
IDÉES


Les gauchistes sont formidables. Lorsqu’ils se sentent menacés, ils pleurnichent et crient à l’essentialisation. Ce sont pourtant les premiers à se vautrer dedans lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts. Dernier exemple en date, ce brûlot commis par une « autrice genevoise » dont le but consiste à nous faire croire que le sexisme et le « carnisme » sont défendus par les mêmes personnes : ces hommes infâmes qui vous expliquent que rien ne vaut un bon steak seraient les mêmes qui abusent des femmes. C’est scientifiquement prouvé, puisqu’on vous le dit. De là à nous expliquer que les « viandards » sont de gros cons prolétaires, il n’y a qu’un pas que Castillo franchit allègrement – tutoyant au passage le mépris de classe le plus forcené, mais passons… Elle nous rassure : les patrons de la Silicon Valley sont tous végétariens et défenseurs de la cause animale. La technocratie a encore de beaux jours devant elle… Si la consommation de viande à outrance est en effet à interroger, puisque le fait d’en consommer à chaque repas est bel et bien une invention capitaliste récente, notre « penseuse » helvète préfère taper sur les mêmes cibles que toutes ses consœurs néo-fems : à savoir les hommes, de Platon (!)…

Suite au décès de Martin Aurell, professeur d’histoire à l’université de Poitiers, qui venait de faire paraître sa belle biographie d’Aliénor d’Aquitaine, nous ne pensions plus avoir le plaisir de lire encore un inédit de l’éminent médiéviste. Et pourtant, cette chance nous est une ultime fois offerte avec Les Croisades – Histoire et idées reçues, ouvrage qu’il a codirigé avec Sylvain Gouguenheim, professeur d’histoire médiévale à l’ENS de Lyon rendu célèbre par la triste affaire à laquelle il donna son nom il y a de cela vingt ans. Cette somme réunit autour des deux un cortège d’historiens internationaux et spécialistes des croisades, dont l’objectif est de rendre sa complexité au phénomène en tordant le cou aux nombreuses caricatures qui en sont faites. L’ouvrage, organisé en chapitres thématiques qui adoptent chacun une approche originale ou inattendue, s’adresse plutôt aux initiés à l’histoire médiévale, au vu de sa densité et de son érudition.…


Au sens littéral, la catastrophe est un renversement et une chute. Un « mouvement vers le bas » qui coïncide avec la rupture d’un équilibre et qui, ce faisant, révèle une vérité cachée. Elle diffère du déclin et de la décadence qui constituent des processus qui s’étalent dans le temps, tandis qu’elle désigne l’instant capital où tout se joue, ce qui lui confère son intensité métaphysique et sa force de fascination. [...]


Nous étions plutôt enclins à croire la rumeur populaire qui dit que parmi les professions les plus détestées des Français figurent – en haut du podium – les architectes et les journalistes. Pour les seconds, nous ne réviserons pas immédiatement notre jugement, mais pour les premiers nous sommes contraints de le faire. Rudy Ricciotti, architecte français du Mucem (entre autres), artiste du béton (si, si c’est possible) vient de sauver leur honneur en nous donnant ce court essai, beau livre modeste, tonique et tranchant ; à la fois guerrier et gonflé par l’esprit de camaraderie. Ricciotti l’avait déjà écrit il y a dix ans : L’Architecture est un sport de combat (Éd. Textuel), et il le prouve encore ici. Plus conteur que pamphlétaire, l’architecte nous emporte par son sens du récit et devient – avec sa troupe d’ouvriers – un cousin camarguais des personnages de Chesterton, grandiloquent et outré : méridional donc, mais toujours vrai et touchant ; soucieux de nous transmettre la réalité du terrain quand il se fait professeur et guide de ce monde méconnu (on rêverait d’une histoire de l’architecture écrite par lui). Au fil des pages, avec force anecdotes (authentiques morceaux de littérature qui voisinent parfois avec la fable), l’architecte alterne entre les gifles – pour ne pas dire les coups de poing remontants – au monde moderne bureaucratique, froid, stupide et laid, et la célébration du savoir-faire, de la créativité, de la loyauté, de la nature et de la beauté (ce gros mot), à laquelle il n’a pas renoncé. C’est au final le récit vrai de l’éternel combat de la barbarie contre la culture qui nous est ici narré ; de la bêtise automatisée contre l’esprit de finesse (autre nom de l’insoumission qu’il professe). Et soudain nous comprenons que la vie de chantier est un mode de vie et nous nous surprenons à regretter de ne pas pouvoir faire partie de la compagnie à cause de notre incapacité à planter un clou. Prodigieux. Nicolas Pinet [...]

L’Incorrect
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