
IDÉES

L’islam comporte des prescriptions rituelles et juridiques comme dans le judaïsme mais avec une portée universelle comme dans le christianisme. Est-ce la cause du choc culturel qui se produit nécessairement quand il rencontre d’autres cultures ?
Il faudrait commencer par se demander pourquoi l’on ne se refuse à chercher l’essence d’une religion que dans le cas de l’islam. Il existe des livres sur l’essence du christianisme ou sur l’essence du judaïsme – c’est leur titre. Ce dont il faut se garder, c’est de confondre les quatre sens du mot « islam » que j’ai essayé de distinguer : l’attitude fondamentale de soumission à Dieu, la religion de Mahomet avec ses croyances et ses règles (les « cinq piliers »), la civilisation du monde islamisé, et enfin les populations habitant ledit monde. Pour qui confond les deux premières significations, l’islam comprend les autres religions comme des trahisons par rapport à l’attitude originelle, et même antérieure à la création, de reconnaissance de la souveraineté exclusive d’Allah. La scène figure dans le Coran (VII, 172). De ce point de vue, tout non-musulman est objectivement un apostat ou un amnésique. Au fond, il n’y a sur terre que des musulmans, soit conscients, soit oublieux. Adhérer à l’islam est donc moins une conversion qu’une reconversion. [...]

14 avril 2023
Ce fut une très salutaire réaction du monde académique que l’organisation en janvier 2022, par le Collège de Philosophie et l’Observatoire du décolonialisme, du colloque dit « contre le wokisme » dont l’objet était de diagnostiquer et de répondre aux assauts devenus systémiques, pour reprendre leur terme, du « déconstructionnisme » contre la connaissance. Organisé par Xavier-Laurent Salvador, Pierre-Henri Tavoillot et Emmanuelle Hénin, introduit par les propos mielleux d’un Jean-Michel Blanquer dont il faut toutefois saluer le courage, il réunissait une cinquantaine d’intellectuels dont quelques-uns des esprits les plus aiguisés de l’université française : citons pêle-mêle Pierre-André Taguieff, Dominique Schnapper, Pierre Vermeren, Olivier Rey, Pierre Manent ou Jean-François Braunstein. Ordre du jour : sauver l’esprit critique des études critiques. [...]
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11 avril 2023
Inconnu pour certains, marxiste invétéré pour d’autres, André Gorz n’est « pas un maitre à penser » mais bien un « auteur de combat » assure Sylvain Monnier. L’enseignant-chercheur signe un ouvrage croisant la vie éprouvée de Gorz, né Hirsch en Autriche, et la genèse d’une pensée évolutive qui syncrétise, entre autres, marxisme et existentialisme.
Que l’on ne s’y méprenne pas, si Gorz « est indubitablement un penseur de gauche, il n’a rien d’un marxiste orthodoxe ni d’un socialiste de bon ton ». Reste l’omniprésence de la dialectique de l’aliénation dans le travail, que Gorz ne cherche toutefois pas à éradiquer mais à restaurer comme « autopoïèse de l’humanité », c’est-à-dire en vue de l’accomplissement libre de l’homme. Clairement anticapitaliste, sa critique du travail dépasse le matérialisme marxiste qui fait fi des dimensions culturelle et spirituelle de l’homme. [...]
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3 avril 2023
Parmi les grands critiques contemporains du libéralisme, Michael Sandel occupe à n’en pas douter une place de choix. Son grand œuvre : avoir porté un coup très sévère à la neutralité libérale – cette idée au fondement de la modernité d’après laquelle il faut laisser les sujets libres et indépendants choisir leurs propres finalités, de sorte que la société doit être gouvernée par des principes de justice purement procéduraux qui ne présupposent aucune conception particulière de la vie bonne. Le juste précèderait le bien. Parmi d’autres, John Rawls déclina politiquement ce libéralisme déontologique d’inspiration kantienne dans sa Théorie de la justice (1971). [...]
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31 mars 2023
L’Amérique, terre de tous les possibles ? Ancien et futur agriculteur, le journaliste Michael Warren Davies en est l’une des plantes les plus fantasques. Anarcho-royaliste et luddite de tendance décroissante et néoféodale, puisant chez Bellarmin, de Maistre et Chesterton, MWD moque les pudeurs conservatrices et assume rêver d’une restauration de la chrétienté, réhabilitant pour cela, […]
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27 mars 2023
Vous venez d’éditer le deuxième tome des Œuvres complètes d’Étienne Gilson à la Librairie Vrin. Pourquoi rééditer Gilson ? Pourquoi le lire encore aujourd’hui ?
Gilson est un auteur à mon sens incontournable pour le XXe siècle philosophique et culturel. Il fut, au témoignage de Jean-Luc Marion, « le découvreur d’un continent », « l’un des rénovateurs du thomisme », et « un penseur aussi original et puissant, auquel l’université doit beaucoup en France de sa grandeur ». « À chaque détour du travail philosophique, poursuivait Marion dans un bel hommage, nous rencontrons des monuments silencieusement indicatifs et absolument incontournables, ceux d’une pensée installée sur un sol si profond que, malgré les traits de son âge, nous savons qu’elle n’a pas fini de nous aider ». Gilson (1884-1978) fut professeur en Sorbonne, à l’École Pratique des Hautes Études, au Collège de France, membre de l’Académie française, etc. Il fut en effet l’auteur d’une œuvre considérable en histoire de la philosophie, en métaphysique, en philosophie politique, qui au fil des ans apparaissait comme dispersée et dont on peinait à établir les contours exacts. C’est la raison pour laquelle Vrin a lancé le projet des Œuvres complètes, dont le deuxième volume vient de paraître. Les deux premiers tomes (2019, 2023) reprennent pas moins de 300 articles, recensions, conférences, allocutions, opuscules de Gilson. On peut enfin lire dans un même ouvrage, une même naissante collection, tous ces matériaux.
Lire aussi : Le pari de Rod Dreher
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21 mars 2023
Alasdair MacIntyre, né en 1929, est un philosophe écossais installé aux États-Unis où il a enseigné dans plusieurs universités. Il est devenu ces dernières décennies le maître de la critique de la philosophie libérale qui guide notre monde.
Après une jeunesse communiste, il se tourne vers Aristote, découvre saint Thomas d’Aquin et se convertit au catholicisme en 1983. « MacIntyre, écrit son excellent biographe français, Émile Perreau-Saussine(Alasdair MacIntyre, une biographie intellectuelle : Introduction aux critiques contemporaines du libéralisme, Presses Universitaires de France, coll. « Léviathan », 2005), place au cœur de sa réflexion ce que le libéralisme tient aux marges de la politique : l’âme, la communauté et la vérité. Une constance se dégage ainsi, sous le chaos apparent. La critique du libéralisme est à la fois la basse continue et la cause finale de son œuvre. » MacIntyre s’élève ainsi logiquement contre la totale séparation du sacré et du profane : « Si notre religion est fondamentalement sans rapport avec le politique, alors nous comprenons le politique comme un royaume en dehors du règne de Dieu. Séparer le sacré et le profane, c’est ne reconnaître l’action de Dieu que dans les limites les plus étroites ». [...]
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20 mars 2023
Dans son livre consacré à saint Thomas d’Aquin, Chesterton fit remarquer qu’« il faut argumenter en partant des raisons de notre adversaire plutôt que des nôtres, ou ne pas argumenter du tout ». Sohrab Ahmari, que nous vous présentions dans notre numéro de juillet dernier, se plie rigoureusement à ce principe dans son dernier livre, The Unbroken Thread (2021). Il y offre une critique du relativisme moral proposé par la post-modernité libérale. Comme alternative, il invite à dévider le « fil non rompu » de la tradition. Le livre s’articule autour de douze questions que la morale postmoderne laisse en jachère, et relie chacune de ces questions à une figure dont la vie et l’œuvre répondent à ces tensions à la lumière de la morale traditionnelle. [...]
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