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« Le Christianisme à l’épreuve de l’histoire » de Philippe Bénéton : Intelligence du catholicisme
Les dynamiques sociales et le mouvement des idées entretiennent la plus passionnante des conversations. Ainsi la période précédente, celle des folies sociétales qui détricotaient pour de bon notre dentelle sociale et anthropologique, fut comme ramassée par le maître-ouvrage de Chantal Delsol, La Fin de la chrétienté. La civilisation chrétienne était défaite ; mais la foi devait encore être défendue pour ne pas être emportée avec elle – et l’on assista au retour spectaculaire de l’apologétique. Aussi, après nous être enthousiasmés ces dernières années de la hausse continue des baptêmes d’adultes, il fallait un livre jalon qui vienne échafauder la cathédrale des croyants pour qu’elle puisse lancer plus haut encore ses flèches nouvelles. C’est ce livre que nous tenons entre les mains. [...]
La viande pour les nulles

Les gauchistes sont formidables. Lorsqu’ils se sentent menacés, ils pleurnichent et crient à l’essentialisation. Ce sont pourtant les premiers à se vautrer dedans lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts. Dernier exemple en date, ce brûlot commis par une « autrice genevoise » dont le but consiste à nous faire croire que le sexisme et le « carnisme » sont défendus par les mêmes personnes : ces hommes infâmes qui vous expliquent que rien ne vaut un bon steak seraient les mêmes qui abusent des femmes. C’est scientifiquement prouvé, puisqu’on vous le dit. De là à nous expliquer que les « viandards » sont de gros cons prolétaires, il n’y a qu’un pas que Castillo franchit allègrement – tutoyant au passage le mépris de classe le plus forcené, mais passons… Elle nous rassure : les patrons de la Silicon Valley sont tous végétariens et défenseurs de la cause animale. La technocratie a encore de beaux jours devant elle… Si la consommation de viande à outrance est en effet à interroger, puisque le fait d’en consommer à chaque repas est bel et bien une invention capitaliste récente, notre « penseuse » helvète préfère taper sur les mêmes cibles que toutes ses consœurs néo-fems : à savoir les hommes, de Platon (!)…

Croisades contre les idées reçues

Suite au décès de Martin Aurell, professeur d’histoire à l’université de Poitiers, qui venait de faire paraître sa belle biographie d’Aliénor d’Aquitaine, nous ne pensions plus avoir le plaisir de lire encore un inédit de l’éminent médiéviste. Et pourtant, cette chance nous est une ultime fois offerte avec Les Croisades – Histoire et idées reçues, ouvrage qu’il a codirigé avec Sylvain Gouguenheim, professeur d’histoire médiévale à l’ENS de Lyon rendu célèbre par la triste affaire à laquelle il donna son nom il y a de cela vingt ans. Cette somme réunit autour des deux un cortège d’historiens internationaux et spécialistes des croisades, dont l’objectif est de rendre sa complexité au phénomène en tordant le cou aux nombreuses caricatures qui en sont faites. L’ouvrage, organisé en chapitres thématiques qui adoptent chacun une approche originale ou inattendue, s’adresse plutôt aux initiés à l’histoire médiévale, au vu de sa densité et de son érudition.…

« L’Euthanasie en débat » : tu ne tueras point
À ceux qui souhaitent y voir plus clair sur l’euthanasie ou qui cherchent des arguments pour convaincre leur entourage, voilà le livre qu’il vous faut. Il est signé par l’apologète Matthieu Lavagna, auteur d’une entrée remarquée dans le débat public avec Soyez rationnel, devenez catholique, suivie d’ouvrages de circonstance : une réponse aux élucubrations d’Onfray (Le Christ n’est pas un mythe), une critique non-religieuse de l’avortement (La Raison est pro-vie), désormais une réfutation des arguments pro-euthanasie (L’Euthanasie en débat). À chaque fois, la même démarche féconde : s’il mène ces combats sociétaux au nom du Père, c’est toujours en usant d’arguments rationnels et non-religieux, et en s’appuyant sur le cadre légal de la République laïque. Diplômé en mathématiques, inspiré par la philosophie analytique et la disputatio médiévale, il surprend le lecteur français sur la forme – pas de grandes envolées littéraires, mais une argumentation serrée, didactique, référencée, en fait imparable, qu’il déroule aussi facilement qu’une bobine de fil.
Alexis Rostand : derrière la catastrophe, l’espérance
Qu'est-ce qu'une catastrophe ? Quelles différences avec le déclin ou la décadence ?

Au sens littéral, la catastrophe est un renversement et une chute. Un « mouvement vers le bas » qui coïncide avec la rupture d’un équilibre et qui, ce faisant, révèle une vérité cachée. Elle diffère du déclin et de la décadence qui constituent des processus qui s’étalent dans le temps, tandis qu’elle désigne l’instant capital où tout se joue, ce qui lui confère son intensité métaphysique et sa force de fascination. [...]
Alasdair MacIntyre : un géant dans les ruines
Nous sommes dans les années 1960, et le marxisme vient d’être invalidé par le tribunal de l’histoire, suite aux révélations des crimes de Staline. Avec lui, ce sont l’ensemble des idéologies de la totalité qui ont failli ; l’ordre libéral en sort grand vainqueur. On redécouvre l’importance des grandes séparations, garanties des libertés individuelles : État/société, privé/public, justice/morale, profane/sacré. Bref, there is no alternative. Une question obsède toutefois le jeune MacIntyre, ancien communiste : comment élaborer une critique morale du stalinisme – ce qui suppose que la morale n’est ni purement privée, ni purement relative, comme on le suppose alors. Cette interrogation sera le programme d’une vie. [...]
Le meilleur et le pire des essais de juin
À LIRE : LE GRAND ARCHITECTE

Nous étions plutôt enclins à croire la rumeur populaire qui dit que parmi les professions les plus détestées des Français figurent – en haut du podium – les architectes et les journalistes. Pour les seconds, nous ne réviserons pas immédiatement notre jugement, mais pour les premiers nous sommes contraints de le faire. Rudy Ricciotti, architecte français du Mucem (entre autres), artiste du béton (si, si c’est possible) vient de sauver leur honneur en nous donnant ce court essai, beau livre modeste, tonique et tranchant ; à la fois guerrier et gonflé par l’esprit de camaraderie. Ricciotti l’avait déjà écrit il y a dix ans : L’Architecture est un sport de combat (Éd. Textuel), et il le prouve encore ici. Plus conteur que pamphlétaire, l’architecte nous emporte par son sens du récit et devient – avec sa troupe d’ouvriers – un cousin camarguais des personnages de Chesterton, grandiloquent et outré : méridional donc, mais toujours vrai et touchant ; soucieux de nous transmettre la réalité du terrain quand il se fait professeur et guide de ce monde méconnu (on rêverait d’une histoire de l’architecture écrite par lui). Au fil des pages, avec force anecdotes (authentiques morceaux de littérature qui voisinent parfois avec la fable), l’architecte alterne entre les gifles – pour ne pas dire les coups de poing remontants – au monde moderne bureaucratique, froid, stupide et laid, et la célébration du savoir-faire, de la créativité, de la loyauté, de la nature et de la beauté (ce gros mot), à laquelle il n’a pas renoncé. C’est au final le récit vrai de l’éternel combat de la barbarie contre la culture qui nous est ici narré ; de la bêtise automatisée contre l’esprit de finesse (autre nom de l’insoumission qu’il professe). Et soudain nous comprenons que la vie de chantier est un mode de vie et nous nous surprenons à regretter de ne pas pouvoir faire partie de la compagnie à cause de notre incapacité à planter un clou. Prodigieux. Nicolas Pinet [...]
René Descartes : le poison et l’antidote
Que faire de René Descartes ? Peut-on le relire, ou plutôt s’y regarder comme en un miroir, pour y voir clair en notre époque ? Cette actualité de Descartes est ce que le philosophe Robert Redeker se propose de montrer dans Descartes : le miroir aux fantômes, en parcourant librement son œuvre et en méditant avec lui, et parfois contre lui – par-delà certains clichés persistants qui entachent une œuvre si célèbre qu’on croit la connaître. En une vingtaine de courts chapitres, il médite, rêve ou critique les textes du glorieux philosophe, le lisant au prisme de notre époque, de ses questions, de ses maux et de ses doutes. [...]

L’Incorrect

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