


À LIRE : LES DROITS CONTRE LA LOI
POURQUOI LA LOI NATURELLE ?, PIERRE MANENT, Boleine, 66 p., 9 €
Le monde éditorial, pour ce qui concerne les essais, mise à peu près tout sur les personnes vues à la télé qui torchent trois cents pages mal écrites à partir d’une idée rarement nouvelle. Avec leur collection court format, les éditions Boleine en prennent l’exact revers : chaque texte, en forme de leçon précise et néanmoins magistrale, est une petite bombe d’intelligence chrétienne, contenant une riche idée par page au moins. Pourquoi la loi naturelle ? de Pierre Manent ne déroge pas à la règle : l’éminent philosophe, spécialiste de la question, y analyse les ressorts selon lesquels la loi naturelle qui informait jadis le politique a été balayée. La loi naturelle appelle au perfectionnement, par l’intelligence et la volonté, de tendances naturelles qui nous sont propres (l’union des sexes pour la reproduction, l’association politique, la recherche de Dieu).…


L’expression n’est pas de moi et dépasse largement l’économie d’une part, la religion d’autre part ! Je la reprends bien volontiers à mon compte dans la mesure où elle est une façon de reconnaître implicitement l’existence naturelle de la famille et de nous prémunir d’une conception strictement individualiste de celle-ci. Mais, puisque vous associez le qualificatif « catholique » à mon statut d’économiste, ce qui est factuellement exact, je précise que si je prends comme définition de la famille celle de la Doctrine sociale de l’Église qui a l’avantage d’être précise, j’en démontre la pertinence avec des arguments qui relèvent uniquement de l’économie. En cela, je ne fais que répondre à Jean Paul II quand il demande aux scientifiques de faire non pas de la philosophie, de la morale ou de la théologie, mais de la science. Comme économiste, je m’adresse donc, au-delà des croyants, à toutes les personnes de bonne volonté, celles qui peuvent être touchées par la raison. [...]


À LIRE : ANTIMODERNE MALGRÉ LUI
LA MODERNITÉ À CONTRE-COURANT, ALAIN FINKIELKRAUT, Bouquins, 1 152 p., 32€
Alain Finkielkraut fait son entrée dans la célèbre collection Bouquins, et c’est parfaitement mérité pour l’un des plus excellents penseurs de ce dernier demi-siècle. Outre deux essais (Nous autres modernes et L’Humanité perdue), La Modernité à contre-courant compile plusieurs livres d’entretiens, complétés par une sélection d’articles de presse, le tout s’étalant du milieu des années 1990 à 2023. C’est donc une pensée doublement en actes que nous donne à redécouvrir ce parcours de lecture, une pensée passée à l’épreuve des méditations que fait naître le temps long, et de la confrontation avec des interlocuteurs de registres fort divers : l’adversité du philosophe communiste Alain Badiou (dont la négation du péril islamiste dans leur échange de 2010 fait rétrospectivement froid dans le dos tant elle paraît niaise), l’amitié tendre mais contrariée d’Élisabeth de Fontenay ou l’admiration de son disciple québécois Antoine Robitaille.…


Cela s’explique par l’ampleur du carnage final, perpétré par l’armée Thiers et Mac Mahon. Si l’on ne peut qu’être saisi d’horreur et d’indignation devant la répression de dix mille hommes, femmes et adolescents, devant les cours martiales bâclées et les haines réciproques, tout cela a entraîné un abandon de l’esprit critique vis-à-vis de la Commune. Les extrêmes gauches ont créé un totem qui triomphe d’autant plus aujourd’hui que les historiens classés à droite se sont rarement penchés sur ce sujet. Inversement, les « Versaillais » sont rejetés dans les ténèbres de la honte. Selon les cas, on y mêle les députés (élus en février1871), le gouvernement de Défense nationale, avec Thiers à sa tête, l’armée, mais aussi les bourgeois, les « ruraux », les curés, les rentiers, les fonctionnaires. La binarité (gentils contre méchants) est le résidu d’une mémoire longue à propos d’une guerre civile dont la honte fut partagée. [...]
L’Incorrect
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