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Éditorial culture de Romaric Sangars : Vider les lieux

Nous allons quitter la cave où nous travaillions depuis des années, où vous nous écriviez, vous nous attendiez ; parfois, même, où vous nous adressiez, des menaces de mort. Aux murs, on trouve encore crucifix, portrait de Leonarda en Joconde et règles de grammaire. Au plafond, une boule à facettes qui ne verra vraisemblablement plus de surboum endiablée organisée par les stagiaires. Oh, cela m’inspire une poésie subventionnée, du genre de celles que Rim Battal pond chaque matin au café. Attendez… « Pierres brutes / Cris étouffés / Souvenirs au frigo / Nous quittons les lieux / Laissant un peu nos peaux / Au passage / Dehors / Rim se frotte / Sous la lune d’hiver ». Ce départ me rend sentimental, que voulez-vous…

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L’énorme pouf disparaitra, qu’a apporté ici Juliette, et où Arthur parfois s’enfonce, en fin de bouclage, pour caresser son téléphone d’un air confiant.…

[Culture] Amelia’s children : gothique Portugais

Démarré sur les chapeaux de roues par un kidnapping d’enfant qui fait s’agripper à son siège, Amelia’s children joue avec panache la carte de l’horreur et du genre avant d’infléchir légèrement son angle. Une ironie discrète pimente les retrouvailles transatlantiques entre des jumeaux séparés, l’un américain désormais en couple et l’autre portugais flanqué d’une mère vraisemblablement plus que centenaire. La confrontation se joue du thème international éminemment jamesien entre la vieille Europe rouée voire perverse, et le Nouveau Monde naïf mais plein de ressources.

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Gabriel Abrantes, auteur de nombreux courts-métrages, mène avec allant son second long dans des lieux pittoresques comme un château portugais entre gothique et zen. L’interprétation féminine est délectable, tout particulièrement Anabela Moreira dans un rôle à postiches et répliques impayables. Dommage qu’un final un peu anonyme consacre sans remords la victoire de l’efficacité américaine sur le charme européen.…

[Cinéma] L’étoile filante : wallons sous la pluie

Fiona Gordon et Dominique Abel viennent de la danse et ça se voit : dans ce film noir aux couleurs saturées, les enjeux dramatiques se délient avec les corps. Et tout se danse : les errements existentiels d’un propriétaire de bar confronté à son double (Dominique Abel) comme les machinations de sa femme (la très émoustillante Kaori Ito). Du scénario-prétexte, qui empile les stéréotypes du thriller, on ne retiendra pas grand-chose. Pourtant, si le duo de cinéastes entretient la confusion, flirte souvent avec le théâtre filmé, cultive un onirisme parfois ostentatoire, il parvient à garder son cap. Le film est le plus faible lorsqu’il se complaît dans le burlesque un peu daté, un peu trop « spectacle vivant ».

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En revanche, le couple n’oublie pas de faire du cinéma : la deuxième moitié du film prend ainsi son essor vers quelque chose de plus grave et mélancolique, bercé par la musique terminale du duo Birds on a Wire et par une pluviométrie roborative.…

[Cinéma] Dune 2, ou les bienfaits de la perséverance

L’’imaginaire est en crise. L’industrie hollywoodienne, menacée par ses propres golems (plateformes de streaming, intelligences artificielles, scénaristes woke) risque de sombrer comme le Titanic, toutes lumières allumées, dans les abysses où elle finira par rejoindre ses propres vaisseaux amiraux, auto-sabordés : franchises Marvel, DC Comics et autres Star Wars sacrifiés cyniquement sur l’autel de la rentabilité. Comment lui redonner un nouveau souffle ? En réalité, on aurait tort de s’inquiéter outre mesure : on sait qu’Hollywood avant toute chose est une économie de crise, qu’elle vit depuis toujours sur les cimes de l’agonie, qu’elle se nourrit de ses propres métastases, en fière émanation du Capital : Hollywood a bien survécu à la fin du muet, à l’avènement de la télévision, au magnétoscope, aux fonds verts et à Demi Moore. Elle devrait survivre à la prochaine singularité et à “SORA” -, à condition de savoir se réinventer.

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Prendre des risques.…

Benoît Duteurtre : « De grâce, qu’on arrête de croire qu’il faut hurler et se plaindre pour être un artiste »

« Quant à moi j’aurai connu la France tempérée, républicaine et gaulienne, puis l’Europe américaine, néo-libérale et desséchée que je quitterai sans regret. » Le réchauffement climatique devient chez vous une allégorie des excès récents et de la destruction d’un art de vivre, au fond, qui avait quelque chose à voir avec le climat tempéré. Le 45e parallèle est-il un marqueur de civilisation ?

Soyons clairs, ce livre est une fantaisie dans laquelle j’ai voulu évoquer mon époque, ses folies, ses inquiétudes, à travers plusieurs fictions, mais aussi à travers les ruminations d’un écrivain qui me ressemble, sans être tout à fait moi. Comme lui, je suis troublé par les transformations brutales qui affectent le climat ; mais également perplexe devant le discours des propagandistes qui, au nom de ces transformations, prétendent nous dicter une vie nouvelle.

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Cela m’amusait donc d’imaginer que le climat amorce un mouvement contraire : non pas une chute brutale des températures comme dans l’excellent film Le Jour d’après ; mais plutôt le retour à ce « climat tempéré » qu’on vantait dans mon enfance comme un atout de la France.…

[Cinéma] Walk up : perdus dans le métavers

Un metteur en scène sur le retour visite une amie propriétaire à Gangnam qui lui fait goûter les délices de son petit immeuble et autant de vies possibles que d’étages. Premier film de l’année de Hong Sang-Soo, Walk up ne révolutionne pas le style minimal du coréen stakhanoviste, mélange de concept, d’improvisation, et de relâche. Mais, passée une exposition interminable améliorée évidemment d’une soulographie, une puis deux ellipses presque indécelables détournent le cours du récit qui verse dans la circonspection.

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On retrouverait presque les méandres de son plus beau film depuis 15 ans, Yourself and yours, avec une Circé âgée, élégante ou intrusive (Lee Hye-young). Une belle scène de demi-sommeil fait espérer que la vie déploie un nouveau pan, plus ensoleillé. Bien sûr, il faut passer par les approximations à la Woody Allen avec ces figures d’artistes et leur entourage bavard et creux.…

[Cinéma] Les derniers hommes : au coeur des ténèbres

C’est un pan oublié de l’Histoire que le producteur Jacques Perrin avait à cœur d’adapter au cinéma, jusqu’à sa mort en 2022 : la débâcle de la Légion Étrangère en Indochine en 1945, alors que l’armée japonaise lance un ultime assaut contre les forces françaises. C’est tout une cohorte d’estropiés et de soldats éreintés par le paludisme qui doit regagner la frontière chinoise à pied, soit 300 kilomètres de marche à travers la jungle.

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Dur de sortir son épingle du jeu lorsqu’on s’attaque à un genre aussi balisé que le film de guerre en milieu tropical, et pourtant le réalisateur David Oelhoffen s’en tire avec les honneurs, d’abord grâce à un casting convaincant: Guido Caprino et Andrzej Chyra, les deux frères ennemis au sein de l’escouade, sont bouleversants. Si toutes les cases du genre sont cochées (attente contemplative, brusques flambées de violence, ennemis invisibles, incises panthéistes) Oelhoffen remplit son cahier des charges avec un humanisme authentique et suscite l’émotion jusqu’à sa dernière scène, tout en nuances – et en évitant le pacifisme béat.…

[Cinéma] La zone d’intérêt : l’horreur en hors-champ

Qui veut s’atteler aujourd’hui à une fiction cinématographique sur l’Holocauste doit prendre en compte deux jurisprudences, Charybde et Scylla de la monstration du mal. La plus ancienne, nommons-la « jurisprudence Kapo », du nom du film de Gillo Pontecorvo sorti en 1960 et dont Jacques Rivette fit une critique cinglante restée célèbre. On peut résumer celle-ci à un rejet de l’esthétisme, jugé contreproductif et honteux, dans le traitement d’un tel sujet, comme il apparaît au sein du film dans un travelling avant sur le cadavre d’Emmanuelle Riva, déportée suicidée sur une clôture électrique (revu aujourd’hui, le plan incriminé semble surtout maladroit, n’osant ni la pudeur, ni le voyeurisme mais un entre-deux sans objet). La jurisprudence Claude Lanzmann est plus récente puisqu’elle date de 1994. Dans un article pour Le Monde, l’auteur de Shoah sonnait la charge contre la trivialité et la transgression à l’œuvre, selon lui, dans La Liste de Schindler de Steven Spielberg.…

L’Incorrect

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