art. Chaque photogramme, extraordinairement éclairé par Leonardo Simões, pourrait ainsi embellir n’importe quelle galerie d’art. [...]
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Michel Houellebecq vu par ses pairs
Sébastien Lapaque : Michel Houellebecq n’a pas besoin de le répéter avec Rimbaud pour qu’on l’entende murmurer : « Je est un autre ». Ce défi blasphématoire à la révélation du Buisson ardent – « Je suis qui je suis » (Ex, 3, 14) fonde la modernité poétique en disloquant la relation de la Parole […]
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Licorice Pizza : reservoir flop
Premier mystère de 2022 : un film informe ne racontant à peu près rien fait l’unanimité de la critique enamourée : Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson. En 1973, dans la banlieue de Los Angeles, un adolescent acteur de 15 ans, en léger surpoids mais baratineur et sûr de lui, Gary (Cooper Hoffman, formidable) rencontre une fille tartouille et sans qualité de deux fois son âge, Alana (la chanteuse Alana Haim, aussi quelconque que son rôle). Le beau déclare sa flamme à la belle, et il faudra 2h13 de projets entrepreneuriaux divers menés en commun avec d’autres gamins, pour que le couple se forme sur un baiser feu d’artifices. En bref, l’Autobus à l’impériale, cette vieille série anglaise pour enfants, revu par Ayn Rand avec promesse de puberté. Partant de ce mince argument, le film est rempli à ras bord de scènes interminables n’évoluant vers rien de discernable, et coupées souvent net. Le spectateur est condamné à subir ce qui ressemble à une longue suite de digressions qui feraient l’économie de toute résolution. S’y multiplient les allusions cryptées à la sous-culture US des seventies, censée nous captiver par essence. Le Rêve américain perd sa majuscule pour se confondre avec un rêve de romance peuplé d’adultes grotesques traités comme des figures carrolliennes dans une ambiance d’entertainment bâtard. Pour compliquer les choses, le film s’inspire de personnages réels, certains conservant leur propre nom (tel le coiffeur cocaïné compagnon de Barbara Streisand ou le politicien dans le placard). Nous pourrions faire nôtre une réplique d’Alana/Alice assommée au restaurant par la logorrhée de Sean Penn/le Lièvre de Mars et Tom Waits/le Chapelier fou : «  D’accord, mais vous parlez de quoi ? ». Bonne question. [...]
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Le Messager : conte cruel de la jeunesse

Joseph Losey est un cas à part : cinéaste américain pris pour un Britannique toute sa vie, communiste de la vieille école qu’on assimila souvent à un talon rouge, cet originaire du Wisconsin, élevé au grain, a pourtant fuit le Maccarthysme et trouvé en Angleterre son port d’attache. Plastiquement assez proche d’un Powell ou d’un Clayton, sa filmographie est émaillée de chefs-d’œuvre tous consacrés peu ou prou à un seul sujet : la lutte des classes. The Servant, joyau noir multi-commenté et adulé par de nombreux réalisateurs, est à ce titre la pierre d’angle de son œuvre. On peut voir Le Messager, chronique enfantine plus amère que douce, comme une sorte de variation sur ce thème. Avec en prime une réflexion sur la toxicité des rapports trop normés, ou comment l’aristocratie et la grande bourgeoisie se nourrissent des rêves et des pulsions des petites gens.

Lire aussi : Matrix méritait-il une mise à jour ?

Leo (Dominic Guard, qu’on verra adulte dans le sublime Pique-Nique à Hanging Rock de Peter Weir) est un garçon de 13 ans qui est invité par un camarade de classe à passer l’été chez ses parents. Ces derniers, richissimes, habitent un domaine magnifique situé dans le Norfolk, région côtière luxuriante qui s’étend sur la pointe septentrionale de l’Angleterre. Issu d’une classe moyenne, Leo aura faire au cœur d’un été brûlant passé à observer les mœurs complexes et étranges de cette famille d’un autre siècle. Un été brûlant dans tous les sens du terme, puisque le garçonnet servira bientôt de passeur de mots doux entre Marian, la délicate aînée de la famille (Julie Christie, tout en retenue et en ambiguïté) et le métayer du domaine, un fier agriculteur aux manières brusques et au regard sombre. Une relation évidemment tout à fait secrète et interdite : Marian est déjà promise à un riche héritier qui partage ses cigares et ses parties de cricket avec le patriarche. Le jeune garçon se voit bientôt affublé du surnom de « Mercure » par ses commanditaires et sera au centre d’un cuisant drame familial. [...]

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Anéantir de Houellebecq : d’amour et de mort
« Ils avaient spécialement merdé, se dit-il, ils avaient collectivement merdé quelque part. À quoi bon installer la 5G si l’on n’arrivait simplement plus à entrer en contact, et à accomplir les gestes essentiels, ceux qui permettent à l’espèce humaine de se reproduire, ceux qui permettent aussi, parfois, d’être heureux ? » Tout au long de ce volumineux roman transparaît en filigrane l’idée qu’il y a décidément quelque chose de pourri au royaume des Hommes. Que rien n’est plus fait pour les aider à s’aimer et se réunir, mais que l’amour peut, parfois, si deux personnes décident de créer leur île, triompher. Au moins un temps. Puisqu’à la fin, c’est la maladie et la mort qui l’emportent. [...]
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