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L’indispensable Mathieu Bock-Côté

Dans son nouvel essai, Les Deux Occidents – de la contre-révolution trumpiste à la dérive néosoviétique de l’Europe occidentale, Mathieu Bock-Côté poursuit son œuvre aussi indispensable que salutaire d’étude de l’ingénierie progressiste à l’œuvre en Occident. Les peuples grondent, alors l’oligarchie version soviet du XXIè siècle panique. Les libertés se réduisent à peau de chagrin et la nomenklatura surveille. Les goulags n’ont pas été remis au goût du jour, mais comme le Québécois l’avait merveilleusement bien disséqué dans son essai précédent (Le Totalitarisme sans le goulag, Presse de la Cité), la dérive totalitaire s’en passe très bien. Le cercle de la raison a expulsé tous ses opposants de l’autre côté de la frontière de la légitimité (ce qui fait quand même un sacré paquet de monde) et s’ils grognent un peu trop, on les assèche financièrement et socialement. Mais voilà, un drôle de caillou s’est glissé sous leurs arpions.…

Trois prix de L’Incorrect pour sauver la saison

Mardi 7 octobre 2025, alors que la deuxième liste de sélection du Goncourt maintenait l’ennuyeuse Natacha Appanah et le pathétique Paul Gasnier dans la course au pompon suprême, le jury du prix de L’Incorrect se réunissait bouillant de passion et fumant d’arguments implacables. Formé de l’intrépide Emma Becker, romancière de style et de choc, du féroce et magique Olivier Maulin, de Bernard Quiriny, tout de flegme caustique et de goût pour les marges hautes, de Marc Obregon, subtil, apocalyptique et radieux, mais condamné à l’eau pour quelques semaines encore, et Romaric Sangars, partisan des avant-gardes fulminantes et garant de l’intransigeance de tous, le jury aura su établir en deux heures à peine la meilleure liste de candidats de tout Saint-Germain-des-Prés. Son secret pour un tel résultat ? Une absence totale de pressions politiques, amicales, sexuelles et financières – climat rarissime en ces territoires ; une atmosphère de camaraderie dans la pureté sauvage ; un talent inné et commun pour la justice expéditive.…

Étienne-Alexandre Beauregard : pour un renouveau conservateur
Qu'est-ce que l' « anti-civilisation » ? Dans quelle mesure le progressisme en est-il responsable ?

Le sociologue Norbert Elias définissait la civilisation comme un consensus social fondé sur l’autocontrainte des pulsions individuelles pour vivre ensemble de manière apaisée. Je postule quant à moi qu’une dynamique d’anti-civilisation est le mouvement inverse, soit l’exaltation des comportements antisociaux et des particularismes, qui entraîne l’effritement de la cohésion sociale et le conflit. Depuis la seconde moitié du xxe siècle, la pensée progressiste a fait de l’idée de déconstruction le cœur de sa doctrine, que ce soit par l’exaltation de la « diversité » ou par son incapacité croissante à tolérer les interdits. Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui, alors que le moment « woke » a marqué une radicalisation de cette intolérance envers les structures héritées du passé. Néanmoins, cette déconstruction n’est pas sans conséquence pour des institutions fondamentales comme la famille et la nation, qui exigent de chacun une part d’abnégation en échange des bénéfices et du sens qu’elles procurent. [...]
Idées : les essais à lire et à fuir de septembre

À FUIR

LA LANGUE ARABE, UNE CHANCE POUR LA FRANCE, JACK LANG, Tracts Gallimard, 48 p., 4,99 €

Sacré Jack ! Non content d’avoir été parachuté à la tête de l’Institut du monde arabe, le bougre nous inflige un tract consacré à son amour pour la langue arabe. Rabelais et François 1er n’ont-ils pas vanté les mérites de la langue mahométane ? L’ancien ministre de la Culture nous ressort tous les poncifs : que la langue française comporte 400 mots d’origine arabe, que tous les Français utilisent les mots kebab, toubib et moucharabieh (?), jusqu’à nous refaire l’étymologie de quelques légumes qui auraient leur origine de l’autre côté de la Méditerranée. Comble de la mauvaise foi, Lang nous rappelle que l’arabe n’est pas seulement la langue du Coran, mais aussi celle des « poésies anté-islamiques ». On doute fort que les Français qui se tournent vers l’arabe soient attirés par la sagesse soufie ou les élégies d’Ibn Arabi, mais passons.…

L’éternel retour du mensonge idéologique
Professeur de philosophie politique, Daniel J. Mahoney est depuis longtemps un auteur de référence sur le conservatisme occidental. Doté d’une grande érudition et d’une connaissance profonde de la pensée française, ce qui est rare pour un Américain, il a notamment signé des essais sur Pierre Manent, Raymond Aron, Alexandre Soljénitsyne et Roger Scruton. The Persistence of the Ideological Lie puise dans ces inspirations pour offrir un diagnostic du moment présent, et contextualiser la « révolution woke ». [...]
Cicéron : la vertu en acte
Il est sans doute le plus grand auteur latin classique, à l’origine d’une œuvre monumentale qui compte discours, correspondances et traités en tout genre. Source de l’humanisme occidental, rien ou presque de sa pensée ne semble pourtant être resté, comme si sa réputation avait tout éclipsé. À peine se souvient-on de quelques éléments biographiques – originaire de la classe équestre, il devient à force de travail l’un des avocats les plus brillants de Rome, avant de se lancer en politique ; élu consul en -62, il est le premier homo novus (aucun de ses aïeux n’a occupé de charge publique) depuis une trentaine d’années à remplir le cursus honorum ; sénateur proche du parti conservateur (les optimates, opposés au réformisme des populares), il déjoue le coup d’État de Catalina puis se lie à Pompée contre César, puis à Octave contre Marc-Antoine, mais finit trahi et assassiné. [...]
« Le Prince et la loi en Occident » : miroir des bons princes
En quoi le prince est-il fondé à gouverner ? À quel point le peuple lui a-t-il délégué son pouvoir ? Dans quelle mesure son action est-elle soumise à la loi et circonscrite à un périmètre d’action ? Quels rapports entretient-il avec la coutume qui le précède et avec le droit naturel qui le surpasse ? À toutes ces questions qui sont le fond du problème politique, Yves Sassier examine les réponses que leur ont apportées les Occidentaux depuis l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge tardif, dans une fresque passionnante qui tient ensemble érudition et concision. Où l’on voit que la France est bien fille d’Athènes, de Rome et de Jérusalem. [...]
Mary Harrington : pour un féminisme réactionnaire
Vous ouvrez le livre en évoquant votre cheminement personnel. Comment vous êtes-vous rendue compte avoir été dupée par le féminisme progressiste ?

Je n’ai pas tant été trompée par le féminisme progressiste que par le libéralisme dans son ensemble, c'est-à-dire une idéologie qui invite chaque individu réputé libre et autonome à faire non seulement ce qu'il veut, mais aussi à ne pas faire ce qu'il ne veut pas. Lorsque j'ai eu un enfant, j'ai rapidement compris que ce cadre était totalement inadéquat pour rendre compte de la relation d'amour viscéral et de dépendance totale qui existe entre une mère et son bébé. Lorsque votre enfant pleure pour avoir du lait au milieu de la nuit, vous ne pouvez pas rester allongée et penser « je ne veux pas me lever ». Cette prise de conscience m'a amenée à plusieurs conclusions en rupture avec le féminisme libéral. D'une part, cela implique qu'il existe des limites naturelles à l'aplanissement des différences entre les sexes ; cela suggère également que la liberté individuelle offre une vision trop réductrice du bien, en ne tenant pas compte de la valeur à accorder au soin apporté à nos proches dépendants. La maternité est l’angle mort du féminisme dominant depuis la deuxième vague. [...]

L’Incorrect

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