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L’argent de la culture : le nerf de la propagande

Pascal Ory, dans La Belle Illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire (Plon, 1994) raconte comment l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1936 a provoqué un basculement et fait apparaître la notion même de « culture ». Jusqu’alors, seuls les Beaux-Arts avaient droit de cité, et l’État se bornait à organiser des concours et distribuer des récompenses. À l’inverse, Léon Blum, Jean Zay (Éducation nationale) ou Léo Lagrange (Loisirs) ont orienté l’action publique en direction d’une culture populaire et de masse, encadrée et financée par l’État, une politique établie en convergence avec une nuée d’associations culturelles qui se sont créées en se réclamant du Front populaire. Enfin, les syndicats et partis politiques de gauche ont alors décidé d’accorder une importance stratégique à cette question culturelle. Radio, cinéma et télévision furent ainsi noyautés par les progressistes. 90 ans plus tard, la gauche maintient son hégémonie et verrouille les commissions.…

Olivier Maillart : « Il y a plusieurs Tom Cruise »

Du bon connard ?

C’est la première image que j’ai eue de Cruise, celle qui correspond à ses premiers rôles, et à laquelle on s’arrête trop souvent, malheureusement. Le jeune premier aux dents blanches, la tête à claques des années Reagan : détestable, lisse, qui plus est acteur médiocre. Il n’en est pas resté là, Dieu merci.

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Du poète futuriste Marinetti ?

Le cinéma hollywoodien spectaculaire relève, comme le dirait Paul Virilio, de la catégorie des armes puisqu’il mène le temps de la projection une véritable guerre à nos perceptions. Par la surprise, la sidération, l’agression de nos oreilles et de nos yeux, il nous restitue un monde fragmenté, recomposé, moderne, en tout cas jamais vu avant lui. En cela, le cinéma cruisien rejoint de manière inattendue certains des vœux exprimés par l’auteur du Manifeste du futurisme, ainsi son fameux éloge de la beauté de la guerre.…

[Opéra] Parsifal, le Graal retrouvé

Il faut s’en remettre aux techniciens de l’Opéra de Vienne, seuls rescapés des diktats sanitaires au printemps 2021: le Parsifal monté à l’époque devant les loges vides fut le grand événement lyrique de ces dernières années. La télé en assurait la diffusion, mais les mélomanes peu friands de transpositions théâtrales seront mille fois plus comblés par la captation audio que Sony vient enfin de publier. Pourquoi se creuser la tête à décrypter les images de Kirill Serebrennikov (celui-là même qui allait piétiner Lohengrin à l’Opéra Bastille en 2023), avec une pareille distribution? Du premier au dernier des rôles, on tient là les meilleures voix que l’on puisse rassembler aujourd’hui pour le « festival scénique sacré » de Wagner. Jonas Kaufmann, d’abord : un Parsifal viril, habité, saisissant d’humanité, « chaste fol » tout en sensibilité et nuances.

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Ensuite le Gurnemanz anthologique de Georg Zeppenfeld, un monument d’autorité, de subtilité, de douceur.…

[Cinéma] Hors-saison : bluette puante

Une vedette de cinéma qui a planté en cours de répétition sa première pièce au théâtre se met au vert en thalasso. C’est là qu’il tombe sur un amour de jeunesse d’avant l’époque de sa gloire… Ce qui frappe d’abord dans Hors-saison est la qualité de la photographie signée Antoine Héberlé, poudrée, légèrement surexposée, qui donne envie de se lover dans l’image. On comprend malheureusement vite qu’elle aurait mérité de sublimer un meilleur film.

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Stéphane Brizé a vu les derniers Ôstlund, il s’est aussi souvenu de Lelouch, un homme, une femme, chabadabada (ici remplacé par une musiquette dégoulinante de Vincent Delerm). Résultat : son film est une bluette puante, avec kidnapping de vraies gens sommées de raconter leur vie – une pensionnaire tombée amoureuse d’une autre en EHPAD. L’amour sanctifie tout, sauf quand on est un artiste ébloui par les lumières de la scène.…

[Cinéma] Une famille : Nuremberg intime

On se demande pourquoi Christine Angot ne l’a pas fait avant : transcrire sur le grand écran tout son gourbi névrotique et autofictionnel, tant le cinéma, art de propagande s’il en est, semble conçu aussi pour cela : célébrer le narcissisme. Si l’inceste dont elle a été la victime a brisé sa vie, il a aussi fait tragiquement gonfler son ego. Dans ce documentaire-vérité, la romancière met son entourage à l’épreuve, fait défiler au pas tous ceux qu’elle juge responsables de sa tragédie familiale : belle-mère, ancien mari, jusqu’à sa mère et sa fille à qui elle soutire des aveux embarrassés sans ciller une seule seconde.

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Angot orchestre ce Nuremberg intime en véritable sociopathe : glaciale, imperturbable et incapable de voir autre chose qu’elle-même dans cet inceste fondateur. D’ailleurs les deux seuls moments où elle a l’air ému, ce sont ceux où d’autres font les louanges de son œuvre : là, enfin, sa bouche se met à trembler, ses yeux s’humidifient de larmes de reconnaissance.…

L’exception culturelle française : avantages et paradoxes d’une préférence nationale

Justine Triet, récompensée de la Palme d’or pour Anatomie d’une Chute, profita de sa tribune pour s’attaquer à la réforme des retraites du gouvernement et à « la marchandisation de la culture […] en train de casser l’exception culturelle française ». Rima Abdul Malak, alors ministre de la Culture rétorqua immédiatement: «Heureuse de voir la Palme d’or décernée à Justine Triet, la dixième pour la France! Mais estomaquée par son discours si injuste. Ce film n’aurait pu voir le jour sans notre modèle français de financement du cinéma, qui permet une diversité unique au monde. Ne l’oublions pas ». Mais qu’est-ce que cette fameuse exception culturelle française ?

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Un système très généreux

Dès 1959, avec la création du ministère des affaires culturelles, André Malraux lance un système d’avance sur recettes pour soutenir le cinéma national. Chaque année, le total des aides accordées grâce à lui s’élève à 29 millions d’euros pour une soixantaine de films bénéficiaires qui touchent en moyenne 500000 euros.…

Johnny Mafia : groupe pirate, album parfait

Certains me reprochent de trop parler d’alcool et de drogue lorsque je parle musique. Pardon, mais il est difficile de ne pas le faire; il faudrait même avoir un sacré talent de dissimulateur pour occulter pareil sujet. Et si je montre une réalité qu’on ne peut ignorer, c’est pour en révéler ses esclavages qui, comme toutes les passions, nous asservissent sans doute plus qu’elles nous libèrent. Le peintre n’a pas à s’excuser pour ce qu’il peint ; ni même de l’ardeur des couleurs qu’il choisit. Cela étant dit, un miracle se produit parfois. C’est le cas avec Johnny Mafia, groupe de Sens, qui ne m’obligera pas à utiliser les mots excès, débauche, overdose, morgue et mort. Merci à eux de me sortir de mes écueils et autres obsessions (ma mère en sera ravie). En revanche – et je m’en excuse – il me sera impossible d’ignorer le mot vomi qui apparait dans l’un de leurs singles.…

Un ministère pour quoi faire ?

D’un côté, une émission de rap ultra-populaire chez les 12-18 ans, diffusée en direct sur Twitch et sur laquelle la « crème » de la scène hip-hop francophone défile sans sourciller, de Freeze Corleone à Damso. De l’autre, une ministre de la Culture fraîchement nommée, figure de proue d’un gouvernement Attal qui entend bien prouver que le « virage à droite » de la Macronie n’est pas seulement un élément de langage autorisé par les communicants. Devinez quoi : les deux se sont rencontrés, dans cette espèce de collision fatale et ubuesque dont notre post-modernité semble friande. On dirait la séquence taillée pour les réseaux sociaux, du reste on la distingue mal d’un sketch parodique du Groland. « Venez au ministère avec vos manettes » s’enjaille Rachida, avant d’entamer un coupé- décalé endiablé, entourée par une dizaine de banlieusards casquettés et visiblement ravis de faire le buzz.

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D’un côté comme de l’autre, effectivement, le buzz est assuré : la communauté rap dénonce l’attitude des responsables de l’émission, qui trahissent le rap en s’abaissant à convier une ministre, ex-sarkozyste qui plus est (le scandale suprême lorsqu’on sait à quel point Sarkozy en son temps cristallisa toute la haine des tenants de la « culture urbaine »), de l’autre la droitosphère s’indigne qu’une ministre puisse s’afficher aux côtés d’islamistes et de voyous potentiels.…

L’Incorrect

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