Espagne: Petite victoire pour Pedro Sánchez

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Ce dimanche 26 mai, l’Espagne élisait ses 54 représentants au Parlement européen, l’ensemble de ses conseils municipaux mais aussi 12 de ses 17 communautés autonomes.Ce scrutin avait des allures de second tour des élections générales anticipées du 28 avril dernier, qui avaient vu le succès du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Or, si l’opposition de droite – formée par le Parti populaire (PP), Citoyens (C’s) et Vox – appelait à une mobilisation massive pour tenter de ne pas être reléguée dans l’opposition totale, les sondages n’auguraient pas de très bons résultats pour elle.

 

 

De fait, les socialistes sortent gagnants de la journée électorale. Pedro Sánchez n’avait que peu à perdre car, même en cas de défaite de sa part, aucun concurrent sérieux ne pouvait émerger ni à l’extérieur, ni à l’intérieur du PSOE.

 

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Les résultats de dimanche dernier le confortent avec une victoire aux élections européennes : 20 députés, soit un progrès de six sièges, pour un total de près de 33 % des suffrages exprimés. Le Parti populaire, arrivé deuxième, perd quatre sièges avec 12 élus et environ 20 %. Les centristes de C’s gagnent 5 sièges (ils ont désormais 7 élus au Parlement européen). De son côté, la liste conjointe de Podemos et de la Gauche unie s’effondre. Les deux formations représentaient près de 18 % des suffrages (soit 11 élus) en 2014. Ensemble, elles plafonnent à 10 % et 6 sièges.

Le PSOE pourrait représenter l’un des principaux contingents nationaux au sein du groupe social-démocrate à Bruxelles, ce qui affermit la position internationale de Sánchez. Il pourrait parvenir à faire choisir sa tête de liste à ce scrutin, Josep Borrell, comme chef de la diplomatie européenne.

 

Le PSOE pourrait représenter l’un des principaux contingents nationaux au sein du groupe social-démocrate à Bruxelles, ce qui affermit la position internationale de Sanchez

 

Au niveau national, le PSOE réalise également une belle performance tandis que son principal adversaire, le PP, recule. Les socialistes arrivent en tête dans 10 des 12 régions qui votaient le 26 mai. Les partisans de Pedro Sánchez pourront rester en place aux Baléares, en Estrémadure, en Castille-La Manche (dans ces deux dernières, ils ont la majorité absolue à eux seuls) et dans les Asturies. Ils conquièrent même La Rioja, qu’ils pourront gouverner avec Podemos – alors que la droite y était hégémonique depuis 24 ans.

Les élections municipales ont globalement souri aux socialistes, qui l’emportent avec 7 points et 2 000 conseillers municipaux de plus que les conservateurs. En Galice, seule Pontevedra devrait échapper au PSOE parmi les grandes villes. À Séville, Huelva, Palma de Majorque ou encore Valladolid, les sociaux-démocrates sont bien placés pour faire élire leur tête de liste au poste de premier édile.

 

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Cependant, le résultat est plus contrasté qu’il n’y paraît pour le PSOE. En premier lieu, l’effondrement de Podemos et de ses « confluences » locales est tel qu’il pénalise le bloc de gauche. Les protégés de Pablo Iglesias disparaissent en Castille-La Manche et en Cantabrie tandis qu’ils sont réduits à l’insignifiance en Castille-et-León, dans la Région de Murcie ou encore en Navarre. Au niveau municipal, seules deux « mairies du changement » ont réussir à tenir : Valence et Cadix. Il s’agit justement de deux villes où la gauche radicale a considérablement pris ses distances avec Pablo Iglesias.

Ce dernier est très affaibli pour négocier l’entrée de ministres de Podemos dans le futur gouvernement de Pedro Sánchez. Celui-ci ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il appelait hier soir, à mots couverts, à un pacte de gouvernement global avec les centristes de Citoyens. Il faut dire que les socialistes pourraient très bien ne pas gouverner (au profit de la droite) en Aragon, dans la Région de Murcie et en Castille-et-León ainsi que dans des grandes villes comme Jaén, Grenade, Cordoue et Oviedo.

Vox aura d’ailleurs joué un rôle dans bon nombre de victoires du Parti populaire et de Citoyens, même si ses résultats ne sont pas extraordinaires

Par ailleurs, le PP résiste mieux que prévu, conquérant quelques municipalités importantes au passage. Surtout, il est sauvé par la victoire du bloc de droite à la mairie de Madrid et dans la région de la capitale. Le pari personnel de l’ancien numéro 2 de Podemos, Íñigo Errejón, et de la maire Manuela Carmena est donc raté. Le « joyau de la couronne » revient à la droite. Vox aura d’ailleurs joué un rôle dans bon nombre de victoires du Parti populaire et de Citoyens, même si ses résultats ne sont pas extraordinaires.

 

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Par conséquent, les Espagnols ont apporté un soutien certain à Pedro Sánchez ce dimanche 26 mai mais ne lui ont pas fourni pour autant un blanc-seing.

Un mot sur Barcelone, pour conclure. Indépendamment de ce que l’on peut penser du personnage et quoi qu’en disent les médias français, Manuel Valls n’y a pas réalisé un score ridicule (13 % environ pour 6 sièges). Si un pacte venait à se dessiner entre la maire sortante, Ada Colau, et les socialistes, Valls pourrait bien être le faiseur de roi en soutenant une telle coalition.

 

Nicolas Klein

 

 

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nklein@lincorrect.org

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