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[Cinéma] Il reste encore demain : tract poussif

Succès surprise au box-office italien avec près de 5 millions d’entrées, coiffant au poteau Barbie et Oppenheimer, Il reste encore demain s’impose d’emblée comme le parangon d’un faux cinéma d’auteur vitrifié et entièrement voué à l’idéologie dominante du moment, à savoir le néo-féminisme pompier. Si la réalisatrice Paola Cortellisi, ex-star de la Rai, entretient parfois l’illusion d’un héritage transalpin qui voudrait tutoyer Dino Risi ou Ettore Scola, la comparaison s’arrête là : à la satire sociale cruelle ou au portrait de famille cathartique elle préfère la leçon de morale lourdingue, appuyée à coups d’effets de manche et de mise en scène faussement roborative.

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Impossible de trouver la moindre nuance dans ce tract poussif : tous les hommes, même les petits garçons, sont des salauds, et toutes les femmes des victimes et/ou des battantes. Et lorsqu’au terme du métrage, elle parvient presque à susciter l’émotion à force de surlignage, Cortellisi se paye le luxe de contourner son vrai sujet (la liberté) pour se vautrer dans une ode… au suffrage universel.…

[Cinéma] Houellebecq – Nicloux – Gardin : cocktail explosif

Ils ne sont pas nombreux les films où des écrivains nobélisables expriment leur fibre tragicomique sous l’objectif d’une caméra. Il y a bien Film de Samuel Beckett (co-réalisé par Alan Schneider, 1965), mais ce court-métrage, d‘ailleurs magnifique, dissimule le visage de son acteur – qui n’est même pas l’auteur, plutôt son double probable, Buster Keaton, à la toute fin de sa vie. Il faut bien l’admettre, la trilogie de Guillaume Nicloux avec l’auteur des Particules élémentaires est d’une totale singularité. Démarrée avec L’Enlèvement de Michel Houellebecq (2014) qui, comme son nom l’indique, l’imaginait kidnappé par trois pieds nickelés en vue d’un contrat à commanditaire mystérieux, poursuivie par Thalasso (2019) où elle lui adjoignait Gérard Depardieu, tous deux prisonniers d’une cure au Thalazur de Cabourg, elle se conclut aujourd’hui avec Dans la peau de Blanche Houellebecq où Blanche Gardin succède à Depardieu comme partenaire de l’écrivain. L’argument de pure comédie voit l’humoriste dans son propre rôle présider un concours de sosies de Michel Houellebecq, l’écrivain faisant le déplacement en Guadeloupe comme invité spécial.…

Patrice Jean & Éric Naulleau : face à la culture de haine de culture

Que pensez-vous des premiers pas de Rachida Dati et quelle devrait être selon vous la mission d’un ministre de la Culture ?

Patrice Jean : Des premiers pas de Rachida Dati, je n’ai rien à dire. On ne peut juger qui que ce soit sur quelques pas. Quant à un ministre de la Culture, il devrait mener une politique qui favorise les beaux-arts, la littérature, la musique, le théâtre, tout ce qu’il y a de plus haut. Pour le reste, il y a le marché, c’est-à-dire les ventes, la démagogie et le mauvais goût.

Éric Naulleau : Je suis très satisfait des débuts de Rachida Dati au ministère de la Culture au moins pour trois raisons. D’abord parce qu’il est toujours réjouissant de voir s’allonger les mines et se tordre les nez d’un petit milieu qui condamne par avance son action et se montrerait dans le même temps infoutu de citer une seule mesure d’importance prise par ses cinq derniers prédécesseurs.…

[Cinéma] Dune, deuxième partie : tout vient à point…

Denis Villeneuve semblait de prime abord bien embarrassé avec l’univers de Franck Herbert, signant avec le premier Dune une adaptation sans enjeux, linéaire et étrangement anti-spectaculaire, comme craignant de se compromettre avec le gigantisme du space opera. Changement presque total de cap avec ce deuxième opus, bien mieux écrit, interprété et mis en boîte. On n’échappe pas à cette photographie arty-chiante qui flirte souvent avec la pub pour parfums, mais au moins Villeneuve ouvre enfin son scope, filme ses décors de plain-pied et assume une ambition picturale certaine, avec même quelques hommages ici et là à certains designs imaginés pour l’adaptation avortée de Jodorowsky.

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Il fait taire l’assourdissante musique de Hans Zimmer au cours d’une belle scène d’arène muette et monochrome, sur la mythique planète Giedi Prime, fief des terribles Harkonnen. Là où le premier opus ressemblait à une bande-annonce pénible, ce deuxième volet prend le temps de déployer ses situations, ses personnages, et certains thèmes complexes du roman.…

[Cinéma] La salle des profs : 3/10

Une professeure idéaliste, en découvrant l’auteur d’une série de vols dans son collège, innocente un élève « racisé ». Sauf que les conditions de cette découverte, l’invalidant en partie, plongent la jeune femme dans la tourmente. Énorme succès outre-Rhin, La Salle des profs est tout entier construit sur le principe de la fuite en avant : à chaque rebondissement, son tour d’écrou. Mais s’il est plutôt habilement posé, le film d’Ilker Çatak devient rapidement une pure mécanique où les enjeux finissent par perdre tout intérêt véritable.

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Mise en accusation et subissant diverses avanies – notamment des coups – l’irréprochable héroïne revient la scène suivante, comme réinitialisée, sans affect, se rapprochant d’une pure machine à l’image du scénario. Tout le film demeurant dans le huis clos au collège, l’absence de hors-champ réduit les personnages à leur fonction dans un récit qui ne propose rien d’autre que le brillant de ses rouages.…

[Cinéma] Ferrari : biopic transcendé

Tout biografilm étalé dans le temps se condamne à de la bouillie psychologisante. Michael Mann l’a bien compris qui, de la vie d’Enzo Ferrari, ne traite qu’un été, avant une course fameuse, les Mille Miglia de 1957. Portrait d’un homme partagé entre deux enfants, un mort et un vif, son film restitue avec presque rien un temps où l’ubiquité numérique relevait de l’anticipation. Le seul effet spécial apparent fait de la violence d’un accident de voiture du jamais vu à l’écran. À la différence du Rebelle (King Vidor, 1949), le héros n’est pas un demi-dieu inébranlable, mais un père endeuillé qui semble contaminer tout ce qu’il touche, et pour qui le succès est à la fois un pis-aller et une nécessité.

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Une belle scène d’opéra où chaque personnage projette ses propres aspirations et saisit l’inconscient collectif d’un pays en reconstruction.…

La culture en otage

La culture, évidemment, n’a jamais été complètement libre. Les créateurs ont toujours dû composer avec le public, les mécènes et le pouvoir, et souvent dû s’imposer contre le public, en dépit des mécènes ou malgré les menaces du pouvoir. En France, nation non foncièrement ethnique, contrairement à l’Allemagne, la culture, et spécialement la littérature, a entretenu des liens étroits avec le pouvoir, ou plutôt l’inverse : c’est- à-dire qu’il a fallu créer une unité de peuples divers en élaborant une culture commune, imposer une langue par des chefs-d’œuvre, et qu’à s’obstiner à séduire ses populations, la France a fini par séduire celles qui l’observaient par-delà ses frontières. C’est ainsi que son impérialisme fut moins maritime ou continental que spirituel et que de Chrétien de Troyes à Malraux en passant par l’Académie, Versailles, Chateaubriand ou Hugo, l’identité française était affaire d’intelligence politique, de messianisme religieux ou révolutionnaire et de génie littéraire.

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La culture contemporaine sinistrée

Sartre et Camus, Serge Gainsbourg, Deleuze et Foucault, Soulages, Louis de Funès, La Nouvelle Vague : le rayonnement culturel français s’est dissipé après tous ces noms.…

Partout, les saints : saint Laszlo

Né vers 1040, du prince Béla de Hongrie et de la princesse Richeza de Pologne, Ladislas reçoit à la naissance un prénom polonais. C’est là, en effet, que son père s’est réfugié après le coup d’État manqué de Vazul, grand-père du jeune prince, contre le premier roi de Hongrie, le futur Saint Étienne Ier. On pouvait, en effet, être saint sans dédaigner la castagne, ce que la vie et l’œuvre de Ladislas lui-même prouveront amplement.

En 1048, la famille revient à Budapest. Après diverses péripéties, dont le couronnement puis la mort de son père, Ladislas devient en 1064, comme Bela avant lui, duc de la « Tertia pars Regni » (« le tiers du royaume »), sous le règne de son cousin Salomon. En compagnie de ses deux frères, il défait les Petchénègues (des barbares cupides, venus de l’empire khazar et alliés aux Turcs) à la bataille de Keres (Roumanie). Symboliquement, la foi populaire le représente en train de sauver une jeune fille hongroise des griffes d’un Petchénègue.…

L’Incorrect

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